BAZAINE
Quoique, pour nous, Français, l'ox-maréchal Bazaine soit mort depuis 11) ans, il n'appartient pas encore à l'histoire. La déesse froide, inflexible, rigide, qui tient dans sa main le livre des faits dont elle laisse aux générations futures le soin de tirer la philosophie, n'a pas prononcé son dernier mot.
Dans ce livre de la déesse et sous le nom do Bazaine, il y a des faits, les uns brillants, les
autres d'une clarté douteuse; le dernier, noir comme un drap de cercueil, une condamnation i\ mort; et ce dernier les domine tous.
Mais comment ce marécl)al de r'rance, appelé naguère le glorieux Bazaine, fut-il, le lendemain, voué à l'exécration publique?
Pourr|uoi ce chef des armées françaises futil décrété d'accusation, jugé par un conseil de i^ucrre et condamné à la peine capitale? L'histoire ne nous donne sur ce drame que des faits matériels, et nous demandons les causes morales du cataclysme.
Les juges de Bazaine avaient sous leurs yrwK 1(3 dérrot du 1"'' mai \H\2 qui dit, J*i l'article 2\
M Toute capitulation en rase campagne dont « le résultat aurait été de faire poHcr Ioh « armes, est déclarée déshonorante, crimi- « nelle, et sera punie de mort. »
Or, Bazaine avait capitulé en rase campagne; il avait luit poser les armes 4 M'1, 0(10 soldats; livré aux Prussîcrm «on artillerie, hch drapeaux, ses munitions, Metz, ses fortn, imprenables de vive force, et leurs a|qirovisionncmcnls de toute nature; le rjftiHcM do
guerro lo condamna donc justement, et Ton ne saurait appliquer ù ses- membres ce mot do Thiors, au chapitre 19 do son histoire de la Récolution Française : « Une commission militaire à qui le gouvernement envoie des accusés importants^ ne sait jamais les renvoyer absous. d
Voilà les faits que l'histoire a enregistrés, faits matériels dont de milliers de victimes sont vivantes; mais ce n'est pas assez pour nous; nous demandons autre chose A l'histoire, et riiisloire ne peut pas encore nou« répondre. Le pourra-t-elle jamais T »
Pourquoi les personnages éminents, appelés à déposer au procès de Trianon, ont-ils parlé de Taccusé avec une modération si voisine de l'indulgence, eux victimes de la capitulation, eux i\ peine rentrés de captivité?
Pourquoi les juges de Bazaine, de la môme main qui venait de signer sa condamnation A mort ont-ils rédigé une demande en commutation do peine on faveur du coupable?
Pourquoi aucun des lieutenants du général on chef de l'armée de Metz n'a-t il répondu
calôgoriquemcnt à celte question : Le maréchal pouvait-il sortir du cercle où il était enfermé?
Enfin quel a été le mobile de Bazaine dans celte ténébreuse affaire?
On n'aura jamais de réponse aux deux premières questions; elles sont du domaine do la conscience, et celle des juges et des témoins est trop haute pour que le soupçon puisse rMlloiudrc; mais on peut se demander ce qui serait advenu si le décret du l***" mai, 1812 n'avait pas été ouvert sur la table du conseil.
Le témoi/^nage de milliers de combattants nous rendrait acceptable la réponse suivanteà la troisicmc qucslion^^Non, de l'avis de nos camarades, Bazaine n'a pas fait ce qu'il pouvait pour percer les lignes prussiennes; deux fois il pouvait s'ouvrir un passage et il ne Ta pas fait. La première, à Gravelotte, en prenant l'offensive à la pointe du second jour de la bataille; la deuxième fois^ en se rendant sur le champ de bataille de Saint-Privat-la- Montagne, au lieu de rester sur le plateau de Plappevillo, entre Metz et la ligne de bataille,
laissant inactives 200 bouches à fou, Tinfaîiterieet la cavalerio do la garde, pondant que Canrobort avec ton faiblo corps d'armôo; tenait en éclicc, toute la journée 250, 00!) Allemands avec leurs ()r)() canuns; et les démoralisait au point que, se préparant à battre en retraite, ils faisaient déjà dégager leurs ponts sur la Moselle.
