CHAPITRE V
l'Allemagne, disparut entièrement, après une suite de défaites les plus humiliantes. Le grand Frédéric dut en frissonner dans sa tombe.
Napoléon se vit dans l'obligation de songer à distribuer des récompenses à une armée qui venait d'obtenir, dans si peu de temps , des résultats aussi considérables. Les nombreuses nominations faites dans Tordre de la Légion d'honneur en décembre i8o5 donnaient l'espérance à tout le monde que l'empereur ne serait pas moins généreux à l'issue d'une campagne si brillante. Il n'en fut pas ainsi. Napoléon^ voyant l'admirable effet que l'institution de la Légion d'honneur produisait sur le moral des troupes , prit la ferme résolution d'être désormais fort avare de cette récompense : il paya en magnanimes paroles les services rendus par le maréchal Davoust le i4 octobre, comme il avait payé le maréchal Soult le lendemain d'Austerlitz. L'empereur donna des grades afin de remplir les vides occasionnés dans les cadres par la mort ou les blessures gmves. Le général Compans, à la tète de sa brigade, avait défendu le plateau d'Iéna contre des forces triples; il fut nommé général de division. Les généraux Séroux, Milhaud, Reillci d'Aultanne, furent nommés généraux de division. Le chevaleresque Lassalle s'était signalé par des traits d'une bravoure inouïe : on le nomma également général de division.
Harispe, colonel du 1 6® léger, composé de Basques, ses compatriotes, avait déployé à la tête de son régiment autant de courage que d'habileté; on
Itt LA LÉGION D'HONNEUR.
le nomma général de. brigade. Bruyère, colonel du !i3^ chasseurs depuis une année, enfonça, a la tête de ses cavaliers^ trois lignes prussiennes sur la chaussée de Weimar ; il fut nommé général de brigade, mais on le laissa simple légionnaire. Pajol, colonel du 6^ hussards, qui, sous les yeux de l'empereur, exécuta plusieurs charges contre l'artilleo rie saxonne, fut nommé général de brigade. Furent nommés également généraux de brigade : les colo* nels Sénarmont , du 6^ d'artillerie; Saudeur, du 44^ de ligne; Nicolas, du 62^; Noirot, du 5^ cuirassiers; Reynaud, du ao^ dragons; Schwarz, du 5^ hussards; Dijeon , du 26^ chasseurs; Dounierc, du 9^ cuirassiers.
Bégougne de Juniac, chef d'escadron au i^*^ de hussards , fut nommé colonel du même régiment. Klein % général de division, qui s^était vaillamment distingué à la tête de deux brigades de grosse cavalerie, reçut une dotation de 10,000 francs.
Briche, commandant le 10^ hussards, avait ouvert la campagne de la manière la plus vigoureuse , à la tète de son régiment , dans le combat de Saal* feld; il n'eut point d'avancement, attendu qu'on l'avait nommé colonel depuis quelques mois; on ne lui donna pas même la croix d'officier.
^ Cette campagne devait être le triomphe de la cavalerie pruMienoe, si on en croyaitles flutteui^ de Frédéric^Guillaume; elle tourna, aucontraîre,à sa confusion : la cavalerie française, dont les Allemands parlaient avec dédain, se couvrit de gloire et porta les coups décisifs.