‹ La Légion d'honneurChapitre 25 sur 209 · CHAPITRE II. B · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. B

vainqueur de Marengo, en lui prouvant d'une manière impertinente qu'il s'entendait moins bien en musique qu'en science militaire.

Le refus du poêle Lemercier avait affligé réellement Napoléon; un autre refus l'irrita au suprême degré : l'empereur venait d'envoyer un de ses officiers d'ordonnance au maréchal de Rochambeau avec mission de lui remettre la croix en or. I^e Nestor de l'ancienne armée française se montra on ne peut pas plus reconnaissant de ce témoignage d'estime. Le souverain, guidé par le même sentiment de délicatesse^ prit la résolution de nommer grand ofBcier M. de la Fayette, en le considérant comme ancien général en chef de la garde nationale de Paris; il l'en fit prévenir par M. de Latour-Maubourg, son parent. M. de la Fayette refusa la nouvelle décoration, en disant que détait ridicule \ Napoléon ressentit vivement cette injure toute gratuite. On se la rappelait encore sur le rocher de Sainte-Hélène.

Paris, étant la capitale de l'empire et le siège des grandes administrations, renfermait dans son sein les notabilités de tous les genres ; le nombre des personnes décorées de la croix et du ruban rouge devait y être considérable ; les factionnaires placés à l'entrée des lieux publics leur portaient les armes; cette nouveauté fut très-remarquée par la popula* tion. Les légionnaires attiraient tous les regards, et il convient d'ajouter que ces regards étaient remplis de bienveillance. Des jeunes gens trouvèrent agréable, cinq ou six jours après la première distribu»

M LÀ LÉGION DHONNEUR.

lion des croix, de mettre à leur boutonnière des œillets rouges ; c'était précisément le moment où cette belle fleur est la plus abondante. 8a couleur éclatante produisait une véritable illusion ; on pouvait aisément s'y méprendre en eflet : plusieurs faction naires, éblouis sans doute par l'aspect de ces œillets^ portèrent les armes tout d'abord; puis, reconnaissant leur erreur, ils en avaient témoigné un vif mécontentement en termes énergiques. Ces méprises répétées occasionnèrent de violentes altercations ; les chefs de postes firent leur rapport au commandant de la place de Paris. Napoléon, instruit de ce qui se passait, regarda comme une moquerie l'afTectation que ces éventés avaient mis à se parer d'oeillets rouges; il en témoigna son déplaisir au ministre de la police, en lui ordonnant de prendre à l'égard de ces insolents les mesures lès plus sévères. Fouché répondit : « Certainement, ces «c jeunes gens méritent d'être châtiés ; mais je les (c attends à l'automne qui va nous arriver. » Cette saillie spirituelle suffit pour calmer la colère de l'empereur; il ne fut plus question des œillets, lesquels ne tardèrent pas k disparaître, avec la saison qui les avait vus naître.

Page 1