MAISONS D'ECOUEN ET DE SAINT-DENIS
Louis XIY avait fondé les Invalides dans la magnanime penséed'ouvrir unasileaux officiers et aux soldats mutilés^îî son se/vîce ; h celle époque, la patrie se confondait avec la personne du souverain. L'hôtel des Invalides, achevé en 1670, ne péchait que par une chose, la magnificence; cet établissement devait aussi renfermer dans son sein une école pour les cadets gentilshommes. Au bout de quelques années, le roi, jaloux de compléler son œuvre de bienfaisance, ordonna en 1684 la fondation d'une maison d'écliication destinée à élever cent jeunes
458 L4 LËGION D'HONNEUR.
filles apparteDant à des familles nobles dépourvues de fortune.
Napoléon, s'étant érigé par la puissance de son génie en chef d'une nouvelle dynastie, s'étudiait à suivre les errements de Louis XIV, dont le règne avait jeté tant d'éclat sur la dynastie que la révolution venait de renverser ; il savait qu'on ne pouvait s'égarer sur les traces du grand roi. Le triomphe d'Àusterlitz, en affermissant dans ses mains victorieuses le pouvoir suprême, ouvrait devant lui le plus brillant avenir. Le grand capitaine voulut donner un éclatant témoignage d'intérêt aux guerriers dont le courage avait servi à l'exécution de son magnifique plan de campagne; les plus braves d'entre eux venaient de prendre rang dans celte corporation de la Légion d'honneur qui devait former la tête d'une nouvelle noblesse. En cette intention, un décret fut signé au château de Schœnbrùnn le i5 décembre ï8o5, c'est-à-dire deux semaines après le gain de la bataille d'Âusterlitz, au moment où toutes les cités de l'empire saluaient par leurs acclamations le nom du vainqueur.
Ce décret était conçu en ces termes :
« Napoléon, etc.
a Art. I®'. Il sera établi des maisons d'éducation pour les filles des membres de la Légion d'honneur; le nombre de ces maisons ne pourra excéder celui de trois.
« Art. 2. Les lieux où elles seront établies seront
fixés ultérieurement par nous sur les rapports qui seront faits par le grand chancelier de la Légion d'honneur 9 etc. »
Chose remarquable! la fondation ordonnée par Louis XIV, et celle décrétée par Napoléon, suivirent les mêmes péripéties. £n 1682 il existait, à l'entrée de la vallée de Montmorency, un pensionnat dirigé par madame Brinon, femme d'un rare mérite, laquelle eut le bonheur de gagner les bonnes grâces de madame de Maintenon , dont la générosité ne se démentit jamais à son égard; on décida qu'une section de cette communauté privée servirait de commencement à la fondation projetée; cette maison fut transférée à Ruel, puis au château de Noisy; enfin, cedernierlocal se trouvant trop restreint , M. de la Feuillade fit, en qualité de mandataire du roi, l'acquisition d'un vaste emplacement attenant au village de Saint-Cyr ; Louvois chargea de la construction des bâtiments Jules Hardoin*Mansard , celui-là même qui avait élevé l'hôtel des Invalides : les travaux, poussés avec une activité extraordinaire, furent achevés en i685. La communauté de Noisy, transférée à Saint-Cyr, fut érigée en maison royale pour l'éducation de cent jeunes filles nobles. Madame Brinon en conserva la direction , et madame de Maintenon s'en déclara la protectrice.
Le château de Chambord, chef-lieu de la i5® cohorte, devait servir à l'établissement de la première maison des demoiselles de la Légion d'hori'* neur; ce projet n'eut point de suite.
460 LA LÉGION DHONNEUR.
A la fin de 1806, le château d'Écoueo fut définitivement adopté, et un décret dir 5 septembre 1807 nomma directrice de la maison impériale madame Campan, qui avait obtenu un grand succès dans le gouvernement d'un pensionnat établi à Saint- Germain '. Au commencement de j8o8, rétablissement fut en plein exercice et compta bientôt deux cent cinquante jeunes personnes : le local n'en pouvait pas recevoir davantage, et cependant le nombre de demandes d'admission augmentant journellement , on décida d'ouvrir une autre mai; son. Une portion de l'ancienne abbaye de Saint- Denis fut disposée pour servir de local à cette seconde fondation. Douze dames-maitresses et cinquante élèves d'Ëcouen furent transportées à Saint-Denis pour former le noyau de l'établissement naissant. Madame 'Duhoxxz'àX ^ inspectrice de la première maison , venait de donner l'exemple d'uD rare dévouement à l'occasion d'une épidémie qui avait exercé ses ravages dans la maison d'Ecouen ; le rapport en fut fait à l'empereur, et madame Dubouzet fut nommée, en celte considération, surintendante de la maison de Saint-Denis à la fin de 1 809.
Un décret du 29 mars 1809" avait arrêté l'orga*
K Des écrivains mal informes ont confondu cet établissement (le Saint-Germain avec la maison impériale d'Écou^n, parce
que madame Campati avait illri^c Tune et l'autre.
CONCLUSION. 4«i
nisation définitive des deux maisons d'Écouen et de Saint-Denis '•
Nous allons mettre sous les yeux du lecteur le^ dispositions les plus saillantes de ce décret.
<c Au palais des Tuileries, le ag mars 1809.
« Napoléon , etc., etc.
ff Art. 1^'. L'institut des maisons impériales sera sous la protection spéciale d'une princesse de notre famille, qui devra inspecter ces maisons, veiller Il ce que les règlements y soient strictement exécutés, et nous exposer tous les besoins de ces établissements. Elle prendra le titre de protectrice.