‹ La Légion d'honneurChapitre 46 sur 209 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

doDuer des preuves éclatantes de leur dévouement ; il venait de s'en produire une que l'on ne peut passer sous silence.

La division Priant avait reçu assez tard l'ordre de rejoindre le corps de Davoust ; ces quatre régi*meots d'infanterie apprirent qu'on allait livrer bataille, qu'elle était peut-être commencée ; ils s'élancèrent dans la direction de la Moravie y en suivant la route qu'avait tenue l'armée; ils firent en 4^ heures trente-six lieues et furent assez heureux pour arriver la veille de l'action. Les légionnaires de Dlarius^ cités dans l'histoire comme les plus vaillants marcheurs de l'antiquité, n'exécutèrent jamais en si peu de temps une course aussi extraordinaire.

J)aas les siècles passés les chefs d'armée mettaient un soin infini à couvrir de pystère, même aux yeux de leurs propres soldats, le plan des opérations. Napoléon ne suivit point cet exemple ; montrant à l'égard des siens une confiance magnanime, il ne craignit pas de les instruire de tous ses projets dans une proclamation qui fut lue devant chaque bataillon. Cette proclamation se terminait par la recommandation expresse de ne point relever les blessés et de renvoyer ce soin après la victoire, qui n'était pas mise en doute.

là droite de notre armée s'appuyait à un groupe de plusieurs hameaux, situés au pied du plateau de Pratzen; à la hauteur de ces hameaux s'étendaient deux lacs : le plus grand était traversé par une étroite chaussée; un kilomètre environ séparait

ces villages des étangs. Les plus simples notions de Tart militaire montraient la nécessité de faire garder cet espace, afin d*ôter à l'ennemi la possibilité de se frayer un passage au moyen duquel il pouvait tourner la droite des Français. Napoléon, s'abandonnant aux inspirations de son génie, agit dans un sens inverse et ne fit point occuper le défilé dont la possession semblait si importante. Ses dernières dispositions étant arrêtées, il voulut qu'on laissât prendre quelque repos aux troupes ; luimême, après s'être promené en silence une heure devant le feu de son bivouac, s'assit au milieu des soldats du poste et s'endormit profondément , comme le grand Condé la veille de la bataille de Rocroi. Ce sommeil ne fut pas de longue durée; l'instinct de la guerre en fit bientôt trouver le terme: l'empereur se leva précipitamment comme si quelque bruit fût venu frapper avec force son oreille; en effet, le fracas des armes se faisait déjà entendre dans la direction de Bosenitz, aucun feu de bivouac ne brillait plus sur ce point , et l'armée austrorusse commençait déjà à s'ébranler.

Kutusow avait pris pour de la négligence la nonoccupation du passage ci-dessus indief&é; mais il ne doutait pas que cette faute ne fut réparée dans la soirée même, au moyen des dernières divisions françaises arrivées fort tard dans le voisinage des étangs. Apprenant que rien n'avait été changé aux dispositions adoptées par son adversaire, il modifia les siennes, et bien avant l'aube du jour il retira du plateau de Pratzen presque toute son infanterie

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