‹ La Légion d'honneurChapitre 57 sur 209 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Quant aux nominations faites dans la Légion d'honneur, elles furent très-restreintes. Il ne fut nommé ni grand aigle, ni grand officier, ni commandant. On donna un très-petit nombre de croix d'officiers, parmi lesquelles nous citerons Bonne* main, colonel du 5* chasseurs; Castex, du ao«; l'Héritier, du lo*" cuirassiers; Chassereaux, du 4o* de ligne; Cambronne, chef de bataillon du 88®;Clavel, chef de bataillon du ai«; Clerc, chef d'escadron des chasseurs de la garde; Philippe de Ségur, chef d'escadron attaché au quartier général.

L'empereur donna deux cents croix de la Légion d'honneur pour être distribuées dans tous les régiments. Nous citerons parmi ces nominations la plus remarquable, sans aucun doute, celle du maréchal des logis Guindet, du lo® hussards : ce sous-ofïîcier assistait le lo octobre au combat livré, auprès de Saaifeld, par le maréchal Lannesau prince Louis de Prusse; ce dernier s'engagea à travers des esca* drons français eu dirigeant une charge désespérée ; il se heurta, au fort de la mêlée, contre Guindet, qui, le reconnaissant pour un pei^onnage éminent aux plaques attachées à son uniforme, lui offrit quartier, après avoir paré plusieurs coups de sabre dirigés sur sa tête par ce fier champion. Le prince Louis de Prusse ne répondit à cette loyale façon d'agir qu'en redoublant de vigueur dans son attaque : Guindet, n'étant plus tenu à aucun ménagement et obligé de défendre sa vie, lui plongea son sabre dans la poitrine.

Une autre noniinatioh de légionnaire mérite

d'être menlionnée : ce fut celle du lieutenant d'artillerie Gourgaud, le plus jeune officier de son arme; il se signala à la tête d'une demi-bal terie.

Les historiens de l'antiquité racontent qu'Alexandre avait ordonné la destruction de Tlièbes, dont les habitants venaient de provoquer sa colère ; le roi de Macédoine voulut que la maison habitée jadis par Pindare fut épai^née : la demeure du poète resta seule debout au milieu des décombres. Napoléon, entrant à Weimar à la suite des fuyards d'Iéna, fit placer de^ factionnaires devant la maison habitée par Gœthe, afin de la préserver de toute insulte. L'homme de génie étant venu présenter ses remercîments et ses hommages au conquérant, celui-ci le combla de caresses et le nomma légionnaire ^ .

Le vainqueur d'Iéna, ardent à poursuivre ses avantages, envahit le grand-duché de Posen, qui appartenait à la Prusse depuis le démembrement du royaume des Jagellons, avec l'intention de s'emparer deKœnigsberg et deDantzick; mais l'armée russe, forte de 160,000 hommes, se montrait disposée à défendi*e la basse Vistule : elle était aux ordres de Benningsen, général bien supérieur à Kutusow par ses talents militaires. Le mois d'octobre se passa en combats partiels, dans lesquels l'avantage resta

^ Toutes les biographies modernes disent que Napoléon nomma Gœthe grand officier de la Légion d'honneur ou commandant : c'est une erreurj Tillustre poëte ne reçut alors que la croix de légionnaire; il fut nommé officier de l'ordre en 1818.

Page 1