‹ La Légion d'honneurChapitre 70 sur 209 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vuspoursuivis par l'aulorilé : les préfets exercèrent envers eux des tracasseries sans nombre ; elles ne cessèrent qu*à Tavénement de l'empire.

Les chanceliers des cohortes , avant exécuté les oi*dres transmis de Paris, fournirent une liste de chevaliers de Saint-Louis; elle ne renfermait que peu de noms, pour deux motifs : lé premier, parce que quantité de gentilshommes n'étaient point encore rentrés de Fémigration, et le second, parce que plusieurs refusèrent de figurer dans ce recensement.

Ce travail à peine ébauché, les préfets, de concert avec le chancelier de chaque cohorte, désignèrent les officiers de cette catégorie qui devaient recevoir la croix de la Légion d'honneur : on ne doutait pas qu'ils ne montrassent une vive reconnaissance à l'égard du souverain et qu'ils ne prêtassent à son gouvernement l'appui de leur considération personn'elle '. Ici se présenta une diffi-

' Les chevaliers de Saint-Louis mirent une certaine hauteur à produire leurs prétentions ; nous citerons quelques noms de ces officiers qui furent mêlés plus parliculièrement à cette affaire. Dans la i^* cohorte (Fontainebleau), le vieux chevalier ^^ Comnène, qui avait assisté à la bataille de Fontenoy. Dans la 2^ (abbaye de Saint-Vaast), M. de Grandval, M. d'Assignies, W« de Tramecourt. Dans la 5® (château de Saverne), M. de Lenoncourt. Dans la 7® (arch. de Vienne), M. de Montchenu. Dans la 8® (arch. d'Aix), M. de Grille. Dans la 9® (évêchc fle Béziers), M. de Saint-Macaire, M. Sarret de Coussergue. Dans la io« (hôtel de Malte, Toulouse), M. Dubarry, M, de Villeraze. Dans la i3® (château de Craon), M. de la Barre.

culte à laquelle od n'avait pas songé. Les chevaliers de Saint-Louis demandèrent qu'on les admit dans le second degré de l'ordre, en objectant qu'ils ne pouvaient point échanger une croix en or contre une croix en argent. Cette prétention n'avait au fond rien d'extraordinaire; elle parut néanmoins exorbitante aux yeux de l'empereur, qui venait de se montrer si avare des croix d'officiers, après les sanglantes batailles livrées en i8o5, en 1806 et en 1807. Le grand conseil parut encore plus difficile, et, en définitive, le projet relatif à l'échange des deux décorations fut abandonné sans retour. Le ministre de la guerre, Berthier, avait disséminé dans l'état- major des places fortes une vingtaine de chevaliers de Saint-Louis dépourvus de fortune. Ces officiers s'empressèrent d'accepter la croix de légionnaire.

Le sénatus-consulte organique du 28 floréal an XII mettait les membres de la Lésion d'honneur en possession d'un privilège fort capable de leur assurer une importance politique des plus marquées; l'article 99 disait : « Les grands officiers, les comflc mandants et les officiers sont membres du col- « lége électoral du département dans lequel ils ont « leur domicile, ou de l'un des départements de « lacohorteà laquelle ils appartiennent. Les légiona naires sont membres du collège électoral de leur a arrondissement '. »

' Il n'entre pas dans noire sujet de reproduire ici Tensemble des lois et décrets relatifs à la Légion d'honneur ; on les trouvera

chaHtbe vu. ise

Qui le croirait? Une fois la loi mise en vigueur, les membres de l'ordre ne montrèrent aucun empressement à exercer un privilège aussi étendu : beaucoup d'entre eux le regardaient comme une obligation pénible, et ils cherchèrent souvent à s'y soustraire. C'est qu'en eflet, du temps de l'empire, le gouvernement représentatif était une véritable fiction.

Les prévisions de Napoléon ne tardèrent pas à se Idéaliser de la manière la plus satisfaisante : la Lé* gion d'honneur existait à peine depuis quatre ans^ qu'elle devenait un objet d'ambition pour les hommes supérieurs de toutes les classes; le dédain avec lequel bien des personnes accueillirent cette nouveauté se changea bientôt en un désir ardent d'obtenir cette distinction. Ce succès inespéré causait à ISapoléon une joie infinie; il en profita pour prendre sa revanche: plus on montrait d'ardeur à demander la Légion d'honneur, plus il s'en mon* trait avare, afin d'en augmenter le prix. On peut dire que dès 1807 la Légion d'honneur avait excité dans tous les rangs de la société une émulation des |du$ ex^traordinaires.

Si la Légion d'honneur grandissait dans l'estime publique, quel enthousiasme ne devait-elle pas inspirer aux soldats! A la suite de la distribution faite

réunis dans Touvrage spécial publié à cet effet par M. Saint- Maurice^ en i833. On peut aussi consulter avec fruit les Fastes de la Légion d'honneur, vaste répertoire de biographies particulières; ouvrage malheureusement inachevé.

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après la victoire de Friediand y cet enthousiasme fut porté jusqu'au délire: l'espérance d'à 1 tacher à sa poitrine cette étoile qui brillait sur l'unifornie des généraux aurait fait entreprendre à un grenadier l'action la plus périlleuse et la plus téméraire. La croix de la Légion fit plus que stimuler le courage du soldat, elle contribua à rendre sa conduite beaucoup plus régulière.

Les bandes républicaines de la Convention et du Directoire firent preuve d'une bravoure héroïque: sous ce rapport, on ne pouvait guère espérer de les surpasser ; mais elles laissaient beaucoup à désirer quant à la discipline. Du temps de l'empire, les armées, au contraire, servirent de modèle au reste de l'Europe par leur discipline, leur tenue et leur distinction. On dut incontestablement cette amélioration à l'institution de la Légion d'honneur, dont la première conséquence fut d'introduire dans la vie privée du soldat, et même de l'officier, une dignité très- remarquable. Par suite de cet esprit de convenance qui est un des traits distinctifs du caractère national, un changement notable s'opéra chez les militaires de tous grades. Un grenadier, sujet à boire avec excès , devenait plus sobre du moment où il portait la croix : car cet homme craignait que les égarements de l'ivresse ne lui fissent commettre des actions indignes de son rang de légionnaire. Le soldat qui n'avait point encore obtenu cette récompense s'eflbrçait de réprimer ses penchants vicieux ; car des traits de bravoure ne suffisaient pas toujours pour mériter la croix : un

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