CHAPITRE IX
en définitive payé par une entière destruction sa témérité héroïque sans le puissant génie du grand capitaine qui la commandait; grâce à sa fermeté et à son sang-froid, cette arnriée, si cruellemenf. menacée par les éléments conjurés à sa perte, trouva un refuge assuré dans Tile de Lobau.
Kssling allait former le pendant d'EyIau ; ces deux sanglantes journées avaient plusieurs points de ressemblance : après la terrible rencontre du 8 février 1807, Benningsen et ses officiers rentrèrent dans Kœnigsberg en entonnant des chants de victoire; dans la soirée du 22 mai 1809, jes généraux autrichiens vinrent féliciter Tarchiduc sur son triomphe; le prince reçut ces félicitations avec d'autant plus de joie que, selon lui, cette défaite des Français commençait l'exécution du plan de campagne arrêté avant l'ouverture même des hostilités. L'archiduc Charles^ était sanscontredit le général le plus valeureux et le plus habile que la monarchie autrichienne eût produit depuis le règne de Marie- Thérèse, et néanmoins il n'avait pu se prémunir contre les folles illusions que la cour militaire de Vienne avait conçues à l'égard des Français : l'archiduc avait arrêté dans sa pensée de venger l'Allemagne opprimée, en faisant éprouver à Napoléon et à son armée un désastre analogue à celui que les deux divisions du général Dupont venaient d'essuver en Andalousie : ses lieutenants l'entretenaient
^ L'archiduc Charles, né en 1771, était le troisième fils de l'empereur Léopold, frère de la reine Marie-Antoinette.
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dans ces idées par leurs flatteries ; Tempereur François II était le seul qui ne partageât point ces espérances.
La confiance singulière de Tarchiduc Charles peut seule expliquer l'inaction dans laquelle ce prince resta pendant six semaines en présence d'un rival aussi redoutable. En effet, il négligea de rassembler les moyens dont Tempire pouvait disposer ; il ne fit aucun effort pour multiplier les obstacles d'un second passage du Danube; il semblait au contraire, redouter que les Français n'exécutassent point cette entreprise téméraire; il dédaigna même de fortifier le front de la nouvelle position qu'il avait choisie sur le plateau de Wagram.
Napoléon n'avait pas laissé perdre une seule journée dans les six semaines qui venaient de s'écouler ; des ordres réitérés avaient prescrit au général Marmont, commandant l'armée deDalmatie, de venir le joindre sous les murs de Vienne; ce général avait exécuté une marche longue et pénible, en livrant plusieurs combats. Eugène, viceroi dltalie, avait reçu la même injonction ; l'empereur, se méfiant à bon droit de l'inexpérience de ce jeune prince, voulut placer auprès de lui un tacticien capable de conduire les opérations contre l'armée autrichienne, commandée par l'archiduc Jean. Jaloux de garder sous sa main les maréchaux réunis autour de lui en Allemagne, il fit expédier par le ministre de la guerre, l'ordre au général Macdonaldde partir instantanément pour aller joindre dans la haute Italie le vice-roi. Eugène avait essuyé