‹ La Légion d'honneurChapitre 4 sur 209 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

I0 vainqueur de Marengo avait une connaissaoce parfaite de nos annales, et en particulier des siècles modernes; le moindre incident du règne de (^uis XIY était gravé dans sa mémoire; il avait fait i)ne sorte d'étude de la généalogie des principales familles de l'Europe. Le général Clarke, depuis duc de Feltre 1 avait dû à ce genre de connaissance le bonheur d'être distingué par le conquérant de l'Italie lors des conférences d'Udine^ en 1798; le général Clarke aurait pu, sans trop de présomption, se présenter comme l'émule des d'Hozier pour la science héraldique , et délivrer en bonne fofme des diplômes de noblesse; son opinion faisait au-

torité en cette matière.

Au milieu du mois de février 1802, un Iqndi, le premier consul rentra au château de la Malmaison après six heures du soir; on se mit à table dès son arrivée. Au sortir du dîner, la compagnie se partagea en deux parties bien distinctes : madame Bona^ parte resta dans le salon avec le petit nombre de dam^s invitée^ ce jour-là^ et retint auprès d'elle deux ou trois hommes, notamment M. de Ségur, ancien colonel des dragons de Noailles, frère de M. de Ségur alors sénateur et plus tard grand maiire des cérémonies; son esprit et son amabilité le fjlisaient rechercher par les heureux du jour. Madame Bopaparte resta, disons-nous, dans le petit salon avec une partie de la compagnie ; le premier consul se dirigea, selon son habitude, vers la salle dite du conseil, que l'architecte Charles Percier avait fait d^çp^er givec des trophées de guerre. Le

reste des invités suivirent leur hôte illustre: c'étaient le général Duroc; Monge, premier inspecteur de rÉcole polytechnique, un des savants dont la France s'enorgueillissait le plus : la rigidité de ses principes républicains le rendait assez difficile dans le corn* merce de la vie;M.Didelot, conseiller d'État; M. Denon, nommé récemment directeur du Musée; enfin M. Arnault, homme de lettres, républicain ardent, mais seulement dans ses tragédies. C'est de la bouche de ce dernier que nous tenons les détails que Ton va lire, il nous les donna en i8i4*

Une fois entré dans la salle, le premier consul se plaça au milieu de la pièce, fit ranger les convives en cercle, entama la conversation et la continua toujours debout : a Citoyen Monge, » dit-il, en s'adressant à l'inspecteur de TÉcole polytechnique, ce je ne vous ai pas aperçu hier dimanche à « la grande réception, quand les ambassadeurs sont <c venus présenter leurs hommages aux consuls de « la république dans le palais des Tuileries. » — « Citoyen premier consul, » répondit Monge, « dès « les premiers jours de la semaine passée j'avais « convoqué pour hier les difïérents professeurs de « l'École polytechnique, afin de leur communiquer « de nouveaux règlements relatifs au cours des f< études et les discuter avec eux : nous sommes « restés en conférence toute la journée. » — « Vous a ne pouviez mieux employer votre temps, et je « reconnais là votre zèle. Depuis que les Tuileries « sont redevenues le siège du gouvernement fran- «c çais, » continua le premier consul, « on n'y avait

Page 1