CHAPITRE XIII
Croix d*or donnée au médecin CorvisaFtparrempereur, à ;>on retour de Russie. -— Reprise des hostilités. -— Campagne de Saxe. — Mort du maréchal Bessières, grand aigle. — Victoire de Lutzen. — M» de Bonrmont est nommé légionnaire. — Bataille de Bautzen. — Mort de Daroc, grand aigle. — * Armistice.
Les hommes les plus robustes^ les tempéraments les plus énergiques, n'avaient pu résister aux terribles épreuves de la campagne de Russie. La rigueur de la saison avait été telle^ en 1812, que les habitants, qui devaient être familiarisés avec le froid , s'en trouvaient gravement incommodés ; l'armée russe essuya des pertes analogues à celles que nous avions essuyées. La forte constitution de Napoléon subit la règle commune. A son retour à Paris, sa famille s'aperçut avec effroi des ravages que les souffrances physiques et morales avaient exercés sur toute sa personne. Corvisart fut appelé sur-le-champ : le médecin, aux r^ards pénétrants, acquit à la première visite la certitude qu'il n'i^xis-
tait chez l'empereur aucune afTection de nature à inspirer de sérieuses inquiétudes; Fexcès des fatigues était la seule cause de son cruel état. Le malade se montra docile aux prescriptions de rhabile praticien; elles amenèrent en peu de jours une amélioration sensible; il s'ensuivit un réta- Uissement aussi prompt que merveilleux. Gorvisart était du petit nombre des hommes que Napoléon aimait réellement , il recherchait même sa société; en cette circonstance il désirait témoigner à son médecin ordinaire sa satisfaction pour les soins tout particuliers qu'ij venait d'en recevoir. Que pouvait-on lui offrir ? Il était magnifiquemept rétribué; on l'avait créé off^Qier de la Légion d'honneur, dans les premiers moments de l'institution de l'ordre : cette particularité fournit heureusement le moy^n que l'on cherchait. L'empereur portait habituellement sur son uniforme, outre la plaque du Grand-Aigle, une petite croix d*or; il la détacha de l'habit et la remît à Corvisart en lui disant : « Elle ne m'a pas quitté durant cette et terrible campagne; gardez-la comme un gage de a mon estime et de mon amitié! » Corvisart reçut le présent avec une profonde émotion ; il la conserva toute sa vie comme une précieuse relique. En France, la nouvelle des désastres essuyés par nos troupes dans les sombres steppes de la Russie avait produit l'effet le plus malheureux. Le deuil était au sein d'une multitude de familles ; une sourde agitation régnait parmi les esprits les plus calmes: la conspiration du général Mallet, quoique
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déjouée^ venait d'ébranler la coofifiQce publiqMe. Dès son arrivée à Paris, Napoléon avait pris les dispositions les plus énergiques pour arrêter le mal ; il y parvint en déployant dans cette occasion la plus rare habileté. Les détracteurs de son gou'*' vernement ne cessaient de reprocher à l'empereur de concentrer ses récompenses sur les militaires; * jaloux de prouver le contraire , il fît une promotion dans la Légion d'honneur, monnaie dont les Français se montraient de plus en plus avides; de^ fonctionnaires de l'ordre civil y furent seuls con^r pris. Voici la majeure partie des nominations faites en cette circonstance :
Commandant: M. Primat, archevêque de Toii-r louse ;
Officiers: MM. Duvoisin , évêque de Nantes; Bourlier, évêque d'Évreux ; Mannay, évêque de Trèr vas; Barris, président à la cour de cassation ; Henrion de Pensey, idem ; Bergon , directeur général des eaux et forêts; Fréville, préfet de Vaucluse; Falquet de Planta , inspecteur de l'académie de Grenoble;
Légionnaires : MM. Voisin de Gartempe , premier président de la cour impériale de Metz; Le* clerc, conseillera la cour d'Ajaccio ; Morand, id. à la cour de Besançon ; de Jouffret, id. à la cour de Lyon ; Olivier, avocat général près la cour de Grenoble; Garnier, procureur impérial près la cppr des comptes ; Advénier, référendaire à la cour des comptes ; Fiévée, préfet de la Nièvre; de lytiramoi), id. de l'Eure; Dufon, msiire de Nantes; Delamo»-
the, maire de Clermont; de Montgrand, maire de Marseille.
L'empereur faisait marcher de front les soins qu'exigeait l'administration intérieure avec les mesures propres à mettre sur pied une nouvelle armée; son activité se ranima comme aux beaux jours d'Austerlitz. La France, épuisée par des désastres récents y ne demeura pas insensible à sa voix: au bout de deux mois, 100,000 hommes , accourus de tous les points de l'empire, se trouvèrent rassemblés sur la rive gauche du Rhin ; toutes ces divisions eurent franchi le fleuve à la fin de mars i8i3. L'effectif de nos troupes, concentrées entre l'Elbe et la Sliale^ s'élevait à 160^000 combattants. Les adversaires de Napoléon le croyaient terrassé et privé de ressources après l'affreuse campagne de Moscou. Pompée disait qu'en frappant du pied la terre, il en ferait sortir des légions. Napoléon réalisait aux yeux de l'Europe étonnée ce que le rival de César n'avait pu faire, et se présentait de nouveau dans la lice des combats.
L'empereur avait l'appelé d'Espagne les maréchaux Soult et Marmont, ainsi que les généraux Kellermann, Bonnet, Fournier , Latour-Maubourg, etc., etc.
Les bataillons arrivés de France se composaient de conscrits qui savaient à peine le maniement d'armes ; mais le sentiment de l'honneur tenait lieu d'expérience chez ces jeunes gens, et l'ardeur incroyable qu'ils déployèrent dans la lutte est un fait digne de tenir place dans les annales de notre pays.