‹ La Légion d'honneurChapitre 59 sur 209 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment critique, il manda Murât et lui ordonna de mettre en mouvement son corps de réserve. Ordinairement le rôle de la cavalerie consiste à compléter la victoire, à précipiter la défaite de l'ennemi; dans celte circonstance, la cavalerie Française allait empêcher un désastre : elle s'ébranla sous la conduite de son valeureux chef; elle se composait de 80 escadrons, environ 8,000 hommes; on les forma en une colonne sur deux escadrons de front ; d'Hautpoul, avec ses cuirassiers, en conduisit la tête ; il devait être secondé par les généraux Nansouty, Bruyère, Milliaud, Pajol, Marulatz. Celte formidable colonne, lancée sur le centre de Tarmée russe, rencontra d'abord une vive résislance; elle brisa tous les obstacles et perça les deux lif[nes ennemies; mais cette infanterie parvient à se reformer derrière nos cavaliers. En cet instant les grenadiers à cheval et les chasseurs de la garde, conduits par le colonel Lepic, ^'élancent à leur tour, renversent une seconde fois les rangs moscovites, et opèrent leur jonction avec les régiments de Murât. L'action de cette colonne de cavalerie, chargeant à travers des masses de fantassins, eut pour effet de couper en deux l'armée ennemie, comme la hache du bûcheron coupe en deux tronçons le corps d'un serpent.

Le général d'Haulpoul, placé en tête des cuirassiers, poussait devant lui les dernières files des régiments russes; il se présenta ainsi à découvert devant une batterie établie au delà d'un large ravin : ce vaillant guerrier fut frappé

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mortellement d'un boulet dans la poitrine ^ La victoire n'était point gagnée, malgré les pertes énormes que le sabre de nos cuirassiers et de nos dragons avait fait essuyer à l'ennemi; mais l'équilibre était rétabli. La journée tirait à sa fin. Benningsen venait de recevoir un renfort de 89O00 Prussiens amenés par Lestocq ; il voulut continuer la lutte, espérant de rester maître du champ de bataille; mais, peu de temps après, les tirailleurs de Ney se firent entendre : ce maréchal, égaré d'abord sur un terrain couvert de neige, arriva beaucoup plus tard qu'il ne voulait. Sans laisser de reposa ses troupes, Ney aborda vigoureusement le flanc droit de Benningsen , et renversa plusieurs lignes, en menaçant d'opérer sa jonction avec le corps de Davoust, qui était en face de lui , et dont il n'était séparé que de quinze cents toises. Dans cette situation si défavorable, Benningsen fit ses dispositions pour battre en retraite; il se retira en bon ordre, laissant néanmoins entre les mains des Français 4fûpo prisonniers, 16 drapeaux et 63 pièces de canon. Ces résultats, sans être décisifs, étaient d'autant plus glorieux pour les armes françaises, que l'on avait combattu un ennemi bien supérieur en forces, c'est-à-dire deux contre trois.

L'empereur voulut que l'armée passât la nuit sous les armes , sans songer à inquiéter l'ennerui

' La ville de Gaillac (Tarn), lieu de naissance du général d'Hautpoul, a fait élever une statue en Thonneur de ce guerrier.

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