Ce qui précède pourrait now\ donner la réponse i\ notre dernière question : « quels étaient les mobiles de Bazaine? »
Doux choses sont aujourd'hui certaines : il ne pouvait plus sortir au moment de la capitulation, mais il le pouvait avant.
Pourquoi ne Ta-t-il pas fait? Bazaine répondit lui-mômo à cette question posée au cours du procès^ en avouant ses visées politiques.
Il avait voulu « garder son amico intacte; elle pouvait servir la l^^rance », ajoutant que, visà-vis d'un gouvernement insurrectionnel, il ne relevait que de sa conscience.
Au lieu de ces arguments, plus s|)ôcieux que topiques, liazaino aurai l pu on présenter un que des révolutionnaires no sauraient repousser, puisqu'ils l'invoquent contre les
Pourquoi ne pas avoir raconta simplement ce qui s'était passé? Le drame était assez empoignant par lui-môme. Oui : mais la vérité lui paraissait trop simple, et il éprouvait le besoin — tant il était bon camarade
— de mettre on relief certains noms que la réalité ne mettait que dans la pénombre.
C'est ainsi qu'à l'assaut de Constantine il met le capitaine Lollo ù côté do Lamoriciôre, en tôle de la première colonne, tandis qu'il était à la gauche, comme capitaine des voltigeurs du 2' Léger, dernier peloton de cette colonne.
Etant commandant supérieur d'Orléansville, le colonel Saint-Arnaud grandit et ampliliaconsidérablement Bou-Mazaque l'armée n'a jamais regardé comineun ennemi sérieux Il le pourchassait; il le battait, quand il pouvait l'atteindre — ce qui n'était pas facile
— mais le commandant Canrobert et le lieutenant-colonel Claparôde en faisaient autant chacun de son cùlô, avec leurs petites colonnos mobiles. Si cet aventurier s'est rendu personnellement i Saint-Arnaud, ce n'est pas parce que celui-ci l'avait le plus vigoureusement combattu », mais parcequ'il était
mand jotto lo masquo et nous fait passer sons les Fourches Caudincs.
Ainsi finissait ce général qu'on avait cru supérieur à ses collègues et qui no dépassait pas leur mince niveau; ce diplomate qu'on supposait très fort et dont toutes les ressources consistaient dans des finasseries naturelles, ou acquises au contact des Arabes qu'il avait longtemps administrés.
Ainsi finissait une des plus vaillantes armées qu'ait possédées la Franco, et dos plus mal commandées aussi.
Je m'étais proposé do suivre l'ancien colonel de la Légion étrangère sur le chemin qui l'a conduit au sommet de la hiérarchie militaire; et voilà que du premier pas jo me suis trouvé sur ce sommet, d'où j'ai assisté à la chute lamentable d*un maréchal do France.Je dois donc reprendre mes pinceaux, si je ne veux être justement accusé de ne donner qu'une ébauche au lieu d'un portrait.
Candidat malheureux à Técole polytechnique, Bazaino (François Achille), issud'une famille d'épée, s'engagea en 1831 et passa, l'année suivante en Afrique. A cette époque,
notre colonie offrait chaque jour aux jeunes gens bien doués l'occasion de se distinguer; Razaiiio sut si bien se montrer, qu'en quatre ans il gagnait Tépaulette de lieutenant cl la Croix dMionncur, qu'il reçut à la suite du combat de la Macta, où il fut blessé, comme je l'ai dit au récit de cette désastreuse affaire. La Légion étrangère ayant été envoyée en Espagne, Bazaine, qui servait dans ce corps, prit part aux rudes campagnes de Navarre, Biscaye, Catalogne; et cette part fut si brillante qu'il était chef de bataillon lorsque le gouvernement français retira d'Espagne le squelette de ce qui avait été la Légion Bernclle et Conrad.
