CHAPITRE XIV
Charles, le prince de Leuchtenbei^, le général Rubna abondaient dans ce sens. Un autre parti, Sien plus nombreux, ctont le comte de Stadion paraissait être le chef» poussait au contraire à la guerre. M. de Metternichy dont les talents diplomatiques avaient relevé en quelque façon, sans l'appui des armes, la maison d'Autriche, jouissait à juste titre de Fentière confiance de son souverain : il penchait en secret pour le maintien de la paix. François II l'envoya à Dresde auprès de Napoléon, son gendre, en le chargeant de la mission délicate de savoir à quelles conditions Fempereur des Français voulait faire la paix, dont il se montrait franchement désireux; au point de vue des étrangers, ces conditions ne devaient aboutir qu'à des sacrifices.
Les héros ont différé d'humeur et d'habitudes : Henri IV fut le plus brave et le plus aimable des princes ; Taflabilité de ses manières lui gagnait les cœurs les plus froids. Charles Xll, cet Alexandre des nations Scandinaves, avait un abord répulsif et n'inspira jamais la moindre sympathie. Le caractère de Napoléon ne manquait pas d'an^énité, mais elle ne se produisait que dans des circonstances heureuses; les graves difficultés qui l'environnaient en ce moment, les funestes nouvelles arrivées de l'armée d'Espagne, les provocations de Bernadotte entretenaient chez lui une irritation dont il n'était pas assez maître. C'est dans ces dispositions qu'il reçut les ouvertures de M. de Metternich. Depuis qu'il exerçait le pouvoir suprême, le maître de la
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France avait toujours dicté ses conditions en dotinant la paix au vaincu : son rôle devait bhaDger ; mais il ne s'était pas fdiliiliaVisé à cette idée; le dominateur de l'Europe se vit réduit à d(smander au plénipotentiaire autrichien à quel prii il pourrait obtenir une pacification générale; M. de Metternich lui en exposa les conditions^ Iës(|belles tie tendaient rien moins qu'à renverser l'édifice élevé par les mains victorieuses de Bonaparte, à renfermer l'empire français dans les limites naturelle^;) lé Rbin, les Alpes, les Pyrénées. Ces propositions étaient fort raisonnables si l'on songe aux événements postérieurs ( mais Napoléon recevait cette communication sur les bords de l'Elbe^ en plein pays de conquête, après le gain de deux batailles, quand il disposait de a5o,ooo combattants et de 3oo pièces de canon. Un priHce ordinaire, placé dans cette situation, aurait trouvé éti*anges ces exigences; quelle impression ne devaient-elles pas produire sur un esprit altier! En effet, ces propositions inattendues alliimèrent le courroux de Napoléon ; il adressa à M. de Metternich des apostrophes insultantes, qu'un homme ne pouvait entendre sans se sentir blessé dans son honneur. Napoléon joua sa fortune dans cet entretien, qui dura plus de quatre heures; M. de Mettërnidh se retira profondément irrité^ revint à Vienne^ et représenta à son auguste maître l'empereur des Frdhçais comme un ennemi intraitable ; dès ce mbmentj François II fut gagné à la coalition.
Cependant le congrès de Prague continua ses
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opérations. M. dfe Caulincourl s-y fit Ihdp attendre ; lëâ hommes clairvoyants s'aperçiirfent bientôt qùë ces conférences diplomatiques bacliâient un leurre : il était évident (jiie Ton ne toulait plus traiter. Nâpolëon seul gardait ses illusions à Tégà^d de son beau-père; il espérait eh core que TAutribbe Continuerait à t*ester sut* un pied de neutralité lors({Ue les hostilités recommenceraient.
Le comte de Stadion ânrionca d'une tnanière offîcielle, aux plénipotentiaires réunis à Prague (27 juillet)^ l'adhésion de l'empereur d'Autriche à la coalition. Cette détermination de François II causa une satisfaction inexpt*ih[iable h l'empereur de Russie et au roi de Pousse, qui étaient restés en Silésie au milieu des cantonnements de leurs troupes. 11 fut arrêté entre les deux monarques qu'en témoignage de reconnaissance, et afin de flatter l'orgueil des officiers de l'armée autrichienne, le commandement suprême serait déféré au prince Charles. Le grand-duc Cohstatitin fut dépêché à l'instant auprès de l'archiduc, qui, suivant sa coutume, passait la belle^ saison dans ses terres de Bohême. Ce fut un Français, officier supérieur aU service d'Autriche, qui iiitroduisit Constantin duprès dth prince Charles. L'entretien fut très-court. L'archiduc déblitid l'honneur bienveillant qu'on lui faisait, en déclarant qu'il ne prendrait aucune part à là nouvelle guerre entreprise contre l'empereur des Français'.
' Le prince Charles resta (îdèle à cette déclaration et aux sentiments qn*il avait voués à son illustre rival.
316 LA LEGION D'IHMNEDR.
Au même instant où Tarcbiduc Cbaries faisait au grand-duc Constantin cette généreuse déclaration, Moreauy son vainqueur à Hofaenlinden, animé de sentiments bien diflerents, arrivait des États-Unis à Gothembonrg, où les bonneurs militaires lui furent rendusi d'après les ordres formels du prince royal de Suède. I^s deux anciens généraux français se réunirent à Stralsund; l'un et l'autre s'étaient montrés, le lendemain du dix-huit brumaire, inconsolables de voir élever au consulat Bonaparte^ plus jeune qu'eux et moins ancien dans le commandement des armées. Des ambitieux pouvaient-ils pardonner une semblable injure!
Moreau et Bernadotte se communiquèrent leur plan militaire^ qui devait tendre au renversement de leur ennemi commun, sans songer que derrière Bonaparte se trouvait la France, leur patrie, dont il allaient déchirer le sein.
Le prince royal de Suède quitta Stralsund pour aller reprendre le commandement de l'armée du Nord, rassemblée en arrière de Berlin. Moreau traversa cette capitale, le i3 août, et vint à Prague se réunir aux. souverains alliés; il leur communiqua à l'instant même le vaste plan d'attaque conçu par lui et discuté avec Bernadote. On y joignit le projet de Dumouriez, apporté de Londres par Pozzo di Borgo. Ces plans furent adoptés avec enthousiasme. Ainsi, ces souverains étrangers, ces chefs autrichiens, russes, prussiens, vaincus les uns après les autres, recouraient aux talents militaires d'anciens généraux français, pour y puiser les moyens de