L'HONNEUR D'ABORD
Les pouvoirs publics, paralysés par la menace de la Maçonnerie qui avait e'té l'agent principal de la rédaction et de la transmission des fiches, se refusaient à agir. L'initiative privée s'est heureusement substituée à l'autorité défaillante.
Des actes formellement contraires à l'honneur avaient été commis par des hommes revêtus de la distinction honorifique par excellence : la décoration de la Légion d'honneur. — 11 n'y avait pas un légionnaire qui ne se sentît humilié d'une pareille promiscuité — ces hommes avaient été condamnés par l'opinion aussi sévèrement que s'ils avaient encouru une peine effective devant les tribunaux de leur pays ; ils devaient être chassés de l'ordre qu'ils déshonoraient.
Comment l'obtenir puisque les règlements veulent qu'on ne puisse « instruire » à la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, que sur réclamation du ministre sous l'autorité duquel se trouve placé le légionnaire indigne ? Il était évident que les ministres ne voulaient pas agir.
Des officiers à qui les fiches avaient porté un préjudice matériel ou moral avaient eu quelques velléités de représailles, mais ces incidents isolés n'avaient que la portée de faits divers sensationnels.
Des plaintes individuelles contre les légionnaires délateurs étaient parvenues à la Grande Chancellerie, mais le président du Conseil, ministre de l'Intérieur, M. Combes, avait délibérément couvert le premier légionnaire incriminé, M. Ligneuil, maire du Mans.
C'est alors que, comme à toutes les heures critiques, un homme émergea de la foule. Un simple légionnaire, en effet, résolut de faire ce que personne n'avait le courage d'entreprendre : traduire les sentiments qui étaient dans l'âme de tous et leur donner une expression. Notre camarade ne cherchait nullement à faire autour de cette protestation une publicité tapageuse, encore moins à faire œuvre politique; dans sa pensée il ne s'agissait que de faire connaître à la Grande Chancellerie et au Conseil de l'Ordre de la Légion d'honneur l'état d'esprit des légionnaires, et de réclamer les sanctions disciplinaires que le Grand Chancelier, croyait-il, était en mesure de prendre.
Le légionnaire qui a eu cette belle inspiration s'appelle M. Agostini. Qui est-ce M. Agostini? — Un homme! Le voilà tout défini. Il n'a exercé dans sa vie aucune fonction officielle, mais il a, dès sa jeunesse, donné la mesure de son initiative et de son énergie; à 27 ans, il a été le promoteur et le Commissaire Général de l'Exposition Universelle d'Amsterdam ! Il ne peut être suspecté de tiédeur à l'égard de nos institutions : républicain avancé, il est de ceux qui ont salué avec joie la démocratisation de nos institutions.
Mais pour cette raison même, avec tous les ho nmes de bon sens, il a vu, non sans colère, les défenseurs patentés de la République compromettre la République. Il pense que la République ne doit à aucun prix être défendue par les mêmes moyens qui ont discrédité les régimes antérieurs, à l'espionnage politique, la surveillance policière. M. Agostini souffrait profondément dans son âme de républicain et de patriote : il a pris la plume et il a rédigé d'un trait, la Requête des légionnaires, destinée à un grand retentissement, manifestation unique en son genre depuis 3^ ans de République.
Le jour même (c'était le ii décembre 1904), M. Agostini soumettait la requête à plusieurs de ses amis personnels qui apposaient leurs signatures à côté de la sienne ; le 14 décembre, il se rendait chez le général Février, ancien Grand Chancelier de la Légion d'honneur, lui faisait part de son projet et lui demandait son adhésion.