Placé comme capitaine dans la nouvelle Légion de Bedeau (les grades espagnols lî'étaint pas reconnus par la France) il fit avec distinction les grandes expéditions de cette époque, tout en cherchant par quels moyens il pourrait hdler son avancement. Parmi ces moyens, il y en avait un, peu pratiqué à cette époque mais dont un esprit aussi lucide que le sien devoit saisir la future importance :
c'était l'élude de la langue arabe. En 1840,
très peu d'oificiers Tavaicnl appriso; en dehors des interprùlos, je n'ai connu que Daumas et d'ICstlicrasy (jui la possôdasscnt sôricusemcnt. Lamoriciùrc, Diivior la parlaient sans la coiaïaîtro; lioauprùlro, Pôlot, en savaient un peu plus; les officiers do zouaves le baragouinaient, en l'assaisonnant de sabit\ parce que nous avions encore des compagnies arabes. Quant aux Roumi, ils n'en savaient pas un mot. De la compréhension du rôle imporlmt rôservo par l'avenir aux possesseurs de la langue arabe, à la possession do cette langue, il n'y avait qu'un pas pour une intelligence si vive et si bien préparée par les études scientifiques de sa jeunesse. Aussi, lorsque son ancien colonel, Bedeau, commandant en qualité de général iacirconscri|)tion dcTlomccii, outi\ désigner un officier pour diriger des affaires arabes, son choix n'hésita pas; il alla droit au capitaine Bazaine.
Bedeau, nonuiié général do division et commandant do la province de Constantino, légua son chef du bureau arabe à son successeur^ le général Cavaignac, et celui-ci,
reconnaissant le mérite du capitaine Bazaine, lui donna plus que sa confiance, son amitié.
Si on veut se reporter à la période do nos «ucrrcs d'Afrique, comprise entre 1843 et 1<S 18, on reconnaîtra qu'il fallait au directeur des allaires arabes de notre province de Touest, des qualités exceptionnelles d'intelli- ^;ence, de courage et d'activité, pour démêler les intrigues , les perfidies , les trahisons ourdies par Tempereur du Maroc, l'Emir Abd-el-Kader, les Agas, Bach-Agas, Kalifats et simples Caïd^, payés par nous et servant nos ennemis. Bazaine fut toujours à hauteur do diffifuiltos qui semblaient inextricai)les, et sut conjurer bien des dangers et des catastrophes sonïhlal)los A colh*. de Sidi-lîrahim.
C'est à cotte époque que je Tai le plus particulièrement connu, et que son mérite militaire joint à ses qualités d'homme privé^ luiav.:iont gagné toutes les sympathies, tant ( (»ll(» '. (]«'s oriicir.M's (|uo (î(^lh's ilessoMats.
Qu'elles (|Uo russent ses i)réoccupalions, il élait loujours accueillant; sa bonté tempérait la raideur du généralj en accordant, à rinsu de celui-ci, ce que le grand chef avait
brutalement refusé. Jamais aucun de nous n'avait demandé un service à Bazaino, sans qu'il no lui fût accordé, et Dieu sait si les occasions en étaient rares & cette époque où tout était i\ notre charge, tonte et mulot do b:lt > où notre vie se passait en expédition. Que la tente fut mise hors de service par un accident quelconque ; que le mulet se blessât ou roulât au fond d'un ravin — cela s'est vu — il ne fallait pas aller trouver Bedeau qui vous eût répondu comme un jour au capitaine Saint- Pol : a Eh bien ! capitaine, portez vos cantines sur le dos; o on racontait sa mésaventure au capitaine Bazaine qui vous donnait de suite une ou deux botes du convoi arabe. Bedeau parti, nous n'eûmes pas besoin do nous adresser aussi souvent au chef du bureau arabe; notre nouveau général, Cavaignac^ était aussi bon, et par suite aussi populaire que Bazaine.
Succcssivomcnt promu chef do bataillon et liculenant-colonel, Bazaine fut nommé, en 1850, colonel du l**" régiment de la Légion étrangère; et, au début de la guerre d'Orient, (1854) on lui composa une brigade avec les
deux régiments étrangers, qu'il commanda comme général. Tous les bullelins de Sôbasiopol rôpélîiioiiison nom; et lorsque, un un après, le 22 septembre 1855, il fut nommé général do division et gouverneur do Sôbastopol conquis, l'armée ne vit dans ce rapide avancement que la juste récompense de services cminents. Avant de quitter l'antique Chersonèse, il se distingua encore par la prise de Kinburn qui se rendit aux alliés après trois jours d'une défense honorable.
