COMMENT ELLE FUT FORMÉE
Ainsi, des cinq ou six mille dépenaillés, arrivés de France, on n'avait pu tirer que trois compagnies, par à peu près, et un régiment à instruire et à discipliner. C'était trop peu pour permettre au général commandant la divi;?ion d'occupation de rien entreprendre, môme dans la banlieue d'Alger; trop peu pour relever la confiance des colons, abaisser colle des Maures des villes, des Arabes de la campagne, auxquels Abd-el-Kader avait présenté le rappel en France de la majeure partie de nos troupes, comme le prélude de l'abandon prochain cl complet do l'Algcrio par les chrétiens.
Si rembarras du général commandant à Alger était grand, celui du gouvernement de Paris n'était pas moindre. Il sentait Ténorme
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rosponsabilitô qu'il assumait on abandonnant nolro nouvollo conquête à la garde d'uno poignée de soldats; et, d'un autre côté, il craignait de se heurter à Topinion publique, en reconstituant une forte armée d'Afrique, objet des ridicules suspicions politiques des marchands de la rue du Sentier.
La révolution cosmopolite tira la révolution française du mauvais pas où elle s'était mise par sa pusillanimité.
L'histoire nous enseigne que lorsque deux peuples ont été longtemps en guerre, l'un des deux, soit le vainqueur soit le vaincu, reçoit une forte empreinte des mœurs, des arts et môme de la langue de l'autre.
C'est ainsi que lu Grèce conquise par les Romains, émigra en quelque sorte dans Rome où tout devint grec, philosophie, architecture, littérature, beaux-arts. Des écoles grecques s'ouvrirent dans tout leLatium ; ne pas savoir le grec était une lacune aussi grande dans l'éducation, que le serait, de nos jours, l'ignorance de la langue française chez un riche russe ou anglais. Ce fut le vainqueur qui reçut alors Temprointedu vaincu.
Le coatrmîre s «s^ pritiuic i«ms ^ se^e-sr Europe. La sqiiCQ* 'ia nos jmès» ûum >sf pays qu'cflis aboient lamiuis l'^nut ui i^ior résultai d7aûca£ffir aux ^aûicas e ^ins ct JocobinisBe dant waxssr ^daas imc2Hi% ?^a— dant la ré^oluttoii^ eamt jnxisnxitmiusUsafsit^ à grand firacas: .^laH rZâHnir^ lauinilemeoty sans y pcêtemir». i livar^ insL ^^îiia
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lesquels la ▼fetoîremrasi^airrma *n zrjvùsa^ sans naos en doutar^ oar» la 1 diai: în. ru:.ii£^ Cette action psycfiolijcfqiie. vimrxuixui^ vjm la réToIation, se cnoûaua =î»iiia /Zino'm, t^r au culte de la rcvoîjdon i?»i mliait ^liai <iï gcuérai qui Tavait tnuî^dée: !eîi iesix vuU^ Vï ciinroiifLiieiit: li :d»nri vj lit if;i* l Ji #>»xir- ^^ sous la pourpre ixL despote, j^ ^t^-îj -vxW^r voyaient tocyours ITiahit •Hrrqî lé /in T^t; tv/v-i^ir de Marengo. En l^îâO, les ^rt^^/îpvl^ /i/^ A« I^irc, en Acmi-stoHit, oe IL«î^^*nt ^r^n* U^ Coftsiiiniîoniirl od la R«ipiil>i:f]Tie ^tt^K«n^»ir^ se donnaient joumellafnent î'a<Wi«arîr«: 'H f>iranger publiait son évan^rfle m-'oi lU/'^nrj^Jr*^ en vers, à la glotre de 3^apoléoa.
Ce fut à cette date, 1S20, ^^uc ^^ma b^ fer*
ment de jacobinisme déposé par nos armées dans le sein des peuples, sous le nom de liberté. Tous voulurent ôtro libres et se soulevèrent ôontro les gouvernements de droit divin; Naples contre son roi, l'Espagne contre Ferdinand VII; la Hongrie est frémissante; la Belgique menace la Hollande dont elle doit, dix ans après, secouer le joug. La Pologne croit voir Taurore de sa délivrance, dans ce qui n'est qu'une large tache de sang sous son triste ciel; l'Autriche et la Prusse attendront 28 ans, mais leurs rois devront fuir devant la révolution et ne rentreront dans leurs capitales que par la force des bayonnettes étrangères et la concession à leurs peuples de droits à peu près analogues à ceux dont jouissaient les Français.
