‹ La Légion d'honneurChapitre 75 sur 209 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

.voulut que nul ne pût recevoir un titre nobiliaire s'il n'était au préalable membre de la Légion d'honneur.

lies majorats et les dotations instituées dans le but de consolider la noblesse de l'empire accrurent pareillement l'importance de la Légion d'bonneur. Cette importance, que l'on mettra peutêtre aujourd'hui en doute, parut dans tout son éclat au congrès d'Erfurt,

L'empereur de Russie, tous les rois et les princes de la Germanie, moins l'empereur d'Autriche, se montrèrent jaloux d'assister à celte réunion et entourèrent de leurs hommages le nouveau Trajan. Le czar, son frère Constantin, les rois de Saxe, deBavière, de Wurtemberg, de Weslphalie, les grands-ducs de Bade, de Weimar, de Hesse, de Mecklembourg et les autres souverains de la Confédération germanique étalaient sur leur poitrine avec une sorte d'empressement les insignes du Grand-Aigle. Napoléon eut à résiste^ aux pressantes sollicitations que lui adressaient des officiers généraux et des ministres de ces divers souverains, pour obtenir cette décoration, qui avait été un objet de persiflage lors de sa création. L'empereur se montra parcimonieux et accorda quelques-unes de ces faveurs avec solennité. Dans une soirée donnée à Weimar par le prince régnant^ Napoléon s'entretint pendant trèslongtemps avec Goethe et Wieland, comme il s'était entretenu avec les savants de l'Institut, lors de la distrihution des croix faites aux Invalides : le vainqueur d'Âusterlitz étonna par son savoir les deux

plus beaux génies littéraires de l'AUeiDagne. Le lendemain de cet entretien % M. de Champagny apporta de la part de son puissant mattre la croix de la Légion d'honneur à Tauteur à^Obéron. Nous avons dit que Goethe avait été nommé précédemment légionnaire. Schiller n'existait plus depuis trois ans ; on l'eût, certainement traité au même titre. L'agrégation des écrivains étrangers qui faisaient la gloire de leur pays devait donner un lustre extraordinaire au nouvel ordre de chevalerie; son fondateur le comprenait ainsi. Malheureusementy les grandes renommées littéraires de l'Italie venaient de s'éteindre ; Âlfieri avait précédé Schiller dans la tombe ; le poète Monti reçut à Milan, des mains du vice-roi, la croix de la Légion d'honneur.

L'entrevue d'Erfurt, entremêlée de fêtes et de négociations, ne fut point exempte de soucis^ comme toutes les choses humaines. L'empereur ne tarda pas à réprouver ; la Providence mêlait quelque amertume à tant de félicité! ^

Napoléon avait décidé de ranger l'Espagne sous sa domination, persuadé intimement que cette nation se féliciterait d'être régénérée par son génie; l'erreur ne fut pas de longue durée. L'Espagne se mit en pleine insurrection, et le peuple en furie

'iWieland, racontant dans une lettre à un de ses amis cet entretien, dit que l'empereur avait mis dans sa conversation un charme infini, accompagné des expressions les plus flatteuses; néanmoins, ajoute le poëte, il me semblait que je causais avec un homme de bronze.

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