CHAPITRE XVII
Savarin, chef d'escadron de Tartillerie de la garde; Victor de Caramany idem; le chef d'escadron Gazan (Marius), aide de camp du général Vial; le capitaine Oudinot, des chasseurs à cheval de la garde. La naajeure partie des croix de légionnaires furent consacrées aux régiments de la garde et à la cavalerie du général Saint-Germain.
Le travail établi à Mayence reçut son complément au moyen d'autres nominations faites dans les bureaux du ministère de la guerre durant le mois de décembre; la nécessité contraignait Napoléon à forcer l'usage des récompenses.
Les colonels-majors Darrieule, du i®^ tirailleurs de la garde, et Rousseau, des fusiliers-chasseurs, venaient de recevoir la croix de commandant en récooipense de leur belle conduite à la bataille de Hanau : ils faisaient partie, avec leur régiment, de la colonne d'infanterie de la garde à la tête de laquelle le général Durial avait enfoncé les trois lignes de troupes autrichiennes formant l'aile gauche de l'armée ennemie.
Darrieule et Rousseau furent nommés généraux de brigade, ainsi que les colonels Jamin , du i^*^ voltigeurs de la garde; Henrion , artillerie de la garde; Dijeon, idem; Bongars, d'état-major; Thevenet, du 89® de ligne; Grenier, du Sa®; Pégot, du 84^; Letourneur, du 88«; Chabert, du 76®; Vincent, du 19® chasseurs; Berruyer, chevau-légers ; Meuziau , 5® de hussards, et les adjudants-commandants Cavrois, Songeons, Donop, Genty Saint-Alphonse, Girard, Dupuy.
[^ comte Daru, intendant général, avait rendu des services inappréciables dans les campagnes de Russie et de Saxe; on Ten récompensa par le Grand- Aigle. La même dignité fut conférée au comte Regnaud de Saint-Jean d'Angély, ministre d'État, dont le zèle, l'activité et les talents avaient aidé le gouvernement impérial à surmonter les difTicultes qu*il rencontra durant les malheureuses années de 1812 et de f8i3.
Les généraux de division Gérard^ Bernier de Montmorand , VignoUes , furent nommés grands officiers de la Légion d'honneur.
On nomma commandants de Tordre les généraux de brigade Bonnemains et Montéiégier.
Ces nominations furent les dernières que Napoléon signa au palais des Tuileries dans la plénitude de sa puissance; l'irruption des étrangers le força à quitter Paris pour aller prendre le commandement de son armée (24 janvier i8i4).
Les bons Français avaient espéré que les alliés , satisfaits de voir ^apoléon abandonner sans retour l'Allemagne avec son armée ne franchiraient point le Rhin et se contenteraient de demeurer sur la défensive ; mais les généraux russes, autrichiens et prussiens, battus les uns après les autres, désiraient ardemment venger leurs affronts au sein même du pays d'où était sorti leur vainqueur. Le renversement de Napoléon demeura une chose arrêtée dans la volonté d'Alexandre et de Frédéric-Guillaume : d'autres pensées agitaient l'esprit de François 11 : son cœur paternel parut éprouver quelques regrets;
ce rponarque aurait voulu que la coalition regardât son but comme atteint du moment où les Français avaient vidé le territoire germanique. Il est certain que François II, surmontant cette fois sa timidité naturelle, exprima en termes formels son désir de terminer la guerre par une paix générale. A la manière dont cette déclaration fut reçue, l'empereur d'Autriche dut comprendre qu'il n'était plus l'arbitre des destinées de l'Europe, comme au moment de son adhésion à la coalition ; néanmoins, par une sorte de condescendance pour le monarque ^]\er roandy des propositions furent faites par voie diplomatique; un simulacre de congrès s'ouvrit à Francfort. M. de Saint-Aignan y fut accrédité par Napoléon , qui voulait réellement la paix , afin d'épargner à la France les malheurs d'une invasion. M. de Saint-Aignan accepta sans restriction les bases posées par les plénipotentiaires des princes allies. Mannheim fut désignée comme ville neutre pour y tenir les conférences; mais à mesure que l'ambassadeur français acceptait une à une les conditions émises par les ministres étrangers, ceux-ci élevaient d'autres prétentions; ce qui nécessitait, de la part de M. de Saint-Aignan, de nouveaux pou-voirs. Enfin, les secrètes intentions de la Russie et de la Prusse se dévoilèrent dans une déclaration singulière: ces princes annoncèrent l'intention de ne point accorder d'armistice et de continuer les hostilités, nonobstant l'ouverture des négociations ; et, par une tactique infernale, ils pubhèrent de nombreux manifestes, dans lesqtiels iU r^ontrai^nt
un ardent désir pour la paix, afin de rejeter sur Napoléon Todieux du refus. Les dernières réserves de la Prusse et de la Russie étant arrivées dans le \oisinage du Rhin , les princes secondaires de FAllemngne se montrant disposés à se conformer aux \ues de Frédéric-Guillaume et d'Alexandre, ces princes ne gardèrent plus de ménagement, et François 11^ craignant de perdre sans retour sa prépoDdérance*, se résigna à poursuivre une guerre qui devait avoir pour terme le détrônement de sa fille et de son petit-fils.
