CHAPITRE IV
et la forma en cinq colonnes, avec l'intention d'exécuter un mouvement de flanc , de se jeter dans l'espace laissé libre entre les hameaux et les deux lacs, franchir ce passage, tourner la droite des Fran* çais et enlever la route devienne à Napoléon, pour i'empécher de battre en retraite vers l'Autriche, où se trouvaient les dernières réserves commandées par Mortier.
Ce fut le bruit occasionné par les préliminaires de ce mouvement qui vint frapper l'oreille attentive de l'empereur ; il en éprouva de la joie : toutes les incertitudes étaient bannies. Kutusow faisait ses préparatifs pour se jeter dans le piège qu'on lui avait tendu. Des ordonnances partirent dans toutes les directions pour inviter les maréchaux à se rendre au feu de Tempereur : au bout de quelques instants ils étaient rangés autour de leur souverain, qui leur fit remarquer les agitations produites dans ie camp ennemi, sa satisfaction était visible : l'événement justifiait ses prévisions; par conséquent,^ rien ne dérangeait les combinaisons formées la veille. Pendant que les Austro-Russes exécutaient un mouvement de flanc, l'armée française ferait UQe conversion ep pivotant sur l'aile droite.
Le temps était très«froid, le jour avait peine à percer à travers l'épais brpuillard qui enveloppait latmosphère; enfin, vers huit heures (un lundi), un soleil pâle vint jeter une clarté suffisante pour éclairer Cous les objets. Napoléon, dont le coup d'oeil était mervfîilleux, fit observer à ses lieutenants que tout le plateau de Pratzen, naguère couveit de
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troupes, venait de se dégarnir; on y voyait briiier les baïonnettes des derniers bataillons, qui descendaient le versant oriental de la colline. En ce moment, les maréchaux s'éloignèrent pour aller rejoindre leurs corps respectifs : un seul resta auprès de l'empereur : ce fut Soult. — « Combien de temps vous faut-il, lui demanda Napoléon, pour occuper le plateau de Pratzen, qui est devant vous? — Vingt minutes environ, répondit le maréchal. — Attendez encore un quart d'heure, reprit l'empereur, afin de donner aux Russes la possibilité de bien marquer leur mouvement vers les étangs. »
Dans cet intervalle, la gauche, qui était l'aile marchante, s'était ébranlée, en mettant dans son allure la vivacité nécessaire. Lannes la conduisait, et Murât la flanquait à la tête de la cavalerie. Le centre, aux ordres de Bernadotte, suivait en temps utile le mouvement, et, le quart d'heure demandé par l'empereur, étant écoulé, Soult partit à la tête des divisions Vendamme et Saint-Hilaire. La fusillade se faisait entendre depuis une heure dans les villages auxquels s'appuyait l'extrême droite. Buxhowden, commandant le premier corps de Kutusow, avait commencé l'attaque sur ce point et s'avançait pour déborder notre position. Les divisions Legrand et Priant, du corps de Davoust, parvinrent à le contenir.
Le maréchal Soult, ayant gravi les pentes du plateau, le traversa en culbutant une brigade qui essaya d'arrêter sa marche : l'engagement devint des plus vifs, lorsqu'il voulut descendre la pente
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opposée. Les généraux Saint-Hilaîre et Tbiébault furent blessés; le colonel du i^ de ligne, Mazas, fut tué; enfin, après une lutte des plus acharnées, Soult avait accompli sa difficile mission. La colonne russe, attaquée sur son flanc droit, était coupée par son centre. Kutusow , terrifié d'étonnement, comprit alors l'intention de Napoléon et rétendue de sa faute; il essaya vainement de percer à travers les divisions Soult, afin de se réunir au corps de Buxhowden, dont il venait d'être séparé; mais il ne put jamais y parvenir, et fut blessé d'un coup de feu au visage.
