CHAPITRE XVI
tion fut si bien observée^ que Tarmée ignora le fait jusqu'à son arrivée à Fulde ; mais les habitants de cette ville apprirent sans ménagement à nos soldats que les divisions bavaroises les attendaient à Hanauy et voulaient les empêcher de repasser le Rhin. L'annonce d'une telle menace produisit un elTet contraire à celui qu'aurait imaginé un profond observateur du cœur humain. L'indignation s'empara de toutes les âmes, ranima la résolution chez les hommes les plus abattus; elle réveilla l'esprit militaire, qui semblait près de s'éteindre après tant de revers. On entendait sortir de toutes les bouche^ ces paroles : « Comment ! ces mauvais Ba\farois veulent nous empêcher de rentrer en France , eux aussi ? nous uerrons fa /Bientôt les quolibets s'en mêlèrent ; c'était d'un bon augure , et l'armée arriva dans des dispositions aussi favorables en présence de ces nouveaux ennemis, le ag octobre.
Ici se présente un rapprochement historique des plus curieux. Le roi Charles VIII, jaloux d'illustrer son règne par quelques actions éclatantes, résolut défaire valoir les droits que les comtes de Provence avaient léguésaux Valois sur le royaume de Naples; il franchit les Alpes en i4g3 à la tête d'une armée de 3o,ooo hommes. Le duc de Milan, les Florentins, le pape, la république de Venise contractèrent alliance avec ce prince et lui prodiguèrent tes témoignages de la plus vive amitié; Charles VIII, ayant traversé toute l'Italie, entra dans Naples en triomphateur. Au bout de deux ans de séjour dans sa conquête, le jeune monarque se vit obligé de
354 LA LEGION D'QONNEUR.
reprendre le chemin de ses États, où le rappelaient de graves complications, U se mit en marche avec I Oyooo hommes ; le reste de ses soldats avait péri dans les combats, ou formait les garnisons de plusieurs places fortes. Les mêmes princes de l'Italie qui avaient brigué naguère ralliance de Charles VIII tournèrent leurs armes contre lui ; ils conçurent le projet de Tarréter au passage et de le faire prisonnier, ne doulant pas que la France ne donnât une rançon considérable pour briser les fers de son roi. Les confédérés, au nombre de 3o,ooo hommes, commandés par le duc de Mantoue, prirent position au fond d'une vallée que les Français devaient traverser, près du village deFornoue, non loin de Plaisance. Leur perte paraissait inévitable. Charles VIII, sans se laisser intimider à la vue d'un ennemi aussi supérieur en forces, l'attaqua résolument le 6 juillet 149^9 enfonça les lignes italiennes et remporta une victoire complète. Le roi paya bravement de sa personne : il fut arraché de la mêlée des mains des Florentins par trois de ses écuyers, Pierre de Roncherolles, Joseph de Vaudreuil et Bayard j qui faisait alorsses premières armes. Les Français, vainqueurs à Fornoue, repassèrent le$ monts chargés de lauriers et de misère.
Le 3o octobre 181 3^ Napoléon alla reconnaître, au travers d'un épais brouillard, la position de l'ennemi. Le baron de Wrède, ayant occupé depuis quatre jours la ville de Hanau, avait établi ses forces le long de la route de Gelnhausen, par où devaient déboucher les Français ; il comptait sous