CHAPITRE XIX
et Lefebvre, placés à la tête des colonnes d'attaque, abordèrent les lignes des Moscovites avec une grande opiniâtreté. L*empereur conduisit en personne la cavalerie du général Nansouty, et renversa le flanc gauche de Tennemi. Les généraux Priant et Ricard étant parvenus à tourner l'aile droite des Russes, Sacken se vit contraint de plier sous tant d'efforts réunis , malgré sa supériorité numérique, et laissa sur le terrain 3,qoo morts ou blessés; 1,200 prisonniers et ao pièces de canon, de nombreux bagages, tombèrent au pouvoir des Français. Le lendemain, l'empereur se jeta avec vivacité à la poursuite du général Yorck, qui, séparé de son collègue Sacken, s'était dirigé vers Château-Thierry, et s'arrêta en prenant position devant cette ville. Les Prussiens, attaqués vigoureusement sur tous les points, ne purent tenir contre nos soldats, animés par les succès remportés les jours précédents; Yorck, ayant essayé de conserver ses positions, en fut chassé et contraint de battre en retraite dans la direction de Soissons, après avoir perdu 3,ooo des siens. L'absence de notre cavalerie, lancée depuis la veille à la poursuite du corps de Sacken, empêcha de faire éprouver à l'ennemi une perte plus considérable. Les habitants de Château-Thierry se signalèrent en cette circonstance par leur patrio-: tisme; ils secondèrent nos soldats avec un dévouement admirable: pas un seul homme ne demeura inactif dans sa maison, chacun voulut contribuer à la défaite des phalanges étrangères.
Bli'icher, brûlant de venger l'affront de ses lieu-
tenants^ s'avance sur Ëtoges avec le gros de ses forces pour y écraser ie maréchal Marmont, laissé à la garde de ce poste important. Au premier avis du mouvement opéré par le généralissime de l'armée de Silésie, Napoléon fit volte-face avec une rapidité admirable, et il prit position, le i3 février au soir, à Vauxcbamp (une lieue et demie ouest de Montmirail) (Marne), et y passa la nuit, afin de donner quelque repos à ses troupes excédées de fatigues; il voulait aussi laisser à sa cavalerie le temps de revenir le joindre. Le maréchal Marmont avait défendu avec opiniâtreté le poste d'Étc^es; mais, accablé par le nombre, il s'était vu obligé de l'abandonner, en ayant fait éprouver à l'ennemi une assez grande perte ; le maréchal vint se rallier au gros de l'armée française. L'empereur, grâce à la jonction du corps de Marmont, pouvait disposer de ao^ooo hommes. Blùcher, ayant pour lieutenants les généraux Kleist, Ziethen et Kapzewitsch, comptait sous ses ordres 4S7O00 combattants; sa cavalerie, affaiblie par des rencontres journalières, disséminée en éclaireurs dans une vaste étendue de pays, ne présentait qu'un faible effectif; tandis que la nôtre, renforcée par des détachements arrivés des frontières d'Espagne ou des départements de l'Ouest, composait en réalité la principale force de notre armée ; elle était concentrée sous le commandement du général Grouchy, qui se trouvait en ce moment à la tête de l'arme. Les généraux Doumerc, Saint-Germain, Bordesoulle, commandaient sous lui les divisions.