Parti pourle Mexique à la tôte delà S'"» division denotre corps expéditionnaire,en juillet 18G2, il succéda l'année suivante au général Forey, comme général en chef de l'expédition.
Dans un chapitre spécial à la Légion étrangère au Mexique, je parlerai de cette guerre. Le b^ton du maréchal Bazaino avait reçu une triche du sang de Quéretaro. Cette Uirhc alla rjiaqno jour grandissanl, (H, au mois d'octobre 1870, elle couvrit en entier le glorieux bdton.
laissanl inactives 200 bouches â feu, Tinfaaterioel la cavalerie do la garde, pendant que Canrobcrt avec ton faible corps d'annôo; tenait en échec, toute la journée 2r>0, 00!) Allemands avec leurs T).^)!) canuns; cl les démoralisait au point que, se préparant à battre en retraite, ils faisaient déjà dégager leurs ponts sur la Moselle.
Ce qui précède pourrait nou55 donner la réponse i\ notre dernière question : « quels étaient les mobiles do Razaine? »
Doux choses sont aujourd'hui corlainos : il ne pouvait plus sortir au moment de la capitulation, mais il le pouvait avant.
Pourquoi no Ta-t-il pas fait? Bazaino répondit lui-même â cette question posée au cours du procès, en avouant ses visées politiques.
Il avait voulu « garder son arnico intacte; cllo pouvait servir la h^rance », ajoutant que, visà-vis d'un gouvernement insurrectionnel, il ne relevait quo de sa conscience.
Au lieu de ces arguments, plus spécieux quo topiques, Bazaino aurait pu on présenter un quo des révolutionnaires no sauraient repousser, puisqu'ils l'invoquent contre les
émigrés . « Là où est Tarmée française , disent-ils, là est la France. » Or, l'armée olail î\ Mot/., et qui oserait dire que cctlo armcc était républicaine?
11 est évidcwt que si Ba/.aino n'a pas complété les demi-succès qu'il avait deux fois obtenus, c'est qu'il craiiçnait TafTaiblissement p;ir les combats (ju'il aurait îV livrer encore, do cotte armée « qu'il voulait garder intacte» , dit-il. Pour qui ? On ne le sait pas; on no le saura sans doute jamais. Il ourdit alors un tissu d'intrigues aboutissant au gouvernement d(3 Paris, qui est impuissant; à l'impératrice, qui repousse noblement toute proposition pouvant entraver la défense nationale; î\Kismarck, qui en tient tous les fils. Le grand chancelier encourage les vues de Bazaine, et resserre en môme temps le blocus de l'armée française; il se prête complaisammentàtous les |)rojcts politiques de son adversaire, en agissant sous-main pour qu'aucun n'aboutisse.
Puis, lorsciue l'investissement est bien complet, lorsque nous sommes irrémédiablement enserrés dans un cercle d'airain, l'Aile-
Saimt-Arnaud (V. p. 132)
pour mentir; il y avait toujours un fond do vérité dans ce qu'il racontait, — mais son esprit brillant le couvrait d'un tel vernis de poésie, que les yeux bien exercés pouvaient seuls découvrir ce qu'il y avait de vrai sous la couche de fantaisie. Lo bourgeois naïf se délectait à ces récits dignes de la Jérusalem dêlicrée] et le journaliste, non moins crédule que le bourgeois, les servait vite à ses lecteui's. Saint-Arnaud était satisfait : on parlait de lui; il faisait du bruit.
Cette marotte lui attirait bien des railleries ; mais il avait tant d'esprit, tant de belle humour, qu'il désarmait la critique séricaso, en riant le premier.
