CHAPITRE IX
nuit du 4 ^u 5 juillet; la grêle, les éclairs, les coups de tonnerre se succédaient avec vivacité ; les terribles effets de celte tempête vinrent favoriser l'entreprise de Napoléon, et lui servirent à dérober ses mouvements au généralissime des Autrichiens.
I^es Français, arrivés au delà de la rive gauche du Danube, se trouvèi*ent dans la plaine de Marchfeld, dont le terrain s'élevah; insensiblement l'espace de deux lieues; cette plaine, couvertad'une riche moisson, était bornée par un léger rideau de collines, sur lesquelles s'élevaient plusieurs villages; le plus remarquable était celui de Wagram. Au pied de cette ligne de collines coulait, de l'ouest à Test, le ruisseau appelé le Russbach. Dans cette situation, nos troupes avaient à leur gauche l'ancien champ de bataille d'Essling.
Le passage des divisions n'ayant été achevé que vers le milieu du jour (5 juillet), l'action générale dut être renvoyée au lendemain. L'empereur y préluda en faisant occuper la petite ville d'Enzersdorf et plusieurs villages qui se trouvaient entre le fleuve et le Russbach, afin de n'avoir aucun ennemi derrière lui. L'acquisition de ces divers points donna lieu à des engagements partiels, qui tournèrent à l'avantage des Français; néanmoins une tentative faite pour emporter les hauteurs de Wagrana échoua, et nos troupes durent abandonner lentreprise.
François 11 se transporta au quartier général de Tarchiduc, afin de sanctionner par sa présence les
dispositions an^étées par le généralissime ; du point où il s'était placé, le monarque allemand pou- ' vâit distinguer, d'un c6téy sa capitale captive, et de l'autre^ la formidable armée d'un rival dont le courroux avait été provoqué par une imprudente agression. Ce prince ne put s'empêcher de témoigner à son frère les craintes qui l'agitaient à l'aspect des forces considérables que Napoléon avait concentrées comme par enchantement sur la rive gauche du Danube.
L'archiduc voyait sous ses ordres l'élite des généraux de la monarchie autrichienne : Klenau, Rosemberg, Kollovrath, Hohenzolleren, Aspre, Norclmann, Kilmnayer, Jean de Liechtenstein, de Reuss, Colloredo, Bellegarde. Les uns et les autres s'étaient mesurés maintes fois contre lesFrançais dans les précédentes guerres ; chacun d'eux avait à venger l'affront de quelque revers
En arrivant dans la plaine de Marchfeld, le 5 au matin, l'empereur déploya ses différents corps sur deux lignes parallèles au Danube; mais dans la soirée de ce jour il modifia ses dispositions, prit un ordre plus étendu en rangeant son armée sur une ligne unique, la partageant en cinq commandements, et lui fît faire une conversion en prenant la gauche pour pivot. Le commandement de cette gauche fut confié au maréchal Masséna, ayant sous ses ordres les généraux Legrand, Carra-Saint-Cyr, Molitor, Boudet. Lassalle, Marulatz et Bruvère commandaient sa cavalerie, hussards et chasseurs. Masséna se trouvait flanqué à sa droite par le ma-
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réchal Bernadotte, commàndatit la division française Dupas, et le contingent de troupes auxiliaires saxonnes, hessoises et badoises. L'armée d'Italie, aux ordres dû prince Eugène, ayant pour premier lieutenant Macdonald, occupait le centre; sa principale force consistait en quatre divisions commandées par les généraux Broussîer, Lamarque, Grenier, Pacthod. L'armée d'Italie se trouvait flanquée par le deuxième corps que commandait le général Oudinot en remplacement du maréchal Lannês : ce corps se composait des trois divisions Tharreau, Frère, Grandjean. Enfin le corps de droite marchait sous la direction du maréchal Davoust, qui avait sous ses ordres les divisions Morant, Priant, Gudin, Pulhod. Sa cavalerie légère était conduite par IVIontbrun, Pajol, Colbert. Une division de dragons marchait sous les ordres de Grouchy et de France. Une division de cuirassiers était conduite par Arrighi. L'artillerie, répartie dans les différents corps, était commandée par les généraux Lariboissière, Pernetti, MosseL, Couin. Le génie était coni» mandé par les généraux Bertrand et Rogniat. La réserve, placée en arrière du centre, sous les yeux même de l'empereur, se composait de l'armée de Dalmatie aux ordres de Marmont, du corps commandé par Junot, de la division bavaroise commandée par le général Wrede, de toute la garde commandée par le maréchal Bessières, et de deux divisions de cuirassiers aux ordres du général Nansouty. L'artillerie de la garde était commandée par le général Lauriston. Cette réserve si considérable^
était destinée à se porter sur le point le plus gravement menacé.
Napoléon présidait avec calme à ces dispositions; il montrait la même confiance dans le succès qu'il avait montrée la veille de la bataille d'Àusterlitz. Par suite de la nouvelle direction donnée à son armée, celle-ci se trouvait exactement en face de l'armée autrichienne. Cette dernière se partageait en deux fortes masses : celle de droite, opposée à Masséna, était sous le commandement du feldmaréchal Klenau, et avait pour point d*appui le village de Kagran ; celle de gauchei opposée à Davousty avait pour commandant supérieur le prince de Rosemberg : elle s'appuyait au village de Gliuzendorf. Une tour carrée, reste d'un château féodal, indiquait le point central de la position occupée par l'aile gauche des Autrichiens. Ces deux corps principaux se reliaient entre eux par une ligne démesurément trop faible. L'archiduc se tenait derrière le centre de cette ligne avec la réserve des grenadiers et des cuirassiers \ Deux villages, Aderklaa et Wagram, servaient à défendre le front de cette vaste ligne; leur situation indiquait qu'ils seraient le nœud principal de l'action.
L'archiduc Charles s'établit, à la fin de la soirée
' L'archiduc Jean , baUu à Raab , avait réuni à ses débris une division de troupes stationnée en Hongrie ; il marchait pour amener ce renfort à Tarchiduc Charles: il devenait urgent pour Napoléon de trancher la question avant que les deux princes eussent a|)cré leur jonction.