CHAPITRE IX
ment. Après la bataille d'Ëckmûhly il donna la croix à des caporaux et à de simples soldats , en attachant à la décoration le titre de chevalier de l'empire et une dotation de i,ooo^ de i,aoo et de i,5oo francs. L'empereur, le lendemain de la bataille de Ratisbonne, passant en revue le 4* de ligne, commandé par le colonel Boyeldieu, aperçut un caporal de grenadiers blessé à la tête, au bras, à la jambe; ce militaire donnait l'exemple du dévouement en restant dans les rangs, tout blessé qu'il était, au lieu d'aller à l'hôpital. L'empereur le regarda avec une véritable satisfaction; prenant d'un ofYicier de son escorte une croix, il dit au caporal : a Tiens, voilà qui guérira tes blessures! » Le caractère français pouvait-il résister à de pareilles séductions! Aussi, nous l'affirmons sans crainte d'être démenti, dans les bivouacs établis auprès de la ville de Vienne, dans les baraques de l'île de Lobau et même dans les ambulances, l'unique sujet des entretiens du soldat était la croix de la Légion cthon* neurei le désir ardent d'apporter au sein de sa famille ce signe brillant. Chaque discours avait pour conclusion ces paroles : Je me ferai tuer, ou f aurai la croix î Le simple soldat, sorti du peuple et crédule comme lui^ s'imaginait qu'en entrant sur un champ de bataille il prendrait un drapeau, ferait prisonnier un général ennemi, que Tempereur le verrait et lui donnerait la croix à l'instant même. Le port d'armes, honneur jadis réservé exclusivement à l'officier, faisait tressaillir d'émotion le soldat légionnaire à qui on le rendait. Animés de
pareils sentimeDls, tous les cœurs devaient éprouver rimpalience de combattre.
Rassure sur les dispositions de Tarmée, Napoléon résolut de lancer une seconde fois ses phalanges au delà du Danube ; le nouveau passage avait été préparé par des ouvrages qui surpassaient en grandeur tous les travaux que les historiens de l'antiquité attribuent aux Romains. Le général Bertrand en était Fauteur. Au moyen de sept ponts construits entre la rive droite et Tîle de Lobau, et sur le canal qui séparel'ilede la rive gauche, au moyen de ces ponts, disons-nous, en une nuit et un jour, i5o ,000 hommes, 4oo bouches à feu et 4o,ooo chevaux furent transportés au delà du fleuve le plus large et le plus rapide de l'Europe \ Cette opération gigantesque fut exécutée dans un ordre admirable, sans la moindre confusion. Napoléon avait eu l'inconcevable adresse de tromper rarchiduc dans ses projets de passage; ses démonstrations préliminaires firent croire que les Français franchiraient le petit bras du fleuve au même endroit où ils l'avaient traversé le ao mai , c'est-à-dire, à l'extrême gauche de l'île deLobau. Le passage s'effectua cette fois une lieue et demie plus bas, à l'extrême droite de l'île *. Un de ces orages si fréquents dans l'été fondit sur File de Lobau dans la
' Après le Volga, qui sépare TEurope de l'Asie.
* Reyuier, un des meilleurs officiers généraux de Tempire, fut chargé de garder Tile de Lobau et les pouts avec une faible brigade. ^