CHAPITRE V
constamment aux Français ; mais cet avantage fut chèrement acheté. La saison étant devenue trèsrigoureuse dès les premiers joups de décembre, les parties belligéranles prirent des quartiers d'hiver sans convention officielle. Napoléon en profita pour mieux asseoir ses projets politiques: il s'établit à Varsovie, et n'épargna rien pour ranimer' le patriotisme des Polonais, espérant trouver chez cette nation belliqueuse de puissants auxiliaires. Le repos donné aux troupes ne fut pas de longue durée. Benningsen attaqua les cantonnements des Français au cœur de l'hiver; l'empereur se vit obligé de quitter Varsovie avant l'époque qu'il avait prescrite à ses lieutenants : il rouvrit la campagne le i^' février 1807, en dirigeant ses mouvements vers la basse Yistule, avec l'intention de pousser les Russes jusqu'à la Baltique. Benningsen recula lentement devant les Français, en livrant à chaque pas des combats meurtriers. Arrivé le 7 février dans la petite ville d'Eylau,il en fut expulsé après une action des plus vives; le général russe, au lieu de pour^ suivre son mouvement de retraite, s'arrêta tout à coup et prit position au sortir d'EyIau, à un kilo-' mètre de cette ville, dans une plaine un peu élevée et dans laquelle son armée pouvait se déployer facilement. Benningsen avait pris la détermination de livrer bataille après avoir intercepté une dépêche adressée au maréchal Bernadotte ; elle lui apprit que son redoutable adversaire n'avait pu exécuter encore la concentration de ses forces; suivant cet avis, plusieurs corps ne pouvaient le re-
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joindre avant deux on trois jours de marelie. En effet. Napoléon, n'ayant sous sa main que 54^000 combattants, se trouvait en présence d'un ennemi qui lui en opposait 72,000. Benningsen comptait principalement sur l'appui d'une forihidable artillerie (45o bouches à feu).
Napoléon fit ses dispositions pour livrer une action générale ; le corps de Soult, formant le cenlret occupait la ville même d'Ëylau ; il avait à sa droite le corps d'Augereau. L'extrême droite, formée par le corps de Davoust, s'appuyait à un groupe de hameaux ; la gauche, moins exposée, devait être formée par le corps de Ney; mais ce maréchal, ayant exécuté un mouvement excentrique pour observer la division Lestocq, dernier débris de l'armée prussienne, ne pouvait arriver à son poste que fort tard. La cavalerie, formant la réserve, sous les ordres de Murât, s'était placée en arrière du corps d'Augereau. L'empereur s'établit de sa personne dans le cimetière d'Eylau, attenant à l'église et sur un plateau qui dominait la ville; il pouvait de ce point découvrir en entier l'armée ennemie et diriger à propos les mouvements de ses généraux; la garde et une partie du corps Oudinot occupaient comme réserve ce cimetière et ses abords.
Benningsen avait sous ses ordres Bagration, Doctorow, Buxhowden; ils brûlaient de venger l'affront qu'ils avaient reçu, le 2 décembre i8o5, au bas du plateau de Pratzen. Cette fois, les Russes se ménagèrent l'honneur de l'attaque ; ils commen-
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oerenl dès la ppînte du jour (8 février 1807, un» dimanche) par une canonnade épouvanlable. Une masse de projectiles fondit sur Eylau, mais ce feu terrible ne causa pas à notre armée tout le dommage que l'e'nnemi en espérait. L'artillerie française, inférieure par le nombre, mais supérieure par la justesse du tir, porta le ravage dans les épaisses lignes des Russes ; cette canonnade dura deux heures entières ; le carnage était déjà effroyable avant aiême que les hommes se fussent abordés; enfin, le corps de Davoust attaqua impétueusement l'extrême gauche des Russes, pour la tourner et la rejeter sur le centre : la résistance fut des plus opiniâtres : une portion de la cavalerie moscovite fondit sur les divisions Priant etGudin; il fallut la valeur éprouvée de ces troupes pour résister à un tel choc. Grouchy, envoyé avec AjOoo chevaux pour soutenir le corps de Davoust, perdit le tiers de sa division, fut grièvement blessé et ne dut la vie qu'au dévouement de plusieurs officiers, notamment de son aide de camp Georges de Lafayette, qui l'arracha des mains des uhlans russes. Augereau, ayant reçu l'ordre d'appuyer la division Gudin, s'^ébranla vivement ; mais dans ce moment la neige tombait à gros flocons, et le vent la poussait dans le visage de nos soldats ; ces deux divisions, aveuglées, prirent une fausse direction et allèrent se heurter contre une batterie de 72 pièces, qui vomit sur elles une épaisse mitraille; en moins dune demi -heure, ce corps d'armée, fort de 9,000 hommes, perdit la moitié de son effectif: le
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gérréral Desjardins fut lue; Heudelet, commandant la seconde division. Fut blessé grièvement; Augereau lui-même fut mis liors de combat : on le porta dans le cimetière, aux pieds de Napoléon. Celui-ci voyait d'un œil impassible les graves dangers qui l'entouraient; de moment en moment il recevait des rapports d'une nature très-inquiétante: les boulets frappaient à ses côtés quelques officiers, ses aides de camp étaient renversés : l'un d'eux, le général Corbineau, fut tué d'un coup de biscaïen au moment où il transmettait un ordre de vive voix à un commandant de division. Ney, qui devait occuper la gauche, n'était point encore arrivé à deux heures de l'après-midi. Benningsen, profitant de cet incident favorable, dirigea sur ce point une colonne de 49O00 grenadiers, laquelle^ ayant tourné la ville d'Eylau sans rencontrer d'obstacle, arriva jusqu'aux abords du cimetière et parvint à cinquante pas de l'empereur. Le i4*de ^ ligne fut la première troupe que rencontra cette colonne ; ce régiment se forma en carré et perdit 600 hommes en un instant; les deux bataillons de la garde qui entouraient Napoléon marchèrent contre cet ennemi sous la conduite de Dorsenne; la colonne moscovite, audacieusement engagée au milieu du corps de SouIt,qui gardait Eylau, fut détruite en entier.
Napoléon, menacé si gravement dans sa personne, put un instant douter de sa fortune. Le cimetière où il était établi était rempli de cadavres, l'espace lui manquait pour se mouvoir : en ceroo-