‹ La Légion d'honneurChapitre 151 sur 209 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

en marche ; le maréchal Mortier fut chargé de commander l'arrière-gardé ; il y déploya toute l'énergie de son caractère. Les généraux Lefèvre- Desnouettes et Fournier-Sarlovèze eurent à livrer des combats terribles contre la cavalerie russe, qui harcelait nos colonnes. Les villes de Gotha et d'Eisenach fournirent des secours d'autant plus précieuxy que l'armée se voyait menacée d'un danger dont elle ne connaissait pas toute la gravité.

La Bavière était, de toutes les nations tudesques, celle dont le dévouement pour nous ne pouvait être mis en doute; depuis longtemps la France la regardait comme une pupille placée au delà du Rhin, dont les destinées lui avaient toujours été chères. Dans le dernier siècle, son électeur, disputant le trône impérial à l'époux de Marie-Thérèse, l'avait emporté; grâce à la protection des armées de Louis XV, il fut proclamé empereur dans Francfort sous le nom de Charles VI. Napoléon, fort disposé à suivre à l'extérieur la politique des anciens souverains de la France, accorda son puissant patronage à l'électeur de Bavière, le fit roi, augmenta ses États, lui donna le Tyrol, arraché à l'Autriche. Ce futpourembrasser la défense de Maximilien-Joseph, attaqué inopinément en i8og par les armées de François II, que l'empereur des Français franchit une seconde fois le Rhin et commença une nouvelle campagne, dans laquelle les bataillons bavarois servirent d'auxiliaires; leurs officiers furent traités à l'égal des nôtres, obtinrent les mêmes faveurs et reçurent une large part dans les distribu-

lions des croix de ia Légion d'honneur; le baron de Wrède; lieutenant .général^ avait ëcë noniraé grand officier en 1806; enfin, un mariage, calui d'Eugène de Beauharnais avec la fille du roi MaMmiiien-Joseph, avait resserré les liens qui unissaient déjà la Bavière à la France.

A Taspect de nos désastres ^ en voyant notre armée aux prises avec l'adversité, poursuivie à travers la Saxe et la Thuringe par des ennemis acharnés, la Bavière pouvait, sans compromettre sa propre existence, lui tendre une main secourable et pro* léger sa retraite jusqu'au delà du Rhin ; cette manière d'agir de la part d'un ancien allié eût commandé l'estime au reste de l'Europe. Le roi de Bavière préféra jouer un rôle que rhisloire ne manquera pas de flétrir: il se jeta sans hésiter dans la voie honteuse de Tingratitude. Les Saxous étaient devenus des traîtres à notre égard, contre Je vœu de leur roi Frédéric-Auguste. Les Bavarois s'armèrent contre nous à Tinstigation de leur maître Maximilien-Joseph , lequel , pour donner des gages à la coalition, promit d'employer ses troupes à couper la retraite à l'armée française. Suivant les folles espérances des courtisans de Munich, Napoléon et tous ses soldats devaient rester prisonniers sur le sol germanique, et pas un d'eux ne devait revoir sa patrie. Le baron de Wrède fut chargé de Texécution de ce projet ; il avait fait dans nos rangs l'apprentissage de la guerre: sur la demande expresse de Napoléon, il avait été nommé feld-maréchal depuis deux ans. Le baron de Wrèd^ accepta la mis-

ftion^ ciiarmé d* jel^ là piei i e atl colosse à dtemi l'Ênversë. Il ouvrit contre nous les lioslilîlés en a<t«[|tt«ât la garnisotî de Francfort; le générai Prëvaly qui la commandait, battit la division bavaroise envov^ contre lui, et, au bout de liait jours d^uud rési^ftiioe hénoique, il se retira en bon ordre ra*^ menafii à Mayence tout son nooude , ses bagages et ses canons K

L'empereur, arrivé à Fulde, apprit d'une manière certatoe que l'armée i>avat*oise, unie à un corps àutrîchîen ^ interceptait le passage à la hauteur de Haoau. La circonstance était des plus délicates, et, dans le seours de sa carrière militaire, jamais il n'avait eu à s'occuper aussi sérieusement du salut dé son armée. D'après ses ordres, les principaux gé>néraux vinrent conférer en sa présence; la réunion eut lieu dans une des salles du palais épiscopal : les «laré^aux Macdonald et Marmont v assistaient, aintt que les généraux Bertrand, Priant, Joseph Lagraoge, Durutte, Fournier-Sarlovèze, Curial, Rogiiet, Sébasdani, Drouot, Corbineau , Saint-Gerimio^ Milhaud, etc., etc. Napoléon se plaça au mi* lieli da cercle et se mit à questionner l'un après l'autre les généraux sur la force et la situation des troupes placées sous leurs ordres. Au moment où

* Le général Tarreau, ayant à peine i, 3 oo hommes pour défendre Wurzbourg, se maintint dans sa position paad««t plusieurs jours contre l'armée austro— russe, forte de 4o,iK>o hommes : contraint de céder à tant d'efforts réunis, il se, ferma dans la citadelle avec tout son monde sans que ses breux ennemis eussent pu Tentamer.

il recevait du général Milhaud des inrormations précises sur Tétat du cinquième corps de cavalerie, un colloque établi derrière lui parut Tincoinmoder; ce bourdonnement était occasionné par la grosse voix de Fournier-Sarlovèze, lequel, suivant son habitude , pérorait bruyamment. L'empereur, impatienté, se retourne brusquement et apostrophe ce général : « Que dites-vous, Monsieur ? — Je a dis, répond résolument Fournier-Sariovèze, que « vous perdez vous et la France : voilà ce que je a dis ! » I/empereur s'écria d'une voix altérée par la colère : « Qu'on arrête cet insolent! » Les autres généraux avaient obligé Fournier-Sariovèze, de s'éloigner; les gendarmes chargés de la police du quartier général s'emparèrent de sa personne et le conduisirent prisonnier dans une maison du faubourg de Fulde '.

L'empereur avait eu connaissance, devant Leipsick, de la défection inattendue du roi de Bavière; il communiqua la nouvelle de cet événement aux maréchaux et aux principaux généraux, en leur enjoignant delà tenir secrète afin de ne pas augmenter le découragement des soldats. Cette recommanda-

' Les gendarmes placèrent le général Fournier-Sariovèze dans une pièce du rez-de-chaussée. Au bout de deux heures, il sauta par la fenêtre, gagna la grande roule et courut se réfugier auprès de Mortier, qui commandait Tarrière-garde. Le maréchal, pour l'honneur de Tuniforme, empêcha que les gendarmes, arrivés sur les traces du fugitif, le ramenassent en prison : il répondit de sa personne.

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