CHAPITRE XVI
tnèrent clans les flots au moment où une colonne de nos soldats allait. atteindre cette unique voie de salut.
Le onzième corps, aux ordres de Macdonald, le cinquième, commandé par Lauriston, les débris du huitième, conduits par le prince Poniatowski, et les restes du septième, aux ordres de Reynier, étaient encore dans la ville, dont ils avaient barricadé les portes ; ces troupes s'y défendaient vaillamment depuis l'aube du jour, afin de faciliter aux autres corps les moyens de s'écouler à travers le défilé ; elles-mêmes devaient fermer la marche, ne doutant pas de pouvoir à leur tour franchir le pont de Lindenau. L'affreuse vérité ne tarda pas à leur être connue : tout espoir était perdu pour ces quatre corps, dont la réunion présentait un effectif de 21^,000 hommes. Les troupes alliées, longtemps contenues en dehors des portes, ayant fini par briser tous les obstacles, inondèrent la ville de Leipsick par tons les côtés; nos soldats, désespérés, livrèrent un dernier combat sur les places publiques et dans les principales rues.
Les Autrichiens et les Russes, irrités phr tant de résistance, ne faisaient plus de quartier; c'était un véritable carnage, dont on n'avait pas vu d'exemple dans les deux batailles qui venaient d'avoir lieu. Les habitants de Leipsick, très-maltraités par les coalisés, dont la fureur ne connaissait plus de bornes, émus de compassion pour le Iriste sort des soldats français, parvinrent néanmoins à sauver la vie d'un très-grand nombre de ces infortunés, en
'iifi LA LÉGIOK D'HONNEUR.
les recueillant dans l'intériçur de leurs maîsoDs ; cet acte d'humanité fut d'autant plus louable, qu'il devenait très-périlleux pour ceux qui l'exerçaient.
Au milieu de cet affreux tumulte, les généraux essayèrent de se frayer un chemin vers la rivière, en excitant les soldats par leur exemple à chercher à échapper aux horreurs de la captivité, en se jetant à travers les flots pour gagner la rive opposée. Le prince Ponialowski ' fut le premier k le mettre en pratique; atteint de deux blessures, l'héroïque Polonais lança son cheval dans l'Elster; mais l'animal, ayant fait d? vains efforts pour gravir la berge, très-escarpée en cet endroit, retomba dans le gouffre en entraînant son maître, qui ne put se dé* gager. Le général Dumontier subit le même sort. Le maréchal Macdonald, ayant remonté la rivière, fut assez heureux pour trouver un passage moins difficile; il gagna l'autre bord, suivi d'une centaine de cavaliers. Le général Lauriston, engagé au milieu de la rivière, y fut assailli par un essaim de Cosaques et ramené prisonnier. Reynier, commandant le septième corps, tomba au pouvoir des alliés, ainsi que les généraux Dorsenne, Pelmas, Valorv, Coulomby, etc.
' Le prince de Ponialowski ne jouit que trente-six heures des honneurs de maréchal tfen^pire : proscrit dans sa pairie avec tous les siens, il prit rang dans nos troupes durant le Directoire ; il se trouvait à la bataille de Hohenlinden. Sa valeur téméraire attira rattention du général Richepanse, qui lui fît donner une arme d'honneur : pour ce motif Poniatowskî devint légionnaire à la création de Tordre.