Les incertitudes de Tempereur d'Autriche avaient retardé pendant six semaines la marche des opérations militaires. Napoléon en profita pour prendre des mesures de défense ; il avait trop de perspicacité pour se méprendre sur les intentions de ses ennemis. Des sénateurs furent envoyés dans les départements avec la mission de raffermir Tesprit public et d'activer la levée extraordinaire des conscrits ordonnée par le sénat. La levée des jeunes gens rencontrait cette fois des obstacles auxquels on ne s'attendait pas; les parents excitaient leurs enfants à se cacher, à se réfugier au delà des frontières. L'attention du gouvernement se porta principalement à cet effet vers les provinces de l'Est, garnies d'une population belliqueuse ; lés fonction* naires publics n'épargnèrent aucun moyen pour stimuler leurs administrés. En cette circonstance un homme s'éleva au-dessus de ses concitoyens par son patriotisme; cet homme était un prêtre, Fabbé BonjeaUi desservant de la commune de Ter-
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nuay, arrondissement de Lure (Haute -Saône). Voyant la désolation que montraient les habitanis de sa paroisse au sujet de la levée anticipée que venait d'ordonner le sénat, il leur adressa une allocution très-pathétique^ du haut de la chaire, le dernier dimanche de novembre i8i3. Le vénérable curé montra aux jeunes gens la gloire qui les attendait en volant à la défense de la patrie menacée ; il exhorta les parents à bannir leur faiblesse: « Votre devoir vous commande, dit-il, d'exciter vos fils à répondre avec une noble ardeur à l'appel que vient de leur faire le chef de l'État. »Les termes employés dans ce sermon produisirent une telle sensation, que l'autorité en eut aussitôt connaissance. Le préfet, le baron Hilaire, se hâta d'en faire son rapport au ministre de l'intérieur; l'empereur, instruit d'une action qui, dans les circonstances présentes, pouvait être d'un très-heureux exemple, rendit le 20 décembre un décret par lequel l'abbé Bonjean, desservant de Ternuay, était nommé légionnaire ; le brevet d'une pension de i,5oo francs, prélevée sur les revenus de l'ordre, accompagnait cette nonaination ^
Les troupes disséminées, soit dans l'ouest, soit dans le centre, furent dirigées vers la lisière du Rhin. Le maréchal Macdonald fut chargé de défendre le fleuve à Cologne. Le maréchal Marmont
^ L'abbé Bonjean a joui de cette pension pendant trente-cinq ans; il est mort en 1848, à l*âge de qualre-vângt-dix ans.
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reçut le commandemeut deg foreei rMseiDblses a Mayence. Le maréchal Victor établit son quartier puerai k Strasbourg, Le maréchal Kellermaou reçut le commandement des réserves réunies autour de Metz. Le général Maison* eut la mission de se maintenir en Belgique, en prenant pour point d'appui de ses opérations Maestricbt et Lille»
Un nouvel actede félonie vint en ce moment priver la France des services d'un général dont les talents et l'énergie pouvaient lui être si utiles. Napoléon, en quittant Dresde pour se porter sur Leipsick à rencontre des alliés, avait laissé la garde de la capitale de la Saxe au maréchal Gouvion Saint- Cyr, avec un corps de 25,ooo hommes. Le maréchal, abandonné à lui-*méme, se maintint sur les bords de l'Elbe et battit complètement le général russe Tolstoï, chargé d'observer ses mouvements. Apprenant que l'armée française était en pleine retraite dans la direction de Francfort, à la suite de la terrible lutte de Leipsick, Gouvion Sâint-Cyr conçut le hardi projet de rallier à lui les garnisons de Torgau et de Magdebourg, et de se diriger vers le Rhin, en suivant une ligne parallèle à celle que tenait l'empereur; cette marche aurait opéré une puissante diversion. Les alliés le comprirent ainsi, et le général Klénau reçut la mission de s'y opposer en unissant ses efforts à ceux du général russe Tolstoï. Gouvion Saint-Cyr, arrêté en avant de Torgau par des forces triples des siennes, battit lentement eu retraite vers Dresde et se renferma dans cette ville, décidé à se faire enterrer sous les décombres de la cité.