CHAPITRE xnr. M
Unqe, accorda à beaucoup d'entre eux la décoratioD et le grade.
Les environs de Leipsick, dans un rayon de six lieues, avaient été désignés pour servir de cantonnement à la cavalerie légère. L'empereur se rendit dans cette ville le la juillet, et le 1 4 il passa en revue, dans une vaste plaine située à l'est de Leipsick, un corps de 3,5oo chasseurs et hussards, placés sous le commandement supérieur du général Ârrighi, duc de Padoue , ayant sous ses ordres les généraux Fournier, Pire , Ameil ; Tefiectif de ces troupes se composait de détachements appartenant à trente régiments différents. Tous les officiers et sous-officiers, à quelques exceptions près, avaient fait les cinq campagnes d'Espagne, guerre de surprises et d'assassinats, dans laquelle le danger était permanent. Tous ces militaires avaient été certainement en position de faire quelque acte de valeur; néanmoins on ne voyait briller dans leurs rangs qu'un nombre fort réduit de décorations. Le motif de cette absence s'expliquait par l'oubli dans lequel on laissait évidemment l'armée française com* battant au delà des Pyrénées. Napoléon semblait dé* tourner ses regards d'une guerre qui n'avait pas été entreprise sous les auspices de la justice.
Cette revue, si impatiemment attendue, allait être, pour la plupart de ces cavaliers, une occasion propice à leur ardent désir. Le major général Berthîer ordonna de former les escadrons en ne laissant aucune vacance dans les cadres, et ^n qiéme temps il enjoignit aux généraux de &ire présenter
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les sujets dignes d'obtenir la croix de la Légion d'honneur. Choisir entre la décoration et le grade semblait être une chose arrêtée en principe : aucun sous*of&cier ne voulait passer sous*lieutenant et prétendait à la croix; pour un motif semblable, le sou&*lieulenant refusait Tavancement qu'on lui donnai t; le lieutenant de vingt-quatre ansquel'on présentait pour être capitaine déclinait un pareil avantage et lui préférait la croix. Les généraux, les colonels faisaient de vaines remontrances : on leur répondait dans tous les escadrons par la même pbrase: c( Que m'importe la retraite de lieutenant ou de « capitaine, si rien, dans ma ville natale, ne me a fait reconnaître, vêtu en bourgeois, pour un ofa ficier? La croix, suspendue à ma boutonnière^ « me vaudra les respects de mes compatriotes! » La formation des cadres rencontrait de graves difficultés à cause de cette espèce de résistance.
£n ce moment cette plaine, dans laquelle étaient rangées quatre lignes de cavalerie, offrit un spec^ tacle curieux ^ L'empereur parcourait à pied le front des lignes ; il se montrait aussi accessible qu'un père au milieu de ses enfants. A chaque instant, des officiers et des sous-officiers l'abordaient sans trop de façon et lui demandaient la croix. Il répondait d'un ton bref par ces mots : « Aux hom- « mes jeunes de l'avancement; la croix plus tard! >»
* L'auteur de ces Mémoires, arrivant d'Espagne avec un es^ cadron de son régiment, assistait à cette revue.