CHAPITRE IV
Russie, l'Autriche et la Suède. La Prusse demeura sur un pied de neutralité armée.
Napoléon ne laissa pas à ses ennemis le temps de se reconnaître ; il entra subitement en campagne, et les troupes du camp dé Boulogne furent transportées au cœur de l'Allemagne, avec une célérité qui tenait du prodige. A la fin de septembre i8o5, Tarmée française, forte de 180,000 hommes ', divisée en sept corps et appuyée par 34o bouohes à feu, Youlait déjà le sol germanique , lorsque les princes coalisés savaient à peine que Napoléon avait quitté les côtes de l'Océan. Les soldats se montraient animés d'une ardeur incomparable, qui différait en quelque façon de cette véhémence désordonnée dont les volontaires de la république firent preuve dans les guerres. précédentes. La vue delà cpoÎK de la Mgion d'honneur, qui brillait sur la poitrine des principaux officiers et sur celle de simples soldats, remplissait leur âme d'une émulation qu'ils n^avaient point encore éprouvée : cette décoration était le sujet de tous les entretiens parmi les militaires de divers grades. L'empereur avait demandé aux chefs supérieurs des rapports touchant le moral des troupes après le passage du Rhin ; ces rapports furent unanimes pour assurer que l'espérance d'obtenir cette belle récompense avait dou<*
' Massci^a, à la tête d^ So^pop hommes, et Qouvion Sainl-Cyr avec ao,ooo hommes, étaiept chargés de retenir sur l'Adige Varchiduc Charles, et d*empécher ce prince de ramener son armée en Autriche.
blé rénergie de roHicier et du soldat. Jusqu'à celte époque, la croix de la T^égion d'honneur n'avait été donnée que pour des services passés ; désormais elle allait entrer dans une .autre phase, et devenir la récompense de nouveaux services rendus à la patrie et au souverain.
Dans les premiers jours d'octobre, les corps d'armée arrivèrent au Danube; cinq d'entre eux passèj^ent sur la rive droite avec Napoléon en personne. L'empereur se proposait de rétablir Vians ses États l'électeur de Bavière, que les Autrichiens avaient chassé de Munich pour le punir d'être resté le fidèle allié de la France.
L'armée des Impériaux, après l'expulsion de l'électeur de ses États, s'était concentrée en Souabe avec l'intention de fermer le passage aux Français, qui devaient déboucher, selon l'opinion commune, par la Forét-Noire. La belle manœuvre de Napoléon venait de tromper tous ces calculs. Cette armée impériale avait pour commandant en chef l'ar* chiduc Ferdinand, fils du dernier frère de Joseph IL Ce jeune prince, âgé de ^4 ans, ne devait agir que sous la tutelle du baron Mack, quartier-maitre général. Ce dernier avait reçu du conseil aulique des pleins pouvoirs, pour opérer suivant ses propres inspirations, en ne laissant à l'archiduc que l'honneur du commandement suprême. Mack établit son camp auprès de la forte place d'Ulm , qui devait être le point d'appui de ses opérations. Il se proposait d'attirer sur lui tous les efforts des Français, en leséloignant de l'Autriche, etde donner ainsi