Le congrès d'Aix-la-Chapelle avait cru raffermir les trônes et assurer la paix universelle; on s'aperçut bientôt que le seul résultat bien positif do ces conférences avait été do reconnaître et d'accepter comme régulateur do l'équilibre européen, Alexandre, empereur de toutes les Russies. Ce fut lui qui désigna l'Autriche pour réprimer la ré-
volution de Naples, et la France celle d'Espagne. L'armôe aulncliienno eut à traverser ritalie dans toute sa longueur, au milieu de populations dont riiostilité se manifestait de la façon la plus sensible, il s'en fallut môme de fort peu que la Savoie ne lui barrât le passage, tant était grande l'exaspération générale contre cette intrusion d'étrangers dans une querelle, entre un peuple et son roi. La France remplit, en 1823, la mission de replacer Ferdinand VII sur son trône. Cette campagne, où Ton ne peut guère citer comme fait d'armes éclatant que la prise du Trocadéro, n'ajouta rien à la gloire du maréchal Monccy et ne révéla pis de grands talents militaires chez le duc d'Angoulème; mais elle mit en relief la prodigieuse vitalité de la France qui, huit ans après Waterloo, saignée auK quatre membres par vingt ans d'une guerre incossunlo, pouvait aligner une armée superbo comme nombre, discipline, tenue et bravoure. Ce spectacle frappa toutes les cours de l'Europe, et nous assura notre place parmi les grands Etats, assez disposés alors à nous la contester.
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AllMAND CARREL. — LES ÉMRîlll'iS
La campagne do 1823 on Espagno niit dans un relief sinistre un homme auquel on peut appliquer ce mot de Pope parlant de Cromwell « Il est condamné à rimmortalitô. » J'ai nommé Armand Carrel.
Né en 1800 à Rouen, d'une famille de commerçants, Armand Carrel sortit do Saint-Cyr avec le grade de sous-lieutenant. Son caractère réfractai re à la discipline et le levain de jacobinisme qui fermentait dans son esprit le jetèrent au milieu des conspirations. Affilié aux Carbonari^ il prit part, en 1822, au complot de Belfort, et pour échapper aux poursuites de la police, il déserta en Espagne. 11 y était lorsque l'armée française y entra pour restaurer le trône de Ferdinand VII, et au lieu de se tenir à Tôcart des belligérants ou do chercher un refuge chez un autre peuple, il organisa avec Nantil et Fabvier, un petit corps de troupes au moyen d'autres réfugiés politiques français et de gens de môme
nationalité qui avaient fui commo lui la justice de leur pays. Il n'attendit pas rarmôe française, il alla au-'levant d'elle; et les premiers ennemis que recontrôrent nos bataillons ce furent des Français ;les premières balles qu'ils reçurent furent des balles tirées par des Français portant des armes espagnoles et marchant sous le drapeau tricolore, qui n'était pas alors le drapeau de la France. La guerre d'Espagne s'élant terminée par la délivrance de Ferdinand, tenu prisonnier à Cadix par les révolutionnaires, et par une capitulation générale, Carrelse crut indemne de toute responsabilité, et rentra en Franco. Arrêté et traduit devant un conseil de guerre, il fut condamné à mort pour désertion à rcnuomi. Armand Carrel appela do celle sonlenc«3 aune juridiction étrangère à Tidée des lois militaires et des devoirs qu'elles imposent, qui l'acquitta. De ce jour il devint le point de mire dos révolutionnaires. Servi par un remarquable talent d'écrivain, il entra dan.s la presse de l'opposition avec toute la fougue de son caractère. Quelques mois avant la révolution de 1830, il fonda, avccTIiiers
et Mignet, lo National^ qui contribua si puissammcnl aux Journées do Juillet, et guida en quelque sorte le mouvement populaire.
On pouvait croire que la chute de la branche alnôe des Bourbons calmerait la fureur révolutionnaire d*Arnuind CarrcI; il n'en fut rien. Le roi Louis-Philippe n'était pas depuis un an sur le trône, que Carrel l'attaquait avec la même violence dont il avait usé envers Charles X. Dépouillant son habit d'emprunt du libéral, il se montra ce qu'il avait toujours été réollomcnl : républicain. Appelé devant la cour des Pairs, pour y répondre des opinions exprimées dans son journal, d'accusé il se fit accusateur du gouvernement, de la charte et des lois sur la presse. Enfin, à 'a suite d'une lutte passionnée avec Emile do Girardin, comme lui journaliste, il finit sa vie tourmentée dans un duel au pistolet contre son adversaire.
