‹ La Légion d'honneurChapitre 67 sur 209 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

tr^e la plus digne de se mesurer avec nos vaillantes légions.

Cette nomination, empreinte d'un* caractère cbevaleresque, produisit un effet inexprimable dans les deux camps que séparait le Niémen. La France fut bientôt instruite par la renommée de Tactien de l'empereur; le burin s'empressa de la reproduire dans ses moindres détails. Au reste, la nomination de ce sergent, comme légionnaire, ne fut pas la seule faite dans l'ordre en faveur des Russes : le jour où les deux empereurs prirent congé l'un de l'autre, Napoléon chargea le général Duroc de remettre de sa part le Grand-Aigle à Cons* tantin , frère d'Alexandre , et au prince de Laban o(T.

La victoire de Friedland, plus disputée que celle d'Iéna, moins meurtrière que celle d'Ëylau, fut des plus décisives, puisqu'elle contraignit les ennemis de la France à demander la paix, laquelle, signée à Tilsitt le 7 juillet 1807, faisaiit cesser la guerre dans toute l'Europe continentale. Napoléon, devenu l'arbitre des destinées des peuples, se voyait à l'apogée de la puissance. Il s'agissait de reconnattre les services de l'armée, dont la valeur éprouvée avait amené des résultats aussi considérables : l'empereur se montra, tette fois, moins parcimonieux dans la distribution des récompenses.

Le Grand'Aigle fut donné au général Dupont , qui s'était déjà couvert de gloire dans la campagne de i8o5, sur les rives du Danube; il reçut de plus une dotation. Le grand cordon fut également donné

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aux généraux Grouchy, Nansouty et Marchand. Ce dernier n'était que commandant; on lui fit sauter le grade de grand officier, exception qui ne se représenta que très-rarement.

Le général Espagne avait été blessé grièvement en conduisant une charge terrible au combat d'Heilsberg (lo juin). Dans cette journée, notre cavalerie eut à lutter contre des forces très-supérieures. Le général Espagne fut nommé grand officier de la Légion d'honneur. La même récompense fut accordée aux généraux Gudin, Morand, Séroux, Barrois , Carra-Saint-Cyr, Compans , Dulanloy , Bruyère.

Le général Ledru des Essarts s'était distingué au combat d'Heilsberg d'une manière toute particulière : il forma en carré le a6® léger, faisant partie de sa brigade, et se tint en dehors pour en diriger les feux. Le danger était devenu si imminent, que les maréchaux Soult et Murât, les généraux Lassalle, Belliard et plusieurs autres se virent obligés d'entrer dans ce carré pour garantir leurs personnes contre les charges furieuses de la cavalerie russe, dont les nombreux escadrons inondaient la plaine. Le général Ledru des Essarts fut nommé commandant de la Légion d'honneur, ainsi que les généraux Conroux, Ricard, Charbonnel, Monthion, Debelle, d'Anthouard.

I^ colonel Habert, du io5^, forma en carré son régiment , comme le général Ledru des Essarts avait fait du a6^ léger. Sa défense fut des plus vigoureuses; il résista pendant deux heures censé-

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cutives à (ous les efforts de h cavalerie russe , qui ne put jamais Fentamer. Ses soldats brûlèrent jus* qu'à leurs dernières cartouches, et les cadavres ennemis d'hommes ou de chevaux dessinaient parfaitement autour du carré du io5^ un autre carré'. Le vaillant Habert fut nommé commandant de la légion d'honneur, ainsi que les colonels Boyeldieu^ du 4^ de ligne, Beurmann, du 17^ dragons, Castex, du ao chasseurs , Doguereau , d'artillerie, Jouffroy, id., Baltus, id., Davoust, frère du maréchal, et son aide de camp , la Gastine, colonel du génie, Faviers (Matthieu), inspecteur aux*revues.

Parmi les nominations d'officiers, nous citerons celle du colonel Dommanget , du io« dragons : il reçut plusieurs blessures graves; son régiment dé* ploya une telle bravoure, que l'empereur lui consacra vingt-huit croix.

Le colonel Dornès, du I2« cuirassiers : ce régiment, faisant partie du corps de Lannes, avait eu à luUer, dans la matinée du i4 juin, contre des forces très-supérieures de la même arme; il essuya des perles considérables : la moitié de ses officiers succomba ; Dornès fut blessé. L'empereur le nomma officier de la Légion d'honneur , et donna trente croix au reste de ce brave régiment.