Un jour — il était alors colonel — lo maréchal Bugeaud l'envoie enlever une tribu dissidente donton connaissait l'emplacement* Il fait une marche de nuit, et^ à Taube, son avant-garde arrive sur une crête dominant l'otroito vallée au fond do laquelle la tribu s'est rn quelque sorte terrée. Jîélcs et gens s'éveillent; leur rumeur monte jusqu'à nous, mais nous ne les voyons pas; un brouillard très épais les cache à nos yeux. Le colonel
fait avancer une section d'artillerie et s'adrossant à Tofficier qui la commande : « Tirez monsieur, lui dit-il — EtsurquoiT lui répond l'officier, je ne vois rien — Tirez tout de môme^ réplique Saint-Arnaud, le maréchal nous entendra, o Le soir, en réjoignant le maréchal avec la tribu capturée , Saint-Arnaud entendait chanter autour de lui ce Larijla de circonstance :
u Colonel Saiiit-A.rnaud^ c Fait liror aux moineaux « Do la poudre à canon « Pour illustrer son nom.
« Larifla fia fla.
Loin de se fâcher, il en riait, le bravo colonel , semblable, on cela, à son maître, le maréchal Bugeaud r— encore un homme d'esprit, et du meilleur — qui le matin de la bataille d'isly, alors que nous traversions pour la vingtième.fois la rivière, marchant à Tennemi, criait do sa voix la plus forte :
« Allons, les clairons! La casquette au père Bugeaud! »
Cette exubérance de fantaisie était sans Ranger en Afrique; Tarmée en souriait; mais
elle eut, en France, un double inconvônient : celui de faire croire que tous nos chefs étaient des fumistes — c'était le mot consacré — et celui de laisser des documents impropres à diriger dans la voie de la vérité les écrivains qui tenteraient d'écrire Thistoire de nos guerres d'Afrique.
Mues par un sentiment do légitime orgueil les familles des personnages qui ont occupé un rang distingué parmi leurs contemporains, prennent l'habitude de publier la correspondance intime des morts : cela remplace les mémoires d'outre-tombe. Il en est advenu .ainsi pour le vainqueur de l'Ai ma et, par extension pour le vaincu deSidi-Brahim.
Je no dirai rien du liûutenant-coloncl MonUignac, sinon que ses éditeurs ont eu tort de ne pas le laisser dormir soas les ossements du 8* bataillon de chasseurs à pied et du l*'^ escadron du 2* hussards, victimes de sa folie. Il y ados souvenirs qu'il ne faut pas réveiller.
IjQl partie de la correspondance du maréchal Saint- Arnaud portant la date de Tarmée d*Oricnt, est touchante, émouvante môme;
elle rôvôle tout ce qu'il y avait dans ce brave
cœur, (le boiilô, d'amour do la famille et do
la patrio, do passion pour la gloiro. Par
contre, ses lettres d'Algérie mettent 4 nu les
travers do cet esprit ambitieux do renommée
et ne reculant devant aucun moyen, môme le
plus enfantin, pour y arriver; embellissant
les faits les plus simples, au point de les
rendre méconnaissables, se mettant cons-
tamment en scène^ disant, à tout propos :
Adsutn (/uifcci.
Lisez son récit de l'assaut deConstantine :
c'est un salmigondis d'erreurs et de contradictions au milieu desquelles surnagent quelques vérités que les témoins et acteurs de ce drame ont do la peine ù reconnaître.
Et cependant, il y était; il s'y est conduit bravement comme partout ailleurs; il était des cent hommes de la Légion étrangère qui , sous les ordres de leur chef de bataillon, Bedeau, entrùrcnt dans la composition do la deuxième colonne d'assaut — colonel Combes — lancée sur la brèche après la terrible explosion qui avait démantibulé la première (Lamoriciôre).
Pourquoi ne pas avoir raconta simplemont ce qui s'était passé? Lo dramo était assez omi)oignant par lui-mômo. Oui : mais la vôrilô lui paraissait trop simple, et il éprouvait lo besoin — tant il était bon camarade
— de mettre en relief certains noms que la réalité ne mettait que dans la pénombre.
C'est ainsi qu'à l'assaut de Constantine il met le capitaine Lcflo à côté do Lamoriciôre, en tôte de la première colonne, tandis qu'il était à la gauche, comme capitaine des voltigeurs du 2' Léger, dernier peloton de cette colonne.