« J'attendais cette initiative, répondit le vétéran de l'armée au pro- « moteur de la Requête, non seulement je vous donne de grand cœur « ma signature, mais vous pouvez continuer vos démarches et dire aux « membres de l'Ordre que vous vous proposez de voir, que j'accepte « comme un honneur et un devoir de me mettre à votre tête. En prenant « cette initiative vous rendez à l'armée, à la France et à la République « le plus signalé des services. »
Cette dernière phrase, M. Agostini devait l'entendre répéter à chacune des visites qu'il fit sans désemparer pendant les trois journées des 15, 16 et 17 décembre 1904 et où il sentit, comme il l'a dit lui-même, « vibrer l'âme de la Patrie! »
Ici, c'était un dignitaire qui, lui donnant l'accolade, s'écriait : « Vous « soulagez nos cœurs oppressés. Merci pour votre dévouement! »
La, un soldat mutilé lui disait : « Les blessures de mon corps « ne sont rien à côté de la plaie morale que vous vous employez à « panser! »
Un grand-croix de l'Ordre déclarait spontanément à l'inlassable promoteur : « Je ne sais si vous êtes franc-maçon. J'ai, moi, soixante années « de maçonnerie et je suis profondément navré de voir que des miséra- « blés ont déshonoré le Grand-Orient et avec lui la République I »
Plus loin, un autre lui disait, avec des larmes dans les yeux : « Vous « mériterez le titre de premier légionnaire de France pour l'œuvre « que vous accomplissez pour l'honneur de notre Ordre et de la « France! »
Et partout c'était un accueil chaleureux, une émotion profonde, des serrements de mains émus, des encouragements vibrants, des explosions de sentiments comprimés.
M. Agostini fut reçu partout comme un libérateur, chez le peintre Hébert comme chez l'amiral Gervais, chez M. Fernand Faure comme chez le général Deloye et chez xMM. Linder, Kspinas, Georges Picot, Boutmy, Le Myre de Vilers, Edmond Rousse, René Millet, Moissant, Pouillet, Roty, etc. etc.; dans tous les rangs, dans tous les milieux il rencontrait, sans distinction de parti ni d'opinion, le même frémissement d'indignation.
« Plus j'allais, nous a maintes fois répété le promoteur delà Requête,
« plus je sentais le réveil des cœurs, plus j'avais Timpression de la « révoltvi des consciences. J'ai plus vécu pendant cette course folle de ^ trois jours que pendant le reste de ma vie ! »
Deux seu'es visites furent infructueuses. Un fonctionnaire de la veille — ambitionnant une autre situation — se récusa disant qu'il était de cœur avec les signataires. Un autre légionnaire, le seul, demandait 48 heures de réflexion ! Il s'attira cette réplique : La moralité publique na pas de salle d'attente!
La requête était close le 18 décembre. L'original porte d'ailleurs cette mention :
« Je certifie que les signatures de la présente requête ont été recueillies dans les trois seules journées des 15, 16 et 17 décembre, sur les seules visites de l'un des signataires, M. Agostini.
« Liste close le 18 décembre 1904.
« Général Février. >>
Pendant que M. Agostini faisait ses visites, une indiscrétion mettait le grand chancelier au courant de ce qui se passait et l'encourageait à prendre la seule attitude que lui comrrandait sa dignité et sa fonction : ouvrir une enquête sur le compte des légionnaires délateurs qui ne relevaient que de la grande chancellerie sans tenir compte des influences politiqies qui s'exerçait:nt en sens contraire. Mais le président du Conseil, qui avait senti le frisson de la petite mort, voyait derechef sa majorité décidée à tout supporter plutôt qu'à se séparer de lui. La Franc-Maçonnerie, de son côté, n'abandonna t pas les siens : même elle osa't presque se vanter de ses détestables manœuvres. M. Combes laissa courir le bruit que si le grand chancelier avait l'audace de faire son devoir, un décret de révocation suivrait immédiatement. On a vu, dans d'autres temps, d'autres hommes bondir sous un outrage de ce genre, et abandonner tout, titres et fonctions, plutôt que de les conserver en déférant à de pareilles menaces. Ces temps sont passés ou plutôt M. le général Florentin eut peur d'être compromis par cette explosion sincère et spontanée d'un sentiment noble entre tous. Il fît supplier M. Agostini, qu'il ne connaissait même pas, de ne pas lui remettre la requête, mais de la faire refaire et signer de nouveau et de la remettre directement au Président de la Republique, Grand Maître de l'Ordre.
