‹ (La) Légion d'honneur contre la délationChapitre 4 sur 20 · CABINET DU MINISTRE · texte numérisé non relu

CABINET DU MINISTRE

Paris, lé 11 mars 1902.

Très cher F.'. Vadecard,

.Je vous envoie les deux listes ci-jointes dont l'une représente les officiers qui ne réunissant pas les conditions d'ancienneté suffisantes pour être maintenus au tableau...

Remarquez, messieurs, qu'il s'agit de ceux qui ne méritent pas d'être mis au tableau.

... au tableau de concours pour la Légion d'honneur, l'ont été cependant grâce à leurs opinions républicaines que nous avons connues par vous (Exclamations au centre et à droite.)» et dont l'autre représente au contraire les officiers qui réunissaient toutes les conditions d'ancienneté et de notes militaires pour être maintenus, mais que nous avons éliminés parce que vous nous les avez signalés comme étant hostiles à nos institutions... (Exclamations à droite et au centre.)

A gauche. — Cette lettre est apocryphe. M. Guyot de Villeneuve, continuant:

Vous voyez par là que nous avons tenu un grand compte de vos renseignemonts. Les républicains sont avantagés et les cléricaux sont désavantagés...

A Vextréme gauche. — Signé : « Norton ». (Bruit.)

A gauche. — Lisez I

M. le président — Ecoutez, alors !

M. Guyot de Villeneuve, reprenant sa lecture :

... Jusqu'ici c'était le contr;iire qui avait eu lieu, et c'est grâce à cette façon de faire qu'on é'ait parvenu à nous doter d'un corps d'officiers si parfaitement jésuites dans son ensemble.

Nul doute que la méthode que nous avons adoptée ne produise un résultat opposé, pourvu que nous restions ici un temps suffisant, car il ne faudrait pas croire que c'est en une ou deux années que l'esprit de l'armée peut se transformer complètement ; il tant beaucoup plus longtemps. Le travail antérieur a duré trente ans ; pour le défaire complètement, il nous faudra au moins une vingtaine d'années. Vous allez sans doute penser comme moi que c'est un laps de temps bien long. Il est probable que si nous étions tous les deux à même de faire la transformation désirée nous mettrions moins longtemps, parce que nous ne reculerions pas devant l'énergie des mesures à prendre. (Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche.) Mais que voulez-vous? Nous ne pouvons que collaborer dans une faible limite à l'action d'ensemble, et notre République bourgeoise a peur d'aller trop en avant.

Cette lettre, — on ne sait vraiment s'il faut s'indigner ou admirer l'inconsciente scélératesse de son auteur — était signée « Mollin », le propre officier d'ordonnance du général André ; celui-ci opérait sous la direction du général Percin, chef du cabinet du ministre.

Ainsi c'était un officier français qui avait fait d'une poignée d'obscurs individus, les maîtres de l'honneur, de l'avenir, de la vie même de milliers de citoyens sans reproche ! Et comme de toutes parts des cris d'indignation éclataient, M. G'iyot de Villeneuve ajoutait avec plus de force :

Au surplus, vous n'avez pas besoin, messieurs, de me poser des questions sur l'authenticité des pièces que j'apporte. Que M. le ministre de la Guerre réponde ! Il Sait, lui, si ces lettres ont été ou non écrites. Qu'il le dise ! (Applaudissements au centre et à droite.) Qu'il se lève I (Bruit à gauche.)

Vous n'osez pas le dire, monsieur le ministre de la Guerre? Mais parlez donc 1 parlez donc f

Le ministre, au milieu des objurgations de l'extrême gauche, gardait le silence, et M. Guyot continuait alors, dans l'émotion générale, avec un calme et une méthode qui contrastaient (Singulièrement avec le bruit, le tumulte, l'agitation den bas. A cette lettre qu'il venait de lire, étaient jointes deux listes, l'une portant le mot « Éliminés » et donnant tous les noms des officiers qui avaient le droit d'être portés sur le tableau d'avancement et qui ne l'ont pas été ; lautre portant en tête le mot « Maintenus » avec les noms de ceux qui n'avaient pas le droit de

figurer sur le tableau et qui y ont été portés. Il montrait le cabinet du ministre collaborant étroitement avec la direction de l'infanterie, dans cette œuvre d'espionnage, ainsi que le prouvait une lettre du capitaine Mollin à Vadecard dont il donnait lecture :

Mon cher ami,

Voici une liste de colonels pour laquelle je vous serais très reconnaissant de vous procurer des renseignements aussitôt que vous le pourrez. C'est d'accord avec le général Castex, nouveau directeur de l'infauterie, que je vous l'envoie. Au fur et à mesure que ces renseignements vous parviendront, vous me les communiquerez.

Autre lettre, datée du 12 mars 1904, c'est-à-dire de quelques jours après :

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