Etant commandant supérieur d'Orléansville, lo colonel Saint-Arnaud grandit et ampliliaconsidérablemonl liou-Mazaque Tarméo n'a jamais regardé comme un ennemi sérieux Il le pourchassait; il le battait, quand il pouvait l'atteindre — ce qui n'était pas facile
— mais le commandant Canrobert et le lieutenant-colonel Claparôde en faisaient autant chacun do son coté, avec leurs petites colonnes mobiles. Si cet aventurier s'est rendu personnellement à Saint-Arnaud, ce n'est pas parce que celui-ci l'avait lo plus vigoureusement combattu », mais parcequ'il était
le plus pr6s do lui.Bou-Maza était fort intelligent; il comprit fort bien le parti qu*il pouvait tirer do notre génôrosilô native. Traquû par cinq colonnes infatigables, abandonné de tous les sectateurs do sa chècre, mourant do faim, exposé à avoir la tôte coupée par Abdei-Kader, auquel il s'était pourtant humblement soumis, Bou-Maza prit le parti héroïque de se rendre, inaugurant ainsi Tore des captivités dorées, dans laquelle Abd-el-Kader ne devait pas tarder à le suivre.
Si je m'interroge au fond du cœur, je n'y trouvequedela sympathie pour Saint- Arnaudî mais narrateur impartial et désintéressé de ce que j'ai vu dans- ma jeunesse, je dis avec enthousiasme les vertus do nos anciens chefs, et non sans regrets, les défauts qui les obscurcissaient.
M. Leroy de Saint-Arnaud fit trop de bruit dès son arrivée à l'armée d'Afrique, pour qu'on ne s'occupât point de ses origines, et l'on fit courir, à ce sujet, les contes les plus fantaisistes. Elles sont cependant des plus honorables, comme on va le voir.
Né à Paris, en 1798, d'un avocat au parle-
meut, Jacques de Saint-Arnand entra, en 1816, aux gardes du corps. Cœur enthousinsto, esprit aventureux, il ne jwuvail pas rester insensible aux edorlsde la Grèce pour recouvrer sa liberté. Entraînô parles récits héroïques qui nous parvenaient de laMorée, il donna sa démission de garde du corps, en 1822, et s*engagca dans un des corps de Philliellénes que le colonel Kabier et quelques autres otliciers de Tancionne armée recrutaient pour la guerre de l'indépendance grecque.
Il resta dans Tarmée hellénique jusqu'en 1831, époque où il rentra en France avec le grade de lieutenant au 04" de ligne. Ollicier d'ordonnance du général Bugeaud, il le suivit à Blaye, où sa courtoisie sut, en plusieurs circonstances, adoucir la captivité de la duchesse de Bcrry. Il était capitaine lorsque, en 1837, il passa à la Légion étrangère qu'organi^jiit le conimandant Bedeau, il futde toutes les expéditions, de tous les combats; son commandant, ses généraux ne manquaient pas une occasion de le proposer pour chef de bataillon, mais le ministère refusait do
le nommer, & cause, disait-on, de ses dettes.
EnRn, 1810 lui apporta cotte ôpauletto do commandant, si dôsirôo et si mârilûe, puisje ajouter. 1.0 duc <rOj*Iôans, sympathique à tout ce qui était bon, vaillant et généreux, s'intéressa au capitaine Saint-Arnaud qu'il voyait constamment au feu dans cette campagne, et lînit par désarmer le rigide ministre. Saint-Arnaud fut nommé aux zouaves où il se trouva en plein dans son élément, cnr, si c'était un corps d'élilo, on lui choisissait ses chefs.
Ce premier pas franchi, Saint- Arnaud ne s'attarda plus dans sa carrière. Le gouverneur général lui confia divers commandements d'une importance au-dessus de son grade, mais auxquels il se montra toujours égal, sinon supérieur.
Le reste de sa carrière appartient autant à la politique qu'A la guerre. Les uns Tout bldmô, d'autres l'ont applaudi; je ne me pormotlrai pas doloju;^or au premier point do vue; mais je pense et je dis qu'une vie qui se termine par une victoire et une mort sur
un lit de drapeaux ennemis, n'a pas à redou ter les rigueurs de l'histoire.