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CHAPITRE XV

nuit; le jeu de cette artillerie exerça de terribles ravages dans les rangs des alliés. L'honneur de la journée nous resta incontestablement : on fit des prisonniers, on prit du canon ainsi que des étendards, et Ton conserva en entier le champ de bataille; mais nous eûmes à regretter une foule d'officiers distingués et bon nombre de généraux blessés grièvement. Un obus^ en éclatant, enleva à quinze pieds de hauteur le général Pajol sur son cheval; dans sa chute, ce vaillant homme de guerre se cassa un bras et se brisa deux côtes. Le général Latour- Maubourg, commandant le deuxième corps de cavalerie, eut une jambe emportée au moment où il venait d'enlever aux Autrichiens une batterie de vingt-quatre pièces de canon.

L'incident le plus saillant et en même temps le plus curieux de cette journée fijt un nouvel exploit du général Drouot, qui commandait la réserve d'artillerie de la garde : la lassitude des deux partis faisait présager la fin du combat, lorsqu'une forte division de cuirassiers et de uhlans autrichiens s^avança impétueusement pour enlever cette portion delà réserve .Le général Drouot , voyant approcher cette tempête de cavalerie {procella equestris^ suivant l'expression de Tite-Live), ordonne à ses canonniers de former leurs pièces en carré; cette manœuvre difficile fut exécutée avec une promptitude admirable : les coups étaient à mitraille; un feu terrible s'ouvre sur les quatre faces. Les charges répétées sont arrêtées invinciblement par les coups rapides de ces pièces. Drouot, placé au

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milieu de cette c#întxire de bronee, dîi%e avec un sang-froid imperturbable le jeu de soo brtiilerîe; les cuirassiers et les uhlam alleiMads ^ foudroyés dans toutes les directions^ se voieat cooCnâetsi après de vains efforts, à se retirer prémpitamaient, ea laissant sur le terrain au nombre ooiMÎdérabie d'hommes et de chevaui^.

Les deux armées restèrent en repos, le 17^ par un consentement tacite^ h canon ne gronda point, mais quelques engagements de cavalerie eurent lieu. Ce temps d'arrêt noufl fut préjudieiabie ea fournissant aux derniers corps des puissatices coâ* Usées les moyens d'achever leur mouvement de concentration, et la disproportion numiérique augmenta à notre désavantage» Aiosiv près de $oo>0oo hommes se trouvaient 9ggloiiiéf>és sur une .«surface de quatre lieues carrées» Depuis la bataîUe de Tours, où Abdérame fut défeit, aveé ses hordes arabes, par Charles Martel et ses essaims de Fran^, l'Europe n'avait pas vu autant de <Kmib^tta«itB réunis dans un espace aussi resserré.

Le 1 8 octobre, le prince Sch wartisemberg , que l'arrivée de tant de renforts avait reinpii de confiance, reprit l'offensive et attaqua slirttx^is points à la fois la ligne des Français, qui s'était rapprochée de Leipsick. Les Autrichiens et ies Russes furent repoussés simultanément, en essuyant des pertes énormes ; le huitième corps, composé de Polonais commandés par Poniatowski, perdit la moitié de son effectif en luttant contre des forces quadruples; néanmoins, il resta maître de sa positimi.

A trois heures, Napoléoo mit en noiouv^w^H^tP^Mie la réserve de sa garde, et par uu de ces coup^liA^dis qui lui étaient familiers, il réunit sei^i^fifortspoptne un seul point; la gauche des alliés, formée pgr l'ar^ mée autrichienne; il l'écrasa sous le feu de son artillerie. Le prince de Schwartzemberg, déconcerté dans ses projets, se vit obligé de reculer et de r^pa$&er le vallon. La victoire penchait réellement de notre côté, les alarmes étaient vives autour du cz^i^ et du roi de Prusse : ces deux souverains couraiepl; risque d'essuyer un revers analogue à celui de Dresde. Un Français vint à leur secours ; Berna^ dotte y devenu Tâme de la coalition, occupait avjec son contingent l'extrême droite de la ligne leaneaiie; il était chargé d'opérer de ce côté une diversion favorable, car on s'attendait à ce que Napoléon tournerait ses efforts contre l'armée autrichiepne. Le prince royal d? Suède «s elaitde longue n»ain ménagé des inteliigeûces parmi les chefs des di%^istons saxonnes, les mêmes qu'il avait commandés à Wagram, où il sut gagner leur affection en leur prodiguant des éloges non mérités. Ces troupes, faisant partie du septièm^e corps, aux ordr^ did général Reyuier, n'avaient bougé ni le i6 m le 97 ; leurs brigades 91e devaient agir qu'au moment où elles auraient acquis la certitude de l'arrivée de leur ancien chef. En effet, Bernadotte, ayant rejoint ses alliés la nuit précédente, s'était rapproché brusquement de notre gauche. Les Saxons comprirenl: le signal, et à l'inslant: miéme vingt-six bataillons et vffigt-onqlKHiches k feu, commandés parle général

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Russel, quittèrent rapidement le septième corps, dont ils composaient les deux tiers. Ces troupes furent recueillies par le prince royal de Suède '. Dix escadrons wurtembergeois, commandés par le général Normann, suivirent cet exemple \ Cette honteuse défection venait d'occasionner une lacune dans la ligne française, et l'ennemi pouvait s'y jeter et isoler notre aile gauche, dont la ruine devenait imminente ; mais la bravoure de nos soldats sut encore parer à un si grand danger. Bernadolte, n'ayant pas mis daiis ses mouvements la célérité désirable, laissa à Macdonald, qui flanquait le corps de Reynier, le temps d'agir et de rendre moins terribles les conséquences de la trahison des Allemands. Le prince royal de Suède poussa les Saxons

'Le grand -duc Constantin se montrait fort scrupuleux en ce qui touchait llionneur militaire : ce prince, ' qui se teoait avec le corps de Benningen^ s'était fort rapproché de la ligne française avec quelques officiers, afin d'examiner la situation du onzième corps français. Du point où il se trouvait, Constantin fut témoin de la défection des Saxons; deux ou trois colonels de ces troupes accoururent vers lui , en disant : « Yous voyez, Altesse Impériale^ comme nous venons à vous. — Oui, répondit le grand-duc, je vois très-bien que vous êtes des

* L'impartialité, qui est l'âme de l'histoire, nous engage à faire connaître la belle conduite tenue en cette occasion par le général Zeschau, qui refusa énergiquement de suivre l'exemple des autres chefs de l'armée saxonne; il demeura constamment avec le septième corps et parvint à retenir dans le devoir cinq grenadiers de sa nation. Le général Zeschau avait été nommé commandant de la Légion d'honneur*

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