‹ La Légion d'honneurChapitre 60 sur 209 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dans sa retraite. Le lendemain matin il parcourut le terrain qui avait servi de théâtre à celte affreuse boucherie; une couche de neige ^ semblable à un vaste drap mortuaire, couvrait les longues files de cadavres. A l'aspect de cet immense holocauste, le conquérant, familiarisé depuis longtemps avec ce genre de spectacle, ne put s'empêcher d'éprouver une vive émotion. On en voit le témoignage dans le ))ulletin publié par ses ordres.

Les Russes avaient essuyé une perte de 3o,ooo hommes tués, mis hors de combat ou prisonniers; notre artillerie, par l'habileté de son tir, avait occasionné en majeure partie ce dommage. Les Français eurent 4^000 morts et 7,000 hommes mis hors de combat, sans compter 6,000 blessés moins dangereusement, et qui restèrent à leur corps. Dans cette journée mémorable , l'infériorité du nombre avait été rachetée par le dévouement héroïque des chefs, qui prodiguèrent leur personne pour soutenir l'élan des troupes; aussi les pertes furent-elles cruelles parmi les officiers de tous grades. Les généraux d'Hautpoul, Desjardins, LevasseuretCorbineau furent tués; Lacuée ', colonel du Q3^ de ligne, fut également tué. Le maréchal Augereau fut grièvement blessé, ainsi que les généraux Heudelet, Picard, Ledru des Essarts, Levai, Morand, Grou^ chy, Viviès, Védel, Gérard, Dutaillis : ce dernier eut le bras droit emporté par un boulet au mo-

' Son frère, colonel du 59^ de ligne, avait été tué dans la campagoe d'Austerlitz.

ment où il désignait de la main la place d'une nouvelle batterie.

L'empereur, passant devant le front des troupes^ aperçut une centaine de soldats avec une douzaine d'officiers groupés autour d'une aigle; le colonel, le bras en écharpe, se tenait devant le drapeau : c'étaient les glorieux débris du if\^ de ligne, commandé par Sémélé; ce régiment, faisant partie du corps d'Âugereau, avait reçu en plein les premières décharges d'une batterie de 72 bouches à feu. Napoléon donna vingt croix à distribuer à ce peloton de soldats, et il nommaleur colonel général de brigade. Un vide considérable avait dû être fait dans les rangs de la Légion d'honneur, puisqu'une si grande quantité de chefs supérieurs avaient succombé dans cette terrible rencontre. L'empereur, guidé parle même principe, ne se montra point disposé à combler ce vide d'une manière parfaite. Le nombre des légionnaires nommés à la suite de la bataille d'Eylau fut assez restreint. Les chefs de corps reçurent l'ordre de ne présenter dans leur mémoire de proposition que des officiers ou des soldats qui eussent été blessés : c'était la première condition. La même parcimonie se fit remarquer pour l'admission dans les grades élevés de l'ordre. Le grandaigle,,, laissé libre par la mort de d'Hautpoul, fut conféré à Savary. Ce général, commandant en chef par intérim le corps de Lannes, bâtit complètement^ quinze jours après Eylau, le général Essen, que Benningsen avait détaché avec 25,000 hommes sur le chemin de Varsovie.

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