CHAPITRE II
lement de mourir en rentrant de rémigration.
Avant 1789» l'Académie française marchait la première dans la classification des sociétés savantes; lors de la formation de l'Institut, elle fut placée la seconde sôus le litre de Classe de langue et de lit' térature françaises. Voici quels furent les membres admis dans l'ordre au moment de sa création ' :
Collin d'Harleville , poète dramatique qui déjà avait acquis une grande réputation avant 1789, par les deux pièces V Inconstant et V Optimiste. Dix ans plus tard, le Vieux Célibataire mit le sceau à sa réputation, et le fit entrer à l'Académie française. Collin d'Harleville comme la Fontaine, dont il avait la grâce et la bonhomie, se consacra exclusivement aux Muses; il ne remplit aucun emploi public. En 18049 s^ santé très-altérée annonçait une fin prochaine : eu effet, il mourut deux ans après.
Boufflers, un des débris de l'ancienne Académie française, au sein de laquelle il avait été admis plutôt par le crédit de sa famille que par le mérite de quelques poésies légères et licencieuses; il avait siégé à la Constituante, sans s'y faire remarquer.
Chénier,néàConstantinople,oùson père occupait
'La moitié des membres de cette Académie étaient des hommes politiques; ils siégeaient au Luxembourg en qualité de sénateurs; ils entrèrent dans les divers degrés de la Légion d'honneur : citaient Lucien Bonaparte, Boisgelin, Cambacérés, Sieyès, Bœderer^ Target, Garât, Bigot de Préameneu, Cabanis, Merlin, Lacuée, Votney, François d.e Neufchàteau, d'Aguesseau, Ségur, Portails, Regnaud de&iint-Jean d'Angély, Maret,
remploi de consul général . Il fut d'abord officier d^infanterie^et abandonna la carrière militaire pour se livrer entièrement au commerce des Muses. Le génie poétique s'était développé en lui de très-bonne heure. Chénier embrassa avec une sorte de fureur la cause de la révolution , et fit paraître plusieurs tragédies empreintes de Tesprit démagogique, dans lesquelles néanmoins on remarquait des beautés de premier ordre. Pour son malheur, le poëte fut nommé membre de la Convention ; il y vota constamment avec la majorité. Sur sa motion, les honneurs du Panthéon furent rendus aux restes de Maral. La composition de plusieurs chants patriotiques fit décerner à Chénier le titre de poëte national; en cette qualité, il devint l'ordonnateur à^^ fêtes de la Raison. Entré au tribunal après la chule du Directoire, Chénier s'y fit remarquer par une opposition véhémente contre le pouvoir consulaire. Son nom avait été rayé de la main de Napoléon de la liste dressée par Lucien ; il y fut rétabli sur les pressantes sollicitations de Sieyès et de Cambacérès. En i8o4, Chénier occupait l'emploi d'inspecteur général des études ^
' Chénier perdît cet emploi l'année suîvatite, à la iuite dé la publication d*urie satire très-vive contre rertipereur; contradiction d*autant plus extraordinaire que le poëte avait fait représenter six mois auparavant, lors du couronnement, la tragédie de Cyrus, pièce de circonstance dans laquelle se trouvaient semés à pleines mains des traits d'adulation la moins déguisée ; les sifflets du public en firent justice,