C'était par une fin de non-recevoir analogue qu'un mois auparavant le grand chancelier avait répondu à M. Guyot de Villeneuve, qui avait porté plainte entre ses mains contre les généraux André, Castex et Percin, les commandants Pasquier, Prat, Jacquot et Bouquéro. le capitaine Baltzinger, membres de la Légion d'honneur. Invoquant le règlement de l'Ordre (art. 9 du décret du 18 avril 1874), le grand chancelier avait déclaré qu'il ne pouvait déférer au Conseil de l'Ordre que les officiers mis en réforme ou à la retraite d'office, à la suue de l'avis d'un conseil d'enquête, pour inconduite habituelle ou faute contre l'honneur.
Devant l'attitude du grand chancelier et l'imminence d'un décret de révocation qui devait être, disait-on, discuté au conseil des ministres du
mardi 20 décembre, M. Agostini se résolut à une démarche « in extremis », auprès d'un ami personnel du Président de la République afin que le Grand Maître de l'Ordre fût mis au courant de la requête et du mouvementqui se prononçait parmi les légionnaires.
Le décret de révocation ne fut pas signé. Le gouvernement laissa même le grand chancelier annoncer qu'il soumettrait au conseil de l'Ordre le cas de légionnaires délateurs relevant de la grande chancellerie.
Dans ces conditions et voulant, malgré la singulière attitude du général Florentin, lui laisser tout l'honneur de l'initiative qu'il prenait, MM. le général Février et E. Agostini décidèrent de surseoir à la remise de la requête et d'attendre les événements en la gardant par devers eux. La Presse du 27 décembre publiait un article intitulé : « Un acte », représentant l'ancien grand chancelier comme ayant adressé, avec plusieurs généraux, une protestation contre la délation ; le lendemain 28, parut dans le Gaulois un article intitulé : « Une protestation du général Février », qui représentait le général Février comme ayant adressé une sorte d'appel à ses camarades de l'armée.
Cette information inexacte risquait de compromettre et de dénaturer le sens de la protestation. Le général avait-il. donc voulu faire une manifestation militaire en faisant appel à l'esprit de corps? Rien n'était plus loin de sa pensée. Aussi, afin de dissiper toute équivoque, le général Février et M. Agostini résolurent de remettre le jour même la Requête des légionnaires à la grande chancellerie et de rendre ce document public. Le moment est venu de dire ici la noble attitude de ce fier soldat à qui conviendrait la célèbre devise : « Sans peur et sans reproche ». Dans ces douloureuses circonstances, le général Février a incarné véritablement ce qu'il y a d'honneur dans la nation et d'espoir dans la patrie. Les Légionnaires doivent vénérer cet homme comme leur véritable chef et le modèle de toutes les vertus que les Fondateurs de la Légion ont voulu honorer.
Le général Février adressa donc une copie de la Requête au Temps avec une lettre dans laquelle il déclarait « qu'aucun appel n'avait été fait par lui à qui que ce fût. et que l'initiative de la requête en revenait à un membre civil ». M. Agostini, par un sentiment de désintéressement et de modestie digne d'éloges, avait demandé au général de ne pas le désigner autrement.
Voici cette requête, telle qu'elle a été publiée dans le Temps du 29 décembre 1904. telle qu'elle a été déposée, le même jour, à la Grande Chancellerie :
A Monsieur le grand chancelier de VOrdre nation jl de la Légion dlionneur.
Monsieur le grand chancelier,
Les soussignés, membres de l'Ordre national delà Légion d'honneur, prennent la liberté de soumettre à votre haute appréciation les considérations suivantes :
Les faits dits de *: délation .», qui agitent si profondément le pays, ne sauraient laisser indifférents les légionnaires. Plusieurs de leurs collègues s'y trouvent, en effet, mêlés.
Les soussignés n'entendent nullement se préoccuper ici du côté politique de ces faits. C'est en dehors de tout esprit de parti qu'ils s'adressent à vous, monsieur le grand chancelier, avec le seul souci de l'honneur français, car il se dégage des
publications qui ont déjà vu le jour une question de haute moralité qui ne peut rester plus longtemps sans solution.
Un journal notoirement ministériel, par conséquent non suspect, a pris la peine de publier, en regard des fiches livrées à la presse, des renseignements qu'il donne comme certains et authentiques.
