‹ La Légion d'honneurChapitre 72 sur 209 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

prenant que son camarade de thëâlre venait de l'obtenir 9 il vint solliciter la mértie faveur auprès du souverain^ qui n'avait cesse de le traiter avec une bienveillance des plus marquées. Voici la réponse de Napoléon : « Picard recevra la croix ed sa qua- <c lité de littérateur^ et non comme artiste dramâti- « que, car il a quitté la scène : Talma ne peut là « quitter, puisqu'il est le plus grand tragédien de c notre siècle ; mais la société a conçu à l'égard « des comédiens une prévention qu'il n'est point « en mon pouvoir de détruire, et ce motif m'end- « pêche, bien contre mon gré, de me rendre à vos a désirs. » Le refus éprouvé par Talma en cette circonstance arrêta les prétentions qu'élevaient déjà Fleury, Larive, Laïs, et d'autres sicteurs des théâtres de Paris. Cet incident fut très-préjudiciable à l'auteur dramatique; l'empereur, voulant couper court à ces prétentions, ajourtià indéfiniment l'admission de Picard dans l'ordre de la Légioti d'honneur '.

Nous avons dit que Bernardin de Saint- Pierre n'avait pas été compris dans la liste des légion- . naires dressée en i8o4 par Fontanes, chslrgé de^ intérêts des hommes de lettres. L'auteur de Paul et Virginie s'était attiré cette disgrâce en s'exprimant avec trop de vivacité sur l'expulsiôti de.

' Les biographes, trompés par te^ joUmanx de t'épdque, ont avancé que Picard fat nommé légionnaire en 1807. Le spirituel auteur de la Petite Fille ne reçut la croix qu'à la fin de

M*"* de Staël ; il éprouvait les mêmes regrets que Picard ressentait à si juste titre. Bernardin de Saint-Pierre fut nommé légionnaire en 1807, sur les instantes prières de Louis Bonaparte et de sa femme Hortense.

Un autre littérateur des plus distingués reçut à la même époque la croix si enviée : ce fut Roger, auteur de plusieurs pièces de comédie très-estimées , principalement VJi^ocat^ dans laquelle l'auteur a su peindre avec un rare talent les dangers , les écueils et les devoirs d'une des plus nobles professions de la société.

Les hommes ne furent pas les seuls à solliciter cette distinction : M"« de Genlis fut nommée (non officiellement, fin de 1806) un des conservateurs de la bibliothèque de l'Arsenal; à ce titre, elle recevait un traitement de 6,000 francs , et occupait dans rétablissement un fort bel appartement. Elle avait pour collègues MM. Ameilhon et Tréneuil. M™« de Genlis, voyant croître dans l'estime publique cette légion d'honneur qu'elle avait fort critiquée à son début, émerveillée eu apprenant que les littérateurs , les savants et les artistes étaient admis dans cette corporation^^ trouva injuste que les femmes en fussent exclues. Elle forma le projet singulier d'amener le fondateur à modifier son œuvre; en conséquence, en 1808, elle se mita composer un Mémoire, et, grâce à sa prodigieuse facilité d'écrire, cette pièce fut promptement achevée. L'auteur y démontrait la nécessité d'admettre dans Tordre les personnes de son sexe d'un mérite réel.

Page 1