CHAPITRE II
gent ; ils contenaient les décorations. M. de Ségur, grand maître des cërémonieS; ayant pris dans ces bassins une croix de chaque métal ^j les remit à M. de Talleyrand, grand chambellan, qui les donna au prince Louis Bonaparte^ connétable de l'empire; ce dernier les attacha à Thabit de Napoléon. Dans ce moment, les voûtes de l'église retentirent des plus vives acclamations.
La distribution aux commandants^ aux officiers et aux légionnaires commença immédiatement après. On appela en premier lieu les soldats invalides choisis par le conseil de l'hôtel. Après eux vinrent les membres de l'Institut, qu'un décretavait récemment reconstitués et divisés en quatre classes: ces académiciens paraissaient en public, pour la première fois, avec l'habit qu'ils ont encore aujourr d'hui. Napoléon mit une sorte de coquetterie à bien traiter les savants et les littérateurs ; il se plut à rehausser leur mérite par de pompeux éloges; il conversa successivement avec BerthoUet, Pastoret, Haûy, Silvestre de Sacy, Cuvier, etc. La liste des savants, des littérateurs et des artistes étant épuisée, on commença l'appel des légionnaires militaires appartenant aux divers régiments en garnison à Paris ou dans les provinces voisines : la plupart avaient obtenu des armes d'honneur; à ce titre, ils entraient de droit dans la nouvelle cor-
' Ces décorations en or et en argent avaient été fabriquées dans les ateliers du bijoutier Halbout, quai Conti. M. Hulbout fut nommé, par brevet, fournisseur de la grande chancellerie.
ao L4 LÉGION D'HONNEUR.
poratioD. Les regards des spectateurs se portèrent avec intérêt sur un tambour qui se trouvait mêlé aux colonels, capitaines, officiers, etc., etc. : il se nommait Mazan; il servait dans le i4* de ligne, et s'était fait remarquer cinq ans auparavant au delà des Alpes par des traits d'une rare intrépidité; son nom était devenu populaire parmi les soldats de l'armée d'Italie ; Mazan avait reçu en récompense de sa valeur des baguettes garnies en argent.
La distribution des croix fut Suivie d'un Te lyeum^ dont la musique, ainsi que celte delà messe, avait été composée par [^sueur. Napoléon rentra au palais vers cinq heures avec le même cérémonial; le soir, il y eut concert aux Tuileries, illumination générale et feux d'arlifices, tirés sur le Pont-Neuf. Ainsi, l'inauguration de la. Légion d'honneur donna lieu à la première fête impériale ; malheureusement les circonstances dans lesquelles ^ trouvaient engagés le pays et principalement la capitale, empêchèrent que cetle fête, pour laquelle rien n'avait été épargné, ne provoquât chei les Psiriaiens Tentrainement désirable. Les craintes conçues par le commerce, à la suite de la prompte rupture d'utie paix si ardemment désirée^ avaient jeté dans ie» esprits des inquiétudes indicibles.
Nous revenons aux nominations faites au début de rinstitulton de k Légion d'honneur;
Le nombre des grands officiers s'élevait à cent vingt. Les grands dignitaires de l'État, les maréchaiïx, les généraux de première ligne, reçurent la décoration du degré le plus élevé ; ceux des quatre*