‹ La légion étrangèreChapitre 34 sur 37 · UN CONTRE TRENTE · texte numérisé non relu

UN CONTRE TRENTE

Sans lo suicide de cet ôcervelé, cette petite scène eût pu passer, aux yeux de gens condamnés à l'indulgence, comme une simple facétie.

Bien plus tragiques furent les désertions do ritalien Basiloni et du Suisse Armann, dans les environs do Ber-Abbès, et celle encore d'un autre Suisse^ Saver, près de Frenda.

Basiloni, tenant la campagne avec son ami , Armann, fît une défense en règle et des feux rapides contre les gendarmes et lesArabcs qui !o cornaient. N'ayant pas encore do fusil à répétition, il avait prié son camarade de charger leurs armes et de les lui passer; de la sorte, il ne perdait pas de temps.

Un gendarme, la poitrine traversée par une l)allo, guérit par miracle. Deux Arabes eurent moins de chance.

Mémo scùno à Fronda. Saver déserte et vole à main armée dans un douar. La gendarmerie et les Arabes sont sur pied et le

cornont. Il envoie deux ou trois balles à ceux qui le serrent de trop près; un Arabe est mortollonfiont atteint, un gondarnio lôi^ùromont blessé. La nuit arrive et Ton envoie demander à Frenda du renfort pour arrêter ce forcené.

A l'aurore, la battue commence; mais Saver a pris une position défensive remarquable : il a gravi un mamelon aride, s'est fait avec un tas de pierres, un retranchement, derrière la crôte duquel il a planté son képi. Couché à quelques mètres de là, il commence le feu dès qu'il voit le cercle se mettre en mouvement. Les assiégeants ripostent, mais ils visent le képi pour l'homme. Un Caïd et deux de ses hommes trouvent la mort, en essayant d'arriver au galop. Un caporal de la Légion trouve plus simple de tourner Saver; il arrive, en rampant derrière lui et le saisit à bras le corps, tandis qu'il brûlait sa soixante-quatrième cartouche.

Saver, interrogé par le commandant du détachement de Frenda, ne répondit qu'une chose : ^< Vous m'cm...bôtGz; j'ai fuit ce que j'ai voulu. Je m'ennuyais, je me suis distrait. »

Il n'a pas 6tô fusillé 1... a-t-il été reconnu atteint d'aliénation mentale? ou M. Grôvy trouva-l-il une excuse à son crime? Il n'y aurait là rien d'étonnant, puisque ce père Grévy avait gracié Frélinger, un zépliir soupçonné de onze assassinats. — Je dis : onze, mais on n'avait pu fournir la preuve luatoricllo que d'un seul. Il y avait, paraît-il^ des circonstances atténuantes.

Frélinger avait assassiné un malheureux colon; et, ne trouvant que 27 sous sur lui, il lui avait déchire la figure à coups de talon de godillot, en lui disant : « C'était bien la peine que je te fasse la peau pour si peu! »

La sonnno était tros modique, en cITct, il ne fallait pas fusiller cet ôgorgour pour si peu !

Un vent funeste de faiblesse soufflait, du reste, des hautes régions du pouvoir, dans tous les pays. C'est ainsi que l'Allemagne n'avait pas poursuivi un nommé Kauffmann, lieutenant d'artillerie prussienne, venu chez nous par désertion. Il s'était pris de querelle

en pleine rue avec un de ses camarades et Tavait lardô à coup de sabre. On lui enleva sa victime qu'on transporta à la caserne où le médecin du corps fut appelé en toute hdte. Là, tandis que l'homme de Tail panse le blessé, Kauffmann revient, armé d'un pistolet, et brûle la cervelle à sa victime. Il fut simplement envoyé d'office au Tonkin.

On croit rêver. Mais pour lui aussi il y avait une excuse il était on colore.

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