CHAPITRE IX
au commencement d'avril plusieurs défaites. L'ar* rivée* deMacdonaldai réta le cours deces revers; les opérations, conduites avec plus d'activité et plus d'intelligence, aboutirent à des succès éclatants : larchiduc Jean fut battu sur tous les points, et Tarniée d'Italie^ dont le général Macdonald conduisait la droite, opéra sa jonction avec celle d'Allemagne sur les rives du Danube, dans les derniers joui*s de juin 1809.
La concentration de ces forces ne devait pas seule occuper Napoléon ; il mit un soin infini à faire mouvoir tous les ressorts pour ralTermir le moral delarmée, que la sanglante journée d'Essling avait
* Macdonald, lié d'une étroite amitié avec Moreaudont il avait été longtemps le lieutenant , prit la défense de son ancien chef lors du malheureux procès de i8o4; il le fit toutefois avec moins de véhémence que Lecourbe, et fut enveloppé dans la même disgrâce; on le nomma cependant grand officier de la liégion d'honneur sans lui donner d'emploi. Il vivait depuis cinq ans retiré dans sa terre de Courcelles près Gien. L'officier (l'ordonnance expédié par le ministre Clarck vint le trouver accompagné du préfet du département du Loiret (fin de mars 1809); l*un ^' l'autre redoublèrent d'instance auprès de Macdonald pour qu'il partit dans le moment même en prenant la direction de Lyon. Dans cette situation il n'eut pus le temps de faire faire un habit d'uniforme d'après l'ordonnance de cette époque : il fut obligé d'emporter son habit de général de la république, à larges basques, collet renversé et orné d'une broderie peu saillante. Cet uniforme, différant essentiellement de celui que les généraux portaient en ce moment, devint l'objet d'une certaine raillerie de la part des jeunes officiers de l'armée d'Italie.
i98 lA LÉGION D'HONNEUR.
pu rebuter. L'empereur, ayant une seconde fois établi son quartier général dans Tile de Lobau , se plut à profiler des ombres de la nuit pour errer à travers les bivouacs , afin d'y recueillir les propos tenus par les soldats. Imitant ainsi l'exemple de Germanicus, dans une circonstance semblable et presque dans les mêmes lieux. Certainement, les mâles récits de Tacite lui avaient rendu familière l'histoire du vainqueur d'Arminius.
Napoléon acquit de cette manière la conviction que le moral des hommes ne laissait rien à désirer. Le sombre patriotisme qui avait fait fairp de si grandes choses aux premières légions delà république n'existait plus; il s'était converti en un sentiment bien différent qui menait au même but, C'était un désir violent d'acquérir des distinctions honorifiques; ce désir se concentrait avant 1789 chez la noblesse, la seule classe de la nation qui pouvait 'y prétendre; maintenant il régnait jusque dans les bas«fonds de la société. Ainsi, la Légion d'honneur, que les esprits forts avaient traitée à son début d'institution puérile, devenait pour son fondateur un puissant levier, au moyen duquel ilfaisait revivre parmi les Français cet amour pour le souverain que la hache révolutionnaire semblait avoir éteint dans le sang de Louis XVL Le soldat qui recevait cette récompense ne pouvait l'accepter sans se sentir lié par la reconnaissance envers le souverain qui la lui donnait. Au reste, ^Napoléon faisait soit à dessein, soit par une impulsion soudaine, tout ce qu'il fallait pour entretenir ce senti-