‹ (La) Légion d'honneur contre la délationChapitre 8 sur 20 · L'EXPIATION · texte numérisé non relu

L'EXPIATION

Des personnalités appartenant au milieu radical faisaient maintenant des déclarations publiques d'hostilité au ministère.

M. Dauzon entre autres, député radical socialiste d'Agen, rendant compte de son mandat au théâtre de cette ville, flétrissait la délation et déclarait se séparer du fameux « bloc » ministériel à cause des incidents militaires.

VBcIaî'r publiait l'énergique protestation ci-dessous qu'un ancien Ministre de la Guerre, le général Thibaudin, avait adressée, le 24 décembre, à M. le Président de la République :

Monsieur le Président,

Les actes de délation maçonniques, récemment dévoilés dans les pouvoirs publics, ont produit dans le pays tout entier une agitation profonde qui croît tous les jours, menaçante comme une guerre civile.

Les forces morales de notre armée, sans lesquelles elle ne saurait espérer vaincre, ont été grandement atteintes, et nos libertés individuelles ne sont pas moins en péril que l'indépendance de notre patrie.

Dans cette situation critique, le chef de l'Etat nous apparaît comme le seul capable, en usant des pouvoirs qu'il tient de la Constitution, de mettre un terme à l'état d'anarchie, à ces moeurs politiques étranges qui, sans respect pour les usages parlementaires, régnent « en bloc » dans le gouvernement, et que nous dénonçons comme étant le plus grand danger que la République ait couru depuis sa fondation.

C'est pourquoi. Monsieur le Président, confiant dans votre patriotisme, nous avons voulu porter notre plainte jusqu'à vous.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de nos sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

Thibaudin Jean,

général de division en retraite, ancien ministre

de la Guerre.

Dans les cercles, les délateurs étaient mis à l'index et obligés de démissionner; les professeurs délateurs conspués par leurs élèves, les avocats délateurs censurés par leurs pairs ou rayés du barreau. Le seul grand coupable, le gouvernement, resterait-il donc le seul impuni ?

Chacun attendait la rentrée des Chambres avec une vive curiosité que satisfit dès le premier jour l'élection du président de la Chambre des députés. Deux candidats étaient en présence : M. Brisson, aussi connu comme homme public que comme franc-maçon, candidat du «bloc» et du gouvernement ; M. Doumer, franc-maçon également, mais moins notoire (il devait être peu après exclu de la Franc-Maçonnerie). Son attitude indépendante à l'égard du gouvernement le désignait aux suffrages des libéraux comme aux colères de la coalition de gauche.

Le 10 janvier 1905, M. Doumer fut élu président de la Chambre des députés.

La colère fut grande dans le camp ministériel et l'anxiété également.

Que donnerait l'interpellation annoncée pour le vendredi suivant sur la politique générale du gouvernement ?

La campagne d'intimidation, de menaces reprit de plus belle dans les feuilles gouvernementales. Mais elle ne devait pas avoir pour effet d'ébranler la conviction des anciens partisans du ministère que l'histoire des derniers deux mois avait désillusionnés et dégoûtés jusqu'au fond de l'âme.

Ce que fut cette séance, notre rôle n'est point ici de le raconter.

On se souvient des incidents violents qui marquèrent cette journée du 14 janvier 1905, des critiques virulentes apportées contre le«: procédés du gouvernement par les républicains tels que \IM. Charles Bt^s et Vazeilles. En dépit de lintervention de M. Jaurès, qui venait mettre au service de la plus détestable des causes son éloquence tonitruante et toutes les subtilités de sa rhétorique, le ministère n'obtenait que six voix de majorité, y compris les votes des membres mêmes du gouvernement.

Le gouvernement pouvait donc se considérer comme victorieux encore une fois ; mais cette victoire était de celles dont un vainqueur ne se relève pas. Après cette séance, où les vérités les plus dures ne lui avaient pas été ménagées par des hommes qui avaient été les collaborateurs et les partisans les plus dévoués du ministère Waldeck-Rousseau, legouvernement était atteint dans ses œuvres vives et ne se soutenait plus que par un piteux artifice. Les journaux de la coalition maçonnique ne s'y trompaient pas, car dès le lendemain ils publiaient contre la req lête et le groupement des légionnaires les articles les plus virulents, rééditant les venimeuses et mensongères accusations de MM. Combes et Jaurès et montrant bien fort que le mouvement de protestation, né au sein de la Légion d'honneur, avait bien été la cause déterminante de l'émiettement de cette majorité « introuvable », qui disposait de tout dans le p lys depuis deux ans et demi.

On connaît l'argument principal des plumitifs attitrés de M. Combes. C'était de répéter après lui, sur tous les tons, que la protestation des légionnaires n'était qu'une manœuvre de l'éternelle « réaction », de prendre texte de quelques signatures de généraux à particules pour y voir une démonstration militariste et monarchiste, comme si dans les milliers de lettres qui parvenaient au général Février on n'avait pas relevé des noms appartenant à tous les milieux sociaux et à toutes les professions.

Men'^onges, mensonges, que tous ces misérables arguments qui ne pouvaient tromper aucun homme de bonne foi. Des réactionnaires, les membres de la Ligue des Droits de l'homme qui adressaient aux présidents de section de la Ligue la circulaire suivante !

Mon cher collègue.

Nous vous envoyons le texte de la déclaration que nous venons de signer.

Si vous vous associez à notre sentiment, veuillez recueillir des signatures et les faire parvenir à l'un de nous.

Nous vous prions également de transmettre ce texte aux membres des autres sections que vous croiriez disposés à se joindre à nous.

Bouclé, professeur à l'Université de Toulouse ; Bonnet, Charmont, Meslin, Milhaud, professeurs à l'Université de Montpellier.

Un clérical, cet ancien président du Conseil du Grand-Orient et ancien président du Conseil municipal qui écrivait :

Menton, villa La Pergola le 12 janvier 1905.

A Monsieur le général Février^ ancien grand chancelier de la Légion d'honneur. Général,

Je vous prie de joindre mon nom à ceux des membres de la Légion d'honneur qui protestent contre les fiches de délation.

Veuillez agréer, général, l'expression de ma haute considération.

D' H. TnuLiÉ, Ancien président du Conseil municipal de Paris.

D'ailleurs, ainsi que l'écrivait un franc-maçon au TewpSy la Franc- Maçonnerie, ens'associant à l'œuvre de délation, avait elle-même violé ses propres statuts; la communication est curieuse et vaut la peine d'être reproduite :

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