‹ La Légion d'honneurChapitre 124 sur 209 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

défendit avec sa valeureuse opiniâtreté, et reçut une blessure à Tépaule; il se maintint néanmoins contre des fctrces triples ; les généraux Souham, Girard, Ricart, Brenier et Marchand, commandant ces divisionsy le secondèrent dignement.

Les jeunes conscrits qui allaient pour la première fois au feu, étonnés de ce terrible spectacle, perdi«* rent contenance; ils reculèrent en désordre. Napo* léonse jeta au milieu d'eux pour ranimer leur courage. A l'aspect du héros dont leur imagination est remplie depuis si longtemps, ces jeunes gens se sentent électrisés. L'empereur les ramène lui-même au combat en les excitant de la voix et du geste.

Le 6^ corps, commandé par Marmont, arrive au secours de Ney. La cavalerie prussienne veut arrêter sa marche et l'assaille avec fureur; toutes ses charges viennent expirer aux pieds des carrés formés par les vieilles bandes de la marine. Les généraux Compans. et Bonnet dirigent leurs mouvements. Pendant trois heures, le 3^ et le 6® corps soutiennent cette lutte, dont Napoléon a calculé la durée. Les villages de Gross-Gorchen et de Kaya sont abandonnés et repris plusieurs fois: le dernier est devenu le nœud de l'action; tous les efforts combinés des alliés tendent à s'en rendre maîtres: ils y parviennent enfin, et c'est au moment où ils se croient certains de la victoire que Napoléon la leur enlève en frappant le coup décisif. Ses calculs n'ont point été trompés: la résistance si chèrement achetée de Ney et de Marmont a donné le temps au général Bertrand et à Macdouald d'exé*

fM * LA LÉGI6N D DbNNËUR.

cuter un changement de front et de venir attaquer les deux ext^cmitës de la ligne ennemie. Wittgenstein, ignorant la situation périlleuse dans laquelle se trouvaient ses deux ailes, enhardi à poursuivre S09 avantage contre le centre, déboucha sur quatre colonnes du village de Kaya, pour marcher sur Lutzen. L'empereur s'y attendait, comme si l'ennemi lui eût confié son secret ; il pousse en avant sa garde. L'ordre de s'ébranler est renfermé dans cette seule phrase : La garde au feu! que Napoléon prononce d'une voix pénétrante. Cette troupe d'élite, formant vingt bataillons, marche sous la conduite des généraux Mouton, Roguet, Dumoustier et Berthezène Ci). L'empereur la fait précéder par quatre-vingts pièces de canon, que mettent en ligne les généraux Drouot et Dulauloy : le feu de cette artillerie écrasa les têtes des colonnes de Wittgenslein. La garde^ profitant des effets produits par le jeu de ces pièces, se précipite sur les Russes, qui, obligés de céder à tant de valeur, reculent et traversent les villages en les laissant jonchés de morts. L'empereur, voyant sa garde en possession de Kaya, fît annoncer sur toute la ligne que la victoire était gagnée. En effet, Macdonald, ayant parcouru les deux lieues de terrain qui le séparent de la droite des alliés, se présente pour entrer en ligne; mais il se voit arrêté dans sa marche par un petit canal

* Le général Cambronne commandait un de ces régiments de la garde.

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