‹ La Légion d'honneurChapitre 45 sur 209 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

léon pouvait s'assurer de la véritable situation de Farinée austro*russe ^ qui, venant d'Olmûtz, s'était arrêtée devant la petite ville d'Austerlitz , située à quatre lieues de Brûnn et à trente-deux de Vienne. Alexandre et François II occupaient en commun le château de cette ville ^ lequel était éloigné de trois kilomètres environ de Wischau. Parmi les personnages de la suite des deux monarques figurait lord Gower^ envoyé du cabinet britannique» Un rideau de collines^ courant de l'est à Touest^ se développait en avant d'Austerlitz; ce rideau se terminait par le plateau de Piatzen. L'armée des alliés occupait cette magnifique position : elle était séparée de l'armée française par un vallon que traversait, dan^ toute sa longueur, un ruisseau marécageux.

L'armée austro-russe comptait un effectif de 90^000 hommes ) sa cavalerie était supérieure en nombre à celle des Français ; Kutusow, le généralissime ^ déjà appesanti par l'âge, privé d'un œil, n'avait rien de la grandeur sauvage de Souvàrow , dont il était l'élève. Ses lieutenants, la plupart jeunes, remplis de présomption, tnontraient une confiance que lui-même ne partageait pas. Un seul, Doctorow, avait fait preuve de talents militaires ; un autre. M* de Langeron, gentilhomme français, jouissait de l'estime du czar, et la méritait a divers titres-.

Dans la journée du i®' décembre i8o5j Napoléon acquit la certitude que les alliés l'attaqueraient le lendemain) sa merveiUeiiae intelligence

avait deviné tous les plans de Fennemi comme si Kutusow les lui avait communiqi^s.

Dans la soirée du i*' décembre, Napoléon abandonna l'éminence sur laquelle il avait fait placer sa tente, en arrière des troupes; il descendit de la colline, et fît établir son feu de bivouac à l'entrée du vallon, quelques pas en arrière des premières lignes; et, dès son arrivée, il commença à visiter les divisions, à traverser les rangs des régiments, s'arrétant fréquemment pour faire entendre aux soldats de ces paroles magiques dont il connaissait si bien la puissance; sa voix les avait fait retentir aux oreilles des vétérans de la république, aux pieds des Pyramides, dans le pays des Pharaons : <c Sachez, disait-il, que la bataille que nous allons livrer sera un combat de géants, et qu'il faut terminer la campagne par un coup de tonnerre. » Ces mâles propos électrisaient tous les cœurs et provoquèrent des élans d'enthousiasme, qui ne tardèrent pas à se manifester de la manière la plus touchante et^la plus pittoresque. Quelqu'un fit la réflexion que le lendemain allait être le premier anniversaire du couronnement de l'empereur : il était juste de célébrer cette fête la veille, suivant la coutume observée au sein des familles ; cette idée se répandit dans toute l'armée avec la promptitude du fluide électrique ; en un instant le camp fut éclairé par une illumination improvisée; chaque fantassin avait allumé au bout de son fusil un bouchon de paille. Au reste, depuis l'ouverture des hostilités, les soldats n'avaient cessé de

Page 1