CHAPITRE X
l'Elster avec plus de 1 10,000 hommes^ dont le quart se composait de cavalerie. Le czar et le roi de Prusse suivirent leurs divisions , bien persuadés qu'ils allaient présider au gain d'une victoire,
Blûcher, qui savait les Français dépourvus de cavalerie, se vantait de broyer leur misérable infan^ terie sous le pied de ses chevaux. Le généralissime russe se proposait d'attaquer en flanq l'armée française pendant qu'elle exécuterait sa marche sur Leipsick, et d'écraser son centre avant que les deux ailes eussent pu lui prêter un appui tutélaire; ce projet était brillant, mais il fallait l'exécuter.
Le ag avril, un combat d'avant-garde eut liei^ auprès de la petite ville de Weissenfeld ; il fut san^ résultat. Le 1^^ mai, le corps de Ney, composé de ciuq divisions, franchit le défilé de Poserna, au delà duquel le général Wintzingerode, commandant 1 5,000 hommes de cavalerie, appuyés par plusieurs batteries, voulut s'opposer au passage di^ défilé; ces cavaliers redoutables furent repoussés et battus, auprès du village de Rippach^ par un égal nombre de fantassins, que soutenaient plusieurs batteries. Le général Souham, commandant une division du troisième corps^ se distingua dans ce combat de Rippach; Wintzingerode se vit obligé de se retirer après avoir perdu Soo hommes et beaucoup d'officiers. Notre perte fut Irès-reslreinte; mais on eut à déplorer celle du maréchal Bessières, qui, ayant quitté sa cavalerie, était venu seul au delà du défilé pour examiner la plaine : un boulet lui brisa
le poignet et la poitrine. Ce trépas causa, dans Tarmée, des regrets universels.
Le lendemain (a mai, un dimanche), on continua de marcher dans la direction de Leipsick ; Napoléon suivait à cheval la chaussée, lorsqu'une vive canonnade se fit entendre du côté de Lutzen ': Wittgenstein, jaloux de venger le revers essuyé la veille par son lieutenant^ s'était déterminé à exécuter sou attaque sur le corps de Ney, formant le centre de la ligne françaiseï espérant de la surprendre; mais le général Kellermann, qui éclairait la marche de l'armée, signala l'approche des alliés et se hâta de faire avenir l'empereur. Napoléon ne s'attendait nullement à livrer bataille ce jour-là: aucune disposition n'avait été faite dans ce but; il pénétra à l'instant même le dessein du généralissime russe, et puisa dans son génie les moyens de déjouer les combinaisons de l'ennemi; tous ses soins se tournèrent vers un seul objet : contenir, sur le point central, les efforts des alliés le temps nécessaire pour que ses deux ailes (le corps de Bertrand et le corps du vice-roi) pussent entrer en ligne, et assaillir les Russes et les Prussiens sur les deux flaucs. Le maréchal Ney, attaqué le premier dans les villages de Gross-Gorchen, de Rahna et de Kaya, les
1 Dans toutes les grandes rencontres qui eurent lieu depuisle commenceineut du xix" siècle, les Français avaient été constamment inférieurs en nombre à leurs , adversaires. A Lutzen, leur effectif présentait un cinquième de moins que celui des alliés.