‹ La Légion d'honneurChapitre 170 sur 209 · CH4P1TRE XIX · texte numérisé non relu

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lises. Les marëcliaux Mortier et Marmont, sépares d'une lieue en avant de la petite ville de la Fère- Cbampenoise, furent attaqués spontanément par les Prussiens et parles Austro-Russes. Pendant une partie de la journée, les deux généraux français luttèrent contre des forces décuples. Dans le moment où Marraont et Mortier étaient aux prises avec un ennemi aussi supérieur en forces, une division de 8,000 gardes nationaux mobilisés, tirés des départements du Centre et deFOuest, débou* chait dans la plaine qui s'étend sur la droite de la Fère-Champenoise. Ces troupes, arrivant de la Brie^ se trouvaient sous les ordres des généraux Pacthod et Amey ; elles se dirigeaient vers Reims, dans l'intention de rejoindre l'armée commandée par Napoléon ; les généraux qui les conduisaient ignoraient^ en partant de Meaux, la situation des corps de Marmont et de Mortier ; le bruit du canon leur apprit qu'un engagement terrible se livrait dans le voisinage du lieu où elles se trouvaient. Les généraux Pacthod et Amey pressèrent leur marche, et leur apparition opéra d'abord une heureuse diversion. Mais ces soldats de nouvelle levée, destinés à agir en seconde ligne, allèrent se heurter précisément contre les réserves de l'armée russe, composées en majeure partie d'excellente cavalerie. L'empereur de Russie, le roi de Prusse et le grand-duc Constantin se trouvaient au milieu d'elles. Les gardes nationaux, dont les cadres se composaient d'of(iciei*s en retraite, de vieux sousofficiers ou caporaux, se formèrent en carré et sou-

Hm LA LÉGION to'ttOlSlVEUR.

tinrent bravement durant six heures les charges rëpélées de la cavalerie russe. Par surcroît de malheur, de fréquentes averses empêchaient nos soldats de se servir avec avantage de leurs fusils pour tenir à distance les cavaliers moscovites ; enfin, les Français, enveloppés de toute part, foudroyés par l'artillerie, éprouvèrent de moment en naoment de nouvelles pertes. L'empereur de Russie, admirant leur dévouement, leur offrit quartier. Nos soldats repoussèrent cette proposition et continuèrent à se battre; il fallut les exterminer. Parmi ces gardes nationaux se trouvaient 2,5oo volontaires vendéens, portant encore leurs vêtements rustiques. Ces braves jeunes gens refusèrent de rendre les armes et se firent tous luer pour la défense du principe national, comme leurs pères s'étaient fait tuer dans le Bocage vingt ans auparavant pour la défense d'un auire principe. • La journée du a5 mars fut la plus meurtrière de cette 'dernière campagne ; dans les trois actions livrées séparément par les maréchaux Mortier, Marmont, et le général Pacthod, nous perdîmes 10,000 hommes et 60 pièces de canon. Le reste de nos divisions, rejetées au delà de Sézanne, se virent poussées dans la direction de Paris , dont elles avaient vaillamment disputé les avenues.

Tandis que l'armée française, formée des débris de tant de phalanges victorieuses, défendait héroïquement le territoire contre des essaims de soldats étrangers, la diplomatie ouvrait aussi la lice. Un congrès s'était assemblé, le 5 février, dans la ville

de €hâtilloD. Lés plénipotentiàiréis àeà grandes puissances s'y réunirent^ en annonçant l'intention de continuer les négociations commencées deuk mois auparavant sut* la rive droite du Rhin ; M. de Caulincourl fut invité à s'y rendre. Ces ministres étrangers, assemblés à Francfort dans le mois de novembre, avaient proposé la paix aux conditions suivantes : L empire français fondé par Napoléon devait renoncer à ses annexes et se restreindre dans les limites naturelles de la France : le Rhin, leà Alpes et les Pyrénées. L'empereur avait accepté sans restriction ces propositions, dans l'espérance d'épargner au pays les calamités inséparables d'une invasion. Les plénipotentiaires éludèrent sous de vains prétextes une conclusion définitive. Réunis une seconde fois à Châtillon, ils annoncèrent à M. de Caulincourt l'intention de faire subir au premier projet des modifications notables. L'empire devait se renfermer dans les limites que là France avait en 1789, au moment de la réunioh des états généraux. Le duc de Vicence, étourdi par de semblables ouvertures, s'empressa de les transmettre à Napoléon; celui-ci répondit par le refus formel de traiter sur ces nouvelles bases; il ordonna néanmoins à son ministre de poursuivre les conférences, en essayant de ramener les plénipotentiaires étrangers à leur première proposition de Francfort : ceux-ci demeurèrent inflexibles; M. de Caulincourt persista dans le même refus, au nom de son maître, et le congrès de Châtillon fut dissous le 19 mars.

Louis XIV, au milieu des malheurs qui affligèrent sa vieillesse, après les revers de Malplaquet, pouvait abandonner deux ou trois provinces pour obtenir une paix devenue si nécessaire; ce douloureux sacrifice n'aurait point affaibli rattachement que les Français portaient au grand roi, qui eût encore rencontre partout des respects et des hommages. Napoléon, enfant delà victoire, se trouvait placé dans des conditions bien différentes ; pouvait-il accepter une France moins étendue que celle qu'il avait reçue des mains du Directoire? Quelle eât été sa contenance devant une nation exigeante et railleuse? Lui qui comprenait mieux que tout autre la dignité de l'homme, refusa de conserver le pouvoir à de telles conditions^ et préféra de recourir aux chances des combats. L'issue ne pouvait en être douteuse ; le sacrifice était donc fait d'avance dans sa pensée. Napoléon tom})a, comme devait tomber le vainqueur des Pyramides, sans céder un village, sans stipuler aucune condition, sans avoir rien signé que son abdication.

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