Il en résulterait que les fiches dites de « délation » ne seraient qu'un tissu de diffamations, de calomnies, de mensonges.
Dans sa conclusion, ce journal s'exprime ainsi :
« Tout le monde a pu juger de la fausseté, de l'infamie des fiches au sujet desquelles s'est poursuivie notre enquête et tout le monde peut ainsi apprécier ce que valent les autres, celles qui ont déjà paru et qui vont paraître demain, combien elles sont fausses et viles et infâmes. Sur la valeur de tous ces papiers innommables, il ne peut plus y avoir de doute; sur leur degré d'authenticité, il ne peut plus y avoir de contestation. »
En présence de ces affirmations.
Considérant que les auteurs des dites fiches et ceux qui en ont fait usage sans les contrôler auraient alors commis ou laissé commettre des actes de diffamation, de calomnie et de mensonge, actes essentiellement contraires à l'honneur;
Considérant que des noms de légionnaires figurent parmi ceux des personnes ainsi incriminées;
Qu'il est dès lors nécessaire, en ce qui concerne ces légionnaires et dans l'intérêt de l'Ordre, que la lumière la plus complète soit faite sur le bien fondé des assertions dudit journal;
Qu'en effet, si lesdites assertions sont reconnues exactes, il est indispensable que des décisions soient prises contre les coupables ;
Qu'en cas contraire, ils doivent être lavés de l'atteinte portée à leur honorabilité ;
Qu'une sanction s'impose, la respectabilité et la dignité de l'Ordre national de la Légion d'honneur étant en jeu ;
En conséquence, les soussignés vous demandent, monsieur le grand chancelier, de vouloir bien porter la question devant le conseil de l'Ordre et rendre publiques la ou les solutions qui interviendront pour tous les légionnaires incriminés ou qui pourraient l'être encore.
La France et le monde entier ont besoin de savoir qu'il n'y a dans la Légion d'honneur ni diffamateurs, ni calomniateurs, ni menteurs et que, si par malheur il y en a eu, il n'y en a plus désormais.
Confiants dans la haute sollicitude avec laquelle vous savez sauvegarder la bonne renommée de notre Ordre national, les soussignés ont l'honneur de vous prier de vouloir bien agréer, monsieur le grand chancelier, le respectueux hommage de leurs plus dévoués sentiments,
{Suivent les signatures .)
Le retentissement de cette protestation digne et courageuse fut immense dans toute la France. L'approbation fut unanime, sauf dans les organes de la presse socialiste ou notoirement affiliée à la Franc-Maçonnerie.
Il était désormais acquis que les mots à'honneur et de loyauté vi éid^eni ni socialistes, ni francs-maçons.
A vrai dire, les moqueries, et, pour lâcher le mot, les goujateries de la presse socialiste qui trouvait que cette triste affaire était un beau sujet de plaisanteries ou d'invectives, cachaient un dépit profond. Depuis deux mois le gouvernement selon leur cœur et leur esprit tenait tête à l'orage et se flattait, à la fois, de lasser la patience publique et de profiter de l'inconstance proverbiale du public français dont la même polémique
ne saurait tenir l'attention e'veillée pendant des mois, à moins de circonstances exceptionnelles.
Or, cette fois, les circonstances paraissaient vraiment exceptionnelles.
Pourraii-illongtempstenir, alors que les protestataires, résolus à venger la moralité publique outragée mettaient désormais le gouvernement dans la nécessite ou de se solidariser nettement avec les délateurs ou de les désavouer en les sacrifiant?
Cruelle alternative !
Cependant le moment approchait où il faudrait choisir. De toutes parts les lettres affluaient au domicile du gênerai Février; le succès de la protestation dépassait toutes les pré irions. Le mouvement était véritablement national, irrésistible, il gagnait de proche en proche; bientôt on pourrait compter les légionnaires qui ne s'y seraient pas joints.
Quelques-unes des lettres reçues par le général Février sont intéressantes à citer, aussi bien pour la qualité de ceux qui les ont écrites que pour les termes dans lesquels elles sont conçues :
Paris, le 29 décembre.
