CHAPITRE XVI
des soldats bavarois remplissaient en entier le bois qu'ils occupaient naguère.
Le baron de Wiède, voulant venger TafFront de la veille^ se porta, le 3 1 au matin, sur Hanau, à la tête de troupes fraîches formant sa réserve; il conduisait une des colonnes d'attaque , mais il Fut arrêté à l'entrée des faubourgs par le général Guillettiinot, qui le repoussa vigoureusement. Le baron de Wrède reçut une blessure très-grave au bas-ventre. On aurait dit qu'une main vengeresse dirigeait les coups de nos soldats: le prince d'Ôrtingen, son gendre , fut tué à ses côtés ; ses neveux et ses parents, servant comme officiers, furent tous tués ou blessés.
Ces deux journées coûtèrent à la Bavière et à l'Autriche 12,000 hommes tués; on fit 4>ooo prisonniers, mais ils devenaient un embarras pour nous : nos soldats les chassaient à coups de pied, après avoir brisé la crosse des fusils; jamais vaincus n'avaient été plus bafoués. Parmi ces prisonniers se trouvaient confondus plusieurs colonels ou chefs de bataillon bavarois, portant encore sur leur uniforme la croix de la Légion d'honneur ' qu'on leur avait donnée dans la cam-
^ Le général Dupont, avant de signer la capitulation de Bay^ lea (11 juillet 1806), avait livré, le matin de cette cruelle journée, un combat très- vif, qui dura quatre heures; au milieu de l'action, deux régiments suisses, forts de 800 hommes chacun, passèrent brusquement à l'ennemi ; les deux colonels restèrent seuls dans nos rangs. Le général en chef les félicitait sur
pagne de 1809. La vue de cette décoration, placée sur des poitrines ennemies, alluma le courroux des grenadiers de la garde ; ils se jetèrent sur ces militaires pour la leur arracher; plusieurs généraux interposèrent leur autorité afin d'épargner un pareil alTront à ces officiers.
L^armée française, ayant passé sur le ventre des troupes germaniques qui prétendaient l'arrêter au passage, gagna sans obstacle Francfort et franchit ensuite le Rhin devant Mayence.
Les journaux de l'Allemagne représentèrent Faction livrée sous les mui^ de Hanau comme une nouvelle défaite essuyée par les Français. Le résultat prouvait le contraire : car si l'on avait subi ce revers, pas un de nous ne repassait le Rhin. Le roi Maximilien*Joseph agit tout à fait dans ce sens, et jaloux d'honorer le généralissime à cause de son triomphe, il l'éleva à la dignité de prince et lui fit don d'une magnifique terre, à l'exemple de la reine Anne, qui avait donné un riche domaine à Marlborough, après la campagnede * 1709. Mais on ne pouvait établir la moindre similitude : le héros anglais avait en réalité remporté une belle victoire; quant au baron de Wrède, il î avait vaincu à la manière de Yarron.
leur conduite» — « Voilà ce qui noiis retient, dirent-ils en montrant la croix d'or qui brillait sur leur poitrine. » -^ Les officiers bavarois ne jugeaient pas la chose de la même manière que les deux colonels suisses.