Nous mentionnerons encore, parmi les nomina-

' L'histoire de ce carré du io5* deviot célèbre dans les récits que nos soldats faisaieut au bivouac durant les guerres de rem pire.

lions d'ofBcierSy celles d'Ayinaird , colonel du fameux 3ii^ de ligne; Pelieport^ du t8'; Jamin , du !i4^; Calés, du 96"; Bouge ^ du 61^; Duppelin » du 85°; Espert, du i02«; Kottembourg, du 108^' Braver^ du a* lëger ; Guyardet^ du 3^; Berkem, du 1*^ cuirassiers ; Richter, 3« ; Gaultre de Lamothe , 9*; Colbert, 7« hussards; Dermoncourt , i®' dragons; Lallemand^ ^jt; Montmarie, du aS»; Valée^ du i^rëgiment d'artillerie à pied; Piat, major au ^^ de ligne; Lapointe, au 85e;Oudet, au 63^; Salmon , au a4e léger; Domon, au j^ hussards ; Fiahaut, chef d'escadron au i3<' chasseurs; Custine, chef d'escadron d'état-major; Bazergue, capitaine au 27^ de ligne / blessé grièvement.

On peut élever à six cents le nombre des simples croix données à la suite de la campagne de Friedland; une de ces nominations mérite d'être citée par sa spécialité. Plusieurs membres de la haute noblesse faisaient partie de la Légion d'honneur, en qualité de législateurs ou fonctionnaires publics, tels que MM. de Talleyrand, de Brissac, de Choiseul-Praslin, de Luynes, de la Rochefoucauld, etc., etc. ; mais aucun grand nom de France n'avait encore conquis la croix de la Légion d'honneur, sur le champ de bataille, à la pointe de l'épée. Le ciel réservait cette faveur à un jeune officier du i^'' régiment de dragons, héritier d'une des plus illustres maisons de l'ancienne monarchie, à M. Casimir de Mortemart, arrière-petit-fils de ce duc de Mortemart, un des généraux qui contribuèretit le plus au gain de la victoire de Denain, remportée

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par le maréchal de Villara sur le prince Eugèoe^ eh 171a.

Le maréchal Ney reçut une dotation considérable. Les généraux Oudinot, BelUard^ Latour** Maubourg et Bisson reçurent également des dota*tiens de trente ou de \ingt mille francs.

Sénarniont, nommé depuis peu de temps général de brigade, fut promu au grade de général de division. Pernettiy général de brigade d'artillerie^ obtint le même avancement.

Le colonel de la Grange, du 7^ chasseurs, officier de la Légion d'honneur de la création, s'était con** duit très-vaillamment au combat d'Heilsberg; il fut blessé grièvement à la tête, en chargeant jusque sous les retranchements le régiment des gardes de l'empereur de Russie. On le nomma général de brigade. Le colonel Curial, des fusiliers de la garde^ fut un des héros de la journée de Friedland. On le nomma général de brigade. Le même avancement fut donné aux colonels BordesouUe, du ^u^ chasseurs; Ârrighi, des dragons de la garde; Fournier- Sarlôvèze, ancien colonel du la^ hussards; Gros, colonel-major dans la garde.

Dans tous les siècles, les grands hommes eurent leur rancune ; César eut les siennes : la disgrâce de Labiénus en fut une preuve éclatante. Charlemagne, Louis XIV, Charles XII et le grand Frédéric eurent aussi leurs rancunes. Napoléon devait avoir les siennes : il avait ordonné que chaque général de division enverrait un mémoire de proposition de récompenses après une rencontre de quelque impor-

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tance. La division Grouchy avait eu à soutenir un engagement meurtrier à Eylau contre l'élite de la cavalerie russe ; son aide de camp, Geoi^es de Lafayette, Tarracha des mains des ublans; ce jeune officier se conduisit en cette circonstance avec la plus rare valeur : il fut porté par son général dans le mémoire de proposition ; c'était justice. Napoléon, accoutumé à tout voir, examina minutieusement les divers mémoires de proposition envoyés à Berthier par les commandants de division; il biffait de sa main les noms des officiers qu'il ne jugeait pas dignes de récompenses. Celui de Georges de Lafayelte fut rayé sur le mémoire de proposition envoyé par Grouchy, qui demandait la croix pour lui. Â la bataille de Friedland, le même officier montra autant d'intrépidité qu'à Eylau ; sa division faisait partie de ce premier corps qui, suivant l'opinion de toute l'armée, avait fixé la victoire. Grouchy comprit dé nouveau Georges de Lafayette parmi les officiers dignes d'être nommés légionnaires; le mémoire revint du quartier général, et le nom de l'aide de camp fut une seconde fois biffé. Napoléon n'avait point oublié les paroles imprudentes prononcées trois ans auparavant par M. de Lafayette, lors de l'institution de la Légion d'honneur; le fils portait la peine du père. Sur les pressantes sollicitations du général Grouchy, Geoi|;es de Lafayette se retira du service.

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