CHAPITRE I. B
a pas encore vu une réception aussi brillante. La « république se trouvant en paix avec toutes les a puissances continentales , le nombre desambas* a sadeurs a augmenté, les envoyés étrangers étaient ce au grand complet ! Avec quelle avidité les assisce tants considéraient ces ambassadeurs parés de et plaques et de rubans des difTérents ordres de ce leur pays ! Denon,n'avez-vous pas remarqué cet « empressement?» — «Je l'ai d'au tant mieux remar- « que, » répondit le directeur des musées, « que je a le partageais moi-même; il faut convenir que les « larges rubans d'une couleur tranchante^ ces place ques, ces croix émaillées produisent un merveil- €t leux efTet et contribuent singulièrement à relever « le physique du personnage qui en est paré; enfin, a ça habille l'homme.» — «Voilà bien l'artiste, » dit sèchement Monge, « ces croix, ces plaques, ces a cordons ne sont que du clinquant, de véritables c< hochets.» — «Hochets tant que vous voudrez,vreprit Bonaparte ;« mais si on les aime : ces croix, ces cor- « don^, signes ostensibles des grandeurs humaines, « frappent les yeux de la multitude et lui inspirent «r un respect involontaire. Abordons franchement a la question : les hommes sont amoureux des dis* « tinctions, et les Français plus que les autres ; ils en « sont réellement affamés : tel a été leur esprit de c< tous les temps. Tenez, voyez la croix de Saintce Louis : jamais Louis XIV n'aurait pu soutenir avec « avantage la lutte conlre l'Europe coalisée, lors de ce la guerre de la Succession, s'il n'avait eu à sa a disposition la monnaie de la croix de Saint-Louis.
K Ce puissant auxiliaire enfanta des prodiges de « valeur. L'argent n'était d'aueuh prix auprès de n cette distinction :bien des getis l'auraient préférée ce à des monceaux d'or. » Le premier consul i*eproduisit, sous toutes les faces^ sa |)ensée relative à la croix de Saint-Lduis^ en y mêlant une chalêut* extradrdinait*e. — « Bh bien! » dit froidement l'austère Motîgë, à il n'y a qu'à rétablir la croix de Saintce Louis. » Ce propos était d'autant plus acerbe, t^ue ôelui qui lé tenait avait fait partie de la commission sur le rapport de laquelle la CônVëtltion prononça la suppression de la croix de Saint-Louis, par arrêté du i5 octobre 179^, c'est-à-dire, cent ans après la création de cet ordre. En entendant les paroles de Monge, le premier consul regarda l'inspecteur général d'une manière toute particulière, sans proférer un seul mot : chacun observa le silence; Bonaparte le roitipit au bout de quelques instants en disant: — s^ Je suis d'avis d'aller rejointe dre ces dames dans le salon. » On le suivit ; une dertii-heure après, tous les invités prirent congé du premier consul.
Deux mois après le diner de la Malmaison, Bonaparte eut à présider un conseil privé où se trouvaient réunis les trois consuls, Lucien, Regnaud de Saint-Jean d'Angély, Berthier,et plusieurs personnages politiques du premier ordre. A l'issue de ce conseil, où de graves questions avaient été discutées, Bonaparte parla une seconde fois de son projet de créer un ordre analogue à ceux qui existaient dans les différents États de l'Europe. Il développa son