‹ La Légion d'honneurChapitre 13 sur 209 · CHAPITRE II. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. t

il la chancellerie de la part des membres nommés fn premier lieu; mais, comme nous l'avons dit, l'époque indiquée pour la promotion n'était pas encore arrivée, que des événements immenses venaient de s'accomplir : le gouvernement de la France avait subi une transformation ; l'empire remplaçait la république, l'empereur le premier consul. C'est au nom de Napoléon, empereur des Français, que furent expédiées dans le courant du mois de juin 1804? aux membres de la Légion d'honneur, de nouvelles lettres qui annonçaient à chacun d'eux sa nomination dans un des degrés de l'ordre : on loi demandait un serment dont les termes n'étaient plus les mêmes; il devait jurer fidélité aux constitutions de l'empire et à \a personne de Napoléon, suivant les formes empruntées à l'ancienne monarchie. Ceci devait blesser les susceptibilités républicaines ; on s'attendait à des protestations éclatantes de la part des hommes qui avaient joué un rôle remarquable dans le cours de la révolution. Tout se borna au refus de quelques officiers d'un rang inférieur, qui renvoyèrent leur brevet, et à quelques anciens législateurs qui reculèrent devant l'obligation du nouveau serment. Nous consignerons le refus exprimé par deux personnages d'un genre bien différent.

Le poêle Lemercier, l'auteur d'Jgamemnon^ joui^ sait d'une réputation méritée. Depuis le commencement du consulat, il avait été le commensal le plus assidu de la famille Bonaparte; il sut gagner la bienveillance du vainqueur de Marengo par les

charmes de son esprit. Il fut désigne, le premier parmi les gens de lettres, pour faire partie de la Légion d'honneur ; il reçut avec une vive reconnaissance sa nomination de membre et s'empressa d'envoyer sa prestation de serment. Mais, ayant reçu cinq mois plus tard sa nomination de légionnaire, avec l'obligation de remplir une nouvelle formalité, il renvoya le brevet au ministre de l'in^ térieur en l'accompagnant d'une lettre, dans laquelle il disait que la fermeté de ses principes républicains l'empêchait d'accepter la décoration à un tel prix. La lettre de Lemercier^ écrite en termes nobles et énergiques , produisit une vive sensation dans le public.

L'amiral Truguet tenait la tête de la marine. Louis XYI l'avait nommé contre-amiral; il était chevalier de Saint-Louis depuis 1779. En i8o3, il commandait l'escadre de Brest, chargée de protéger les côtes de l'Ouest. On lui envoya, à la fin de vendémiaire an xii , sa nomination de membre de la Légion; il accepta sans réclamation et envoya son serment avec ceux des marins A% sa flotte nommés en même temps que lui. Au mois de mai suivant (i8o4), le premier consul, mécontent du peu d'activité que Truguet avait déployé pour repousser les insultes faites sur nos côtes par les vaisseaux anglais, ordonna au ministre de la marine, Decrès, de le faire remplacer dans son commandement; ce qui fut exécuté sur-le-champ. Nonobstant cette sorte, de disgrâce, l'amiral Truguet, en considération de ses anciens services , fut

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