‹ La Légion d'honneurChapitre 66 sur 209 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La perte des Russes s'éleva , dans cette mémorable journée ^ à aoyooo hommes tués, blessés ou noyés; 12,000 prisonniers, 70 pièces de canon, 1 5 drapeaux, furent les témoignages irrécusables du gain de la victoire.

Le maréchal Soult, placé à trois lieues de Rœ* nigsberg, se porta rapidement devant la place dès qu'il eut connaissance de l'heureuse issue de la journée du i^. La garnison prussienne, épouvantée, capitula le surlendemain.

Les débris de l'armée battue se hâtèrent de franchir le Niémen pour rejoindre le czar. Celui-ci , terrifié par ce nouveau désastre, envoya le prince de Labanoff demander un armistice pour traiter de la paix. M. de Labanoff était, de tous les ministres russes, celui qui se montrait le plus franchement partisan de la France ; à ce litre il devait être agréable au vainqueur de Friedland : on l'accueillit avec distinction, et l'armistice fut accordé. Napoléon porta son quartier général dans la petite ville de Tilsitt, située sur le Niémen. L'entrevue des deux monarques eut lieu le a5 juin. Dès le premier abord , Alexandre tomba sous le charme. Ce prince ne put , malgré la fierté de sa race , se soustraire à l'ascendant du génie: il passa subitement deTanimosité à l'admiration. Les deux empereurs firent assaut de courtoisie; le czar voulut voir de

à tenir place dans le SuUetin des lois; il e^tdaté de Kœnîgsberg (11 juillet 1807).

près ces soldais .français qui, dans Tespaoe de dixhuit mois, avaient remporté quatre victoires signalées: on fit assister l'autocrate à une grande parade. Alexandre se présenta devant les troupes , portant sur son uniforme la plaque et le cordon de la Légion d'honneur. De son côté , Napoléon portait, en témoignage d'amitié, les insignes de l'ordre de Saint-André. Les manœuvres de la pa-* rade furent dirigées par le général Mouton (Lo« bau), qui avait la plus belle voix de commande*ment de toute l'armée. L'empereur des Français exprima le désir de voir aussi l'armée russe. Le lendemain, il passa le Niémen; il admira la biîllante tenue des gardes; et à la suite de la parade commandée par le grand-duc Constantin, Napoléon demanda qu'on lui montrât un des plus braves soldats de ce corps d'élite. On fit sortir des rangs un sous-ofBcier qu'Alexandre désigna et présenta lui-même. Napoléon l'examina attentivement quelques minutes; puis, ayant pris des mains d'un des généraux de sa suite une croix d'honneur, il la passa dans une des boutonnières de l'uniforme du sergent étranger '. Le vainqueur d'Austerlitz et de Friediand ne pouvait mieux agir pour rendre un juste hommage à la valeur des Russes : depuis la lutte engagée par la France contre les puissances du continent, l'armée moscovite s'était mon-

* D'après les ordres de Napoléon, une pension de mille francs fut attachée à cette croix.

Page 1