CHAPITRE IX
du 5 juillet, dans une des maisons du village de Wagram, que les obusavaient à moitié incendiée la veille au soir. Ses ordres pour remplacement des divers corps ayant été mal interprétés au centre et à sa droit Cy il s'en suivit une sorte de confusion, et ses troupes se fatiguèrent la majeure partie de la nuit en marches et en contre-marches.
Les Français, au contraire, passèrent cette nuit dans un repos parfait. Napoléon semblait être de bronze, suivant l'expression de Wieland, à l'indifférence avec laquelle il supportait les fatigues : depuis trois jours il ne s'était point débotté. Ses maréchaux, rangés autour de lui, reçurent les dernières instructions; il leur fut prescrit de repousser les attaques, mais de ne prendre l'offensive que d'après de nouveaux ordres.
L'armée autrichienne embrassait dans sa ligne une étendue de près de quatre lieues ; il devenait difficile au généralissime de corriger les fausses interprétations. Par suite de ce malentendu dont nous venons de parler, le prince de Rosemberg prit le premier l'offensive contre l'intention formelle de l'archiduc. Il franchit le Russbach vers les quatre heures du matin (6 juillet, un jeudi), et aborda avec fureur la position occupée par Davoust ! l'engagement fut des plus vifs. Au bruit de la canonnade, Napoléon se porta rapidement vers Glinzendorf, suivi d'une brigade de grosse cavalerie. Un aide de camp du maréchal, accouru à sa rencontre, lui apprit que Davoust avait repoussé vigoureusement Rosembet*g en le contraignant de
a06 l'A LËGION D'HONNEUR.
repasser le Russb^ch et 4^ regagner sa position. L*einpereur s'écria avec une sorte de gaieté : « Voilà Davoust qui va me gagner encore cette bataille!» Poursuivant sa route, il lança les cuirassiers sur le flanc de^ colonnes autrichiennes que notre infanterie obligeait à reculer. Des décharges d'artillerie répétées se faisaient entendre avec un fracas inexprimable à l'aile gauche. Napoléon se vit obligé de revenir sur ses pas. Il avait à parcourir deux lieues pour rejoindre Masséna; celui-ci se trouvait déjà aux prises avec l'ennemi. Ce chef illustre, meurtri depuis plusieurs jours par une chute de cheval, se faisait porter dans une voiture découverte, comme le maréchal de Saxe à Fonte* nov. ILlenau avait fondu sur Masséna à la tête de forces très-supérieures % et Bellegarde avait attaqué avec autant d'avantage le corps de fiernadotte.
\ Lasftâlle, commandant la cavalerie du corps de Masséna, exécuta à la tête des hussards et des chasseurs^ pendant plu« sieurs heures, des charges brillantes qui modérèrent l'attaque des Allemands. Ce vaillant officier fut frappé d'une balle à la tempe. Marulatz, ayant pris le commandement, fut lui-même atteint dans une nouvelle charge. Bruyère succéda à celui-ci et conserva le commandement toute la journée. Lassalle avait conquis par ses manières bienveillantes Tamour du soldat ; la nouvelle de sa mort causa une sorte de désespoir dans la division. Une foule de hussards, ayant mis pied à terre autour de son corps, lui coupèrent ses longues moustaches et ses cheveux, qu'ils se partagèrent entre eux. Cette scène, au fond Irès-tbuchante, causa une espèce de tumulte auquel la présence seule de l'empereur put mettre un terme.