Monsieur le grand chancelier,
Je lis, dans les journaux de ce matin, le texte de la requête que les membres civils et militaires de l'Ordre national de la Légion d'honneur viennent de vous adresser au sujet des faits de délation qui agitent si profondément le pays, et qu'on ne saurait trop flétrir.
Je viens vous déclarer que si cette requête m'avait été communiquée je me serais empressé de lui donner mon entière adhésion; vous pouvez donc me considérer comme l'un des sii^nataires.
Veuiller agréer, Monsieur le grand chancelier, l'hommage de mes sentiments de haute considération et d'entier dévouement.
Vice-amiral de Cuverville, Grand-officier de la Légion d'Honneur.
La Châtaigneraie, le 2 janvier 1905.
Mon général.
Je soussigné Marcel Kcechlin, fils de feu Alfred Kœchlin, député du Haut-Rhin à l'Assemblée nationale, ai l'honneur de vous prier de bien vouloir ajouter mon nom à ceux des signataires de la pétition au grand chancelier de la Légion d'honneur pour le , prier d'examiner le cas de ceux qui ont confectionné les fiches et eurent l'âme assez j basse pour dénoncer clandestinement leurs camarades.
Je suis, avec le plus profond respect, mon général, votre très respectueux et trèt; dévoué serviteur.
Marcel Kcechlin, ancien officier, chevalier de la Lésion d'honneur, titulaire de la médaille du Tonkin, etc.
Bordeaux, 5 janvier 1905.
Mon général.
Je ne puis me dérober au devoir civique qui s'impose à tous les Français membres de la Lé'.'ion d'honneur, de protester contre les agissements infamants de la délation.
Veuillez donc, mon général, puisoue vous acceptez de recevoir les adhésions visamt les légionnaires délateurs, me faire l'honneur de m'inscrire parmi les pétitionnaires qui vous ont donné leurs noms.
Si ma voix n'est pas de celles qu'on prise, elle est au moins de celles qui comptent, et ma très petite unité sera très heureuse de se trouver en si bonne compa<,'nie.
Agréez, mon général, avec mes remerciements, l'hommage d'un de vos plus humbles et de vos plus respectueux serviteurs.
A. Chenebaux, Chevalier de la Légion d'honneur, Professeur honoraire du lycée de Bordeaux.
Paris, 8 janvier 1905.
Monsieur le général,
Ainsi que beaucoup d'autres, j'avais espéré que le désaveu formel arraché au pouvoir par un vote unanime de la Chambre, serait suivi d'une condamnation franche et décisive des délateurs. Malheureusement, il n'en est rien.
Je viens donc vous prier de vouloir bien joindre mon nom à ceux qu'une commune indignation a déjà groupés autour du vôtre.
A défaut des réprobations officielles, il est juste que du moins les pratiques criminelles et honteuses qui ont déshonoré leurs auteurs, restent flétries par le mépris public.
Agréez, monsieur le général, l'assurance de ma très respectueuse considération.
Emile Michel, membre de l'Institut.
Autre lettre à citer : celle que Mme Arvède Barine. l'écrivain bien connu, envoie au général Février :
« Je ne suis qu'une femme, écrit-elle, mais à ce titre je représente beaucoup de femmes françaises qui apprennent tous les jours à leurs petits garçons à ne pas rapporter et qui sont blessées jusqu'au fond de l'âme à voir démentir leurs leçons par ceux qui devraient entre tous donner l'exemple de la loyauté. »
Il faudrait les citertoutes, ces lettres émues, indignées qui rapprochent dans une même pensée d'indignation patriotique des hommes séparés par tant de barrières. Cette fois, le mouvement était de ceux auxquels il est impossible de résister.
Malgré les cris et les objurgations do- la presse gouvernementale, une enquête avait dû être ouverte contre un délateur, le commandant en retraite Begnicourt, domicilié à Saint-Quentin, sur la plainte portée par une de ses victimes, le colonel de Rancougne.
Mais le mouvement prenait une importance telle que ses conséquences devaient être infiniment plus grandes que le déplacement de quelques officiers ou la condamnation de quelques délateurs. Ce devait être la condamnation même des organisateurs et des bénéficiaires de la délation, du gouvernement tout entier.