Armand Carrel violateur du serment qu'il prêta en recevant Tépaulette, conspirateur, carbonaro, déserteur, embauchcur, homicide des soldats qu'il commandait naguère a sa statue à Rouen. Et qui la lui a dressée?
Le JacoUnisiiie, ma b'2 fo^ asse; ^g nm^s pour les cmigrés-
II est irai que la Wpqfse ttirct iiit:;^mni»> liblc arec la pxssîoci p^^tTid^fK. isF X*itt:^cxis ont des trésors dinda^fisi^e p^œ- j» yr^testants et firondeors àes BGÔâsms ^ lîîsseptième ^èdes qm^ foor déciérsr piis fç%^ fondement leur pairie, ^^^maoÊBAk y^mrw^^ les premiers, le? Aii^-iç «t i» Ali^imucitim' les seconds, les E5|âÇD<>]£.
Où est rannèefirasçs^. jà9^}s.Fn£ijit?e.
« Le premier devoir es4 dç ue ;jîtç ^»e >-#iij^irç « ;\ rKlraiiîTcr coriîrç r;^mû&ç ôç ^va. uarn^ « quel que soit TBlnàiiç^r- îsii ^uîaivîîç ^Ii4 -ju^ ** soit le pay<. »
Ge principe, que J'a.dc44e 4s çr*x«4 ^-?%?or^ est la condam^ialk» rn^jTBMSjit ^Am^^A Carrel; mais peiii4], ea V>siz«î jiï^i<?ç;, 4^*^tî appliqué aux émigrés? Je i>e le î-eti^ ;/îi^ ; *ïî avec M. FounHîr>o, 'iî*.*i« v>!j Kh.i'^^rt ^/< t émigration^ je crois ^^iie u* vu^ji^l^vr; ^?î^ mal posée; on d<Ht se iJ^Bari^î^ dV/>?*î t^, dans la réalité de lliktoir^^ ieii ^5iaa5:rf 4?s^, t*^ sont joints^ il rciraaçcr, <ra i^; ^;e i/<^4 j/V-;^^
plutôt Tétranger qui s'est joint aux émigrés.
«Onlescoi^lamnôaunomdudroitnouveau; cô droit nouvc u n'ôst-il pas delà révolution mômoî Les é.nigrôs n'agissent- ils pas dans la conception du droit monarchique et selon les loisdece droit? C )squestions^ aujourd'hui, sont difficiles à résoudre; mais il faut les observer cependant, ou ne pas se mêler d'écrire l'histoire.
« Où est l'armée française, dit-on, là est la France. Oui, pour vous, non pour les émigrés. La France était pour eux, alors, là où était le roi, et le roi n*était pas dans le palais où Tavait emprisonné l'émeute triomphante, mais avec eux, au milieu d'eux, représenté par ceux qui parlaient en son nom, tous ses agents de haut et de bas étage, ses ministres
SOS frères. « La passion peut confondre
a les temps l'histoire les conserve.
« Nous sommes en présence d'un état d'esprit, d'une conception du droit et de la loi qui diffère de la nôtre, et l'émigration ne peut pas ôtro jugée surunoaulro loi que la sienne. Contre la révolution, qui représentait le droit nouveau les émigrés représentaient
le droit monarchique; et, comme dans toute collision de ce genre, ils étaient tous également dans leur droit, révolutionnaires d'une part, et royalistes de l'autre, jusqu'à ce que rissue de la lutte eût décidé si ce seraient les émigrés qui cesseraient d'y être ou les révolutionnaires qui n'y auraientjamais été.
« Quoique marchant avec les armées de l'étranger, les émigrés n'eurent jamais d'autre drapeau que le drapeau blanc. »
Voilà bien des circonstances atténuantes en faveur des émigrés ; en existe- t-il en faveur d'Armand Carrel? Je n'en vois aucune. Le nouveau droit avait triomphé de l'ancien; la révolution s'était assise sur le trône avec Napoléon; la charte de Louis XVI II avait été acceptée par la nation; l'armée avait juré fidélité à la constitution et au roi. Dès ce moment, on était en droit de dire : « Là où est l'armée, là est la France. » Donc, l'officier fraiiçais qui, violateur do son sormer)t, déserteur de rarmôeh'ançaise avait combattu contre cet armée, méritait la mort. C'e^t pour cela, bien certainement, que les républicains de 1887 l'ont jugé digne d'une statue. 11 était leur précurseur.
CflAPlTinî III