‹ La Légion d'honneurChapitre 185 sur 209 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

une sorte de vëhémence le parti de Moreau, accusé de conspiration contre la vie du premier consul. Lecourbe vivait depuis dix ans dans une complète disgrâce : on le remit en possession de sou grade^ dont la solde arriérée lui fut payée intégralement; sa nomination de grand-croix de la Légion d'honneur causa une certaine sensation dans le monde militaire.

On voyait figurer y dans la nombreuse promotion des grands officiers , des généraux dont les services signalés méritaient certainement cette récompense. Nous citerons en première ligne le général Foy, qui fit sans désemparer les sept campagnes d'Espagne et y fut blessé plusieurs fois. Les Anglais trouvèrent en lui un redoutable adversaire ; il ne cessa de les battre dans toutes les actions où il commandait en cbef. Le général Foy concourut puissamment à arrêter leurs progrès après la fatale journée de Vittoria. En août i8i4 il reçut le titre de comte^ en même temps que la croix de grand officier.

Le général Ledru des Essarts avait fait dans le Nord ce que le général Foy venait de faire dans le Midi; jamais carrière militaire ne fut mieux remplie. Ledru des Essarts se trouva mêlé depuis léna à toutes les actions de quelque importance; il ne déposa les armes qu'aux barrières de Paris.

Le général Roguet était un des principaux chefs de l'infanterie de la garde, dont il partagea les glorieux travaux; son nom était devenu en quelque façon populaire pour cette troupe d'élite, dont le

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souvenir ne périra jamais en Fraoce. {loguet fut un des généraux qui concoururent le plus vaillamment en i8i4 à la défense de notre territoire.

Le général Valée avait constamment commandé Tartillerie de cette armée d'Aragon qui se couvrit de gloire sous la conduite de l'illustre Suchet. Les remparts de Lérida, de Tortose, de Tarragone et de Valence s'écroulèrent sous les coups de ses pièces ; ses talents en administration égalaient son expérience militaire.

Le général Rogniat, commandant l'arme du génie dans cette guerre d'Espagne si fertile en sièges mémorables, fonda sa réputation devant Saragosse; elle s'accrut rapidement par la prise de Lérida, de Tarragone et de Valence. Le général Rogniat, rappelé d'Espagne en i8i3, fut chargé d'élever de nouvelles fortifications autour de Dresde. L'empe* reur avait désigné cette ville pour en faire le point d'appui de ses opérations sur l'Elbe; ces travaux^ à peine ébauchés, contribuèrent néanmoins au gain de la bataille de Dresde, en opposant aux premières attaques de la coalition une résistance à laquelle leurs généraux ne s'attendaient pas.

Le maréchal Suchet avait été admirablement secondé, dans ses opérations en Aragon, par des généraux d'un mérite éminent; durant les sièges nombreux qu'il entreprit, Habert et Montmarie s'élançaient avec intrépidité à la tète des troupes dans les voies que leur avaient ouvertes le génie et l'artillerie. Rentré en France, le maréchal Suchet ne négligea rien pour faire valoir les services des

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officiers qui vepaient de partager ses glorieux travaux. HatDert avait gagné le grade de général de division en emportant d'assaut la place de Tarragone ; il reçut à sa rentrée en France la croix de grand ofïlcier. Montmarie obtint la même distinction, quoiqu'il ne fût que général de brigade: cette rare exception nous dispense de tout commentaire.

Le général Campredon, aussi distingué par ses talents que par la noblesse de son caractère, fut désigné pour diriger le génie du dixième corps, commandé par le général Rapp; il le suivit à Dantzick, rétablit les vieilles fortifications de cette ville, et, au moyen de travaux immenses, élevés avec une promptitude merveilleuse, Campredon en Ht une place redoutable, contre laquelle vinrent se briser les efforts de la coalition. Ce général pouvait à bon droit revendiquer une partie de la gloire d'une défense aussi héroïque.

Nous avons dit que les familles les plus considérables de la noblesse avaient déjà leurs représentants dans la Légion d'honneur avant l'année i8i4^ les noms les plus monarchiques ne tardèrent pas à prendre rang dans le même ordre après les événements du mois d'avril : ces noms étaient portés par des officiers issus de race militaire. C'étaient MM. de Damas, de Mailly, de Croï, de Bonneval^ d'Osmond, de Castries, de Malestroit, de Beaufremont, d'Espinay , de Chabannes, de la Rochejacquelein ; ce dernier, M. Auguste de la Rochejacquelein, lieutenant de carabiniers, assista en 1812 avec son

régiment à la prise de la grande redoute devant Smolensk; il fut tailladé par le sabre russe au milieu de la mêlée comme Louis de la Bochejacquelein, son trisaïeul, avait été tailladé au combat d'Arqués à côté d'Henri IV. En France, la valeur se transmet de génération en génération.

Les hommes de lettres demeurèrent étrangers à la politique durant la période de l'empire ; mais

leurs écrits exerçaient une certaine influence sur

l'opinion publique: on lisait alors* La nomination de plusieurs d'entre eux piqua la curiosité de beaucoup de monde.

Ducis avait refusé d'une manière énergique la croix en ]8o4t il l'accepta avec empressement en i8i4; on ne se rendit pas compte de cette contradiction, et les biographes l'ont attribuée à diverses causes : elles s'expliquent naturellement. Ducis n'avait pas foi en la durée de cette institution, et il s'était trompé, aussi bien que M. de la Fayette, qui avait refusé d'être grand officier de l'ordre, en disant que c'était ridicule ; les Français de toutes les classes s'étaient chargés de lui donner un éclatant démenti. On doit convenri- que M. de la Fayette eut néanmoins le mérite de montrer de la constance dans son dédain.

Michaud, l'auteur du Printemps (Tun proscrit^ n'avait cessé de professer des principes royalistes. A répoque de la naissance du roi de Rome, il composa plusieurs pièces de vers, dans lesquelles il donnait au souverain des conseils plutôt que des éloges. La publication du premier volume de XHis-

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