CHAPITRE IX
a je vous fais enlever par mes grenadiers '. » L'empereur, suivant toujours avec attention les principaux incidents de la journée^ aperçut, dans ta direction de G ross-Asper n , un régiment de cavalerie qui renversait un bataillon carré hongrois: il se porta rapidement sur le lieu de l'action, et nomma officier de la Légion d'honneur le colonel Leduc, commandant ce 19^ chasseurs; il donna en même temps un certain nombre de croix pour être distribuées aux soldats de ce régiment.
11 était dix heures du matin, et les Autrichiens n'avaient pu obtenir aucun avantage marquant ; alors Napoléon ordonna au maréchal Lannes de prendre l'offensive, et lui-même, dirigeant vers le centre toute sa réserve, fondit sur l'ennemi : les Autrichiens, ébranlés par cet effort simultané, déterminèrent un mouvement rétrograde sur toute leur ligne. Les colonnes françaises, poursuivant leur premier avantage, avaient déjà gagné une lieue de terrain, lorsqu'un aide de camp, arrivant de l'île de Lobau, vint annoncer à Napoléon que le grand pont, qui liait la rive droite avec l'île, avait été rompu parla violence des eaux, dont la crue continuait depuis plusieurs jours. Cet accident terrible interrompit le passage des troupes et des munitions de guerre. Or, nos soldats, pour résister à des^attaques si continues, avaient usé toutes leurs
^ lie souvenir de cette apostrophe, à la fois vive et touchante, s'est conservé dans la famille do général Walther.
munitions. Dans cette situation criti(|ue, Tempereur fil arrêter le mouvement offensif, et l'armée, demeurée un instant immobile, recula lentement pour reprendre ses premières positions.
L'archi4uc Charles, instruit au bout de quelques heures des événements propices qui se passaient sur le Danube, se porta une seconde fois en avant ; mais y au lieu d'engager ses divisions dans une lutte corps a corps, il employa ses 4oo Bouibhes à feu à faire tomber une grêle de projectiles sur les Français , qui ne pouvaient riposter faute de munitions : un de ces boulets atteignit mortellement le maréchal Lannes, en lui fracassant les deux jambes ' . L'archiduc, enhardi par un concours de circonstances si défavorables aux Français, ordonna une attaque désespérée contre le village d'Essling; mais le général Mouton, commandant les deux régiments de. tirailleurs de la garde, s'élança au-devant de la colonne des assaillants, et la mit en pleine déroute : ce coup de vigueur, dans lequel le général Mouton fut vaillamment secondé par le général Curial , termina la journée. Le général autrichien fît replier en arrière toutes ses divisions. L'armée française, à qui une artillerie abondamment pourvue avait cause des pertes énormes, resta maîtresse du champ de bataille : elle aurait
' Depuis la mort de Desaix frappé à Marengo, Napoléon n'avait point essuyé une perte qui lui fût aussi sensible que celle de Lannes; ce maréchal entrait dans sa quarantième année.