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UN CHEF DE BANDE

Un détachement chemine péniblement sous une pluie torrentielle; la route^ à peine tracée, n'est qu'une piste transformée alternativement en lacs de boue et en torrents; on n'y voit pas à dix pas devant soi.

Un Allemand, nommé Gœrth, embauche une dizaine de ses compatriotes, et décide d'aller s'abriter et se ravitailler, las armes â la main, dans un douar dont deux ou trois petites colonnes do luméo et le bêlement dos brebis décèlent le voisinage.

Le passage d'un pont avec le massif de lauriers-roses qui bordent toutes les rivières de l'Algérie— môme le fameux Oued-Seccos i

mille fois plus liyiropliobos queleMançanarôs, favorisont leur projet; ils se laissent glisser sous l'arche du pont, cl attendent (|ue la petite colonne ait dolHô. Quand le |)as du dcrnioi* mulet du convoi a retenti sur leur tôle, ils mettent carrôment baïonnette au canon et marchent sur le douar.

Leur arrivée est accueillie comme celle de tout Européen : les femmes poussent des hurlements d'épouvante vraie ou simulée; les enfants piaillent, une meute de chiens furieux se précipite sur nos déserteurs. Voilà une distraction qui va les réchauffer; deux ou trois chiens sont piqués et roulés, ce qui cause une vive satisfaction aux Teutons.

Le douar était panvrc; il appartenait A la puissante tribu des llachcm, les parents et fidèles serviteurs de Témir Abd-el-Kader.

Autrefois riches et puissants, ils sont maintenant ruinés^ dépouillés de leurs terres, c/est à peine si vous trouveriez un fusil et un cheval sur deux tentes. La terreur de ces pauvres Bédouins était navrante; mais sept ou huit hommes valides et résolus se mettent en cordon de vant le douar, et attendent les événements.

Heureusement que le cheik est un vieux tirailleur qui a servi quinze ans la France et n'est pas hooinie à perdre la tête : il s'avance, reconnaît des légionnaires, et flatte immédiatement leur amour-propre, en leur baragouinant brood, fleich, et les quelques autres mots qu'il a pu apprendre durant sa captivité en Allemagne.

Devant ce dôploiomonl d'amiijales démons, trations, Gœrth, qui s'est nommé chef du détachement, commande do former les faisceaux, et accepte l'hospitalité que le vieux Turco en retraite a soin de lui offrir dans la lenlo la plus reculée du douar.

On offre du lait et dos galettes; tous les tapis et coussins sont mis en réquisition pour confortablement asseoir Messieurs les Lascars; et c'est lorsqu'ils sont accroupis autour du feu, que le vieux Turco, tout en leur adressant le plus gracieusement du monde des loi bono... toi eania^'adc... toi mang^i couscousy fait enlever les fusils placés on faisceaux.

Gœrth s'aperçoit tout d'un coup qu'il est roulé. Ecumant de rage, il se précipite sur

lesÂrabos, et parvient & ressaisir un fusil; il a des cartouches, il charge son arnne et appelle ses camarades au secours. Mais tout beau zôle a disparu; les soldats sont rôchauffôs; ils ont man«î6 un pou; ils trouvent qu'il n'est plus nécessaire de livrer bataille. Gœrth revient à eux, il les conjure, il les menace» en leur disant que s'ils n'étaient pas des lâches ils se feraient sauter la cervelle plutôt que d'ôlre prisonniers de simples Bédouins. « Si c'est ton idée, no te gôno pas, » lui répond un de ses amis.

Il paraît que c'était bien son idée, car il s'assied devant ses camarades, ôte son sou* lier, place le canon du fusil dans sa bouche, et gratte avec l'orteil jusqu'à ce que la gdchetto ait joué. Pas un de ses camarades n'avait songé à le contrarier. » C'était « Son idée ». Us eurent le désagrément de porter son cadavre jusqu'à Mascara, sous la protection de quatre ou cinq cavaliers arabes, tout fiers d' être chargés de beaux fusils de guerre et d'avoir ,, fait tant de prisonniers d'un seul coup.

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