Alexandre, placé au centre, devait avec sa garde appuyer le mouvement offensif de son généralissimeil se vit dans l'impuissance de lui prêter secours, ayant été assailli vigoureusement par Bernadotte, qui exécuta cette attaque avec une rare intelligence, se compromettant lui-même comme dans une petite guerre, afin d'attirer sur ses divisions les efforts du czar, en l'éloignant de plus en plus de Pratzen> et laisser ainsi Kutusow dans l'isolement. Bernadotte parvint, à son tour, à séparer le centre des Austro- Russes de leur aile droite, qui marchait sous la conduite du grand-duc Constantin, ayant sous ses ordres Bagration, Ouvarow et le prince autrichien Jean de Lichtenstein : cette droite , composée en majeure partie de cavaliers, fut abordée tout à la ois par l'infanterie de Lannes et la cavalerie de Murât ; la brigade des uhlans fut attaquée la première parKellermann, qui dirigeait une division de hussards et de chasseurs ; ce général, après un court
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engagement^ simula une fuUei ce qui n'était guère dans ses habitudes^ et se répandit à travers les intervalles des bataillons de la division CafTarelli. Les uhlans^ ayant donné dans le pi^e^ furent criblés de balles. ILellermann contourna rapidement la gauche de Caflarelli et vint tomber une seconde fois sur les derrières des uhlans : cette brigade russe fut détruite en entier, et son chef, le général Essen, périt au milieu de la mêlée. Les autres divisions de cavalerie russe, rejetées tantôt par les cuirassiers d'Hautpoul sur la division Suchet, tantôt par les dragons de Nansouty sur la division Rivaud, furent mises en pleine déroute, après avoir éprouvé une perte énorme. Ainsi tous les rôles avaient changé; Kutusow, qui devait couper l'armée française, fut lui-même coupé de son lieutenant Buxhowden. Le czar, donjL le soin, selon les promesses de ses gênérauX) devait se borner à contempler la défaite des Français du haut de la colline de Pratzen, se vit menacé au milieu des siens. Sa garde se fit écraser pour garantir sa personne. Le grand-duc Constantini qui, du poids de ses masses decavalerie^ devait pul* vériser notre aife gauche^ fut précisément attaqué le premier et^ pressé par le danger aussi bien que son frèrct <ltit chercher le salut dans une prompte retraite.
Napoléon, accompagné de sa garde, était monté
' On sait qu'aux champs de Maretigo, son heureuse audace ramena la fbrtutie sous les drapeaux de la Franee.
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à soD tour sur le plateau de Pratseo ; de là il doitiinaît cette vaste aoène et en suivait les inoideats avec soliieitude 2 il changeait la direction des brin gadefc^ suivant que Texigeait la gravite des «ira constances^ Aysifot entendu un tumulte effroyable sur ÏB droite du ooi^ps de Bdrnadotte^ il jugea la situ&tion périlleuse ) d'après ses ordres^ Happ, stm aide de camp^ Se porta rapidement sur le point io-^ diqué à la tête des mameluks, le maréchal Bessièrea devait l'appuyer avec les grenadiers à cheval, que conduirait le général Walther^Les chevaliers^-gardes^ jetés en avant pour arrêter l'attaqué des Français, avaient fait plier les assaillants sous leurs coups ) le 4^ de li^ne y avait perdu son aigle ^ : Bapp et sa vaillante troupe livrèrent un eombat corps a corps aux gardes russes; cette mêlée fut aussi terrible que celle qui teriidinait Un tournoi au moyen àge^ Morland^ colonel des chasseurs^ fut tué. Rapp fut blessé; mais, grâce au soutien des grenadiers à cheval, il demeura vainqueur et fît prisonnier, de sa main, le prince Repnin, commandatt de cette troupe d'élite ; il eut le boqhëur de |e mener de« vaut Napoléon*.
* Napoléon, premier consul, avait voulu que Bes frères prtsseat rang daqs Val'mée. Louis commandait le 9^ dragons , Jo3eph était colonel titulaire du 4^ de ligne; il se trouvait retenu à Paris en i8o5 par ses hautes fonctions législatives : le major Bigarré commandait son régiment à la bataille d^Âusterlitz.
* Gérard a représenté cet épisode dans ^on beau taBteati de la bataille d'Austëriitz.
Il n'était que deux heures, et cJéjà le plau de la bataille conçu par Napoléon avait reçu son exécution dans les parties les plus essentielles. Dès ce moment tout faisait présager un succès éclatant; en effet, trois heures après, les Français avaient remporté la victoire la plus signalée dont nos annales fassent mention après celle deBouvines. Dans cette mémorable journée rien ne fut donné au hasard. Les divers mouvements ordonnés par Napoléon furent exécutés avec une justesse mathématique; la froide intrépidité des chefs, la fermeté des soldats et la précision de leurs feux l'emportèrent sur le nombre et sur la bravoure incontestable des phalanges moscovites. ^
La défaite des alliés s'acheva par une catastrophe que les vainqueurs ne purent contempler sans se sentir émus de pitié. Les Russes, battus, refoulés, écrasés par le feu de l'artillerie, essayèrent de mettre quelque ordre dans leur retraite, et s'engagèrent sur les deux étangs qui étaient gelés; ils s'imaginaient s'y frayer un passage; mais la glace, ne pouvant supporter le poids de cette masse de fantassins, de cavaliers et de canons, se brisa sur plusieurs points, et deux mille hommes furent engloutis au fond des eaux. Ce malheur éleva la perle des alliés à 38 ,000 hommes, tués, no^és ou prisonniers; huit de leurs généraux furent tués ou pris. Les Français comptèrent 10,000 hommes • tués ou blessés. On eut à regretter un seul général, Valhubert, tombé sous les coups de plusieurs balles; il renvoya les soldats qui voulaient le rele-