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LES ÉLÉMENTS DE LA LÉGION

Toute insurrection est suivie de réaction :

vaincue, elle est proscrite; victorieuse, elle proscrit. Dans l'un et l'autre cas, elle couvre d'émigrés les roules qui conduisent à l'exil. Li France, nation énfîinemnnent hospitalière, regul lu ni.ijouro partie dos proscritsdoritalio, do PE-spagno, do la Pologne, de TAIIemagne, do la Belgique, auxquels se mêlaient de nombreux déserteurs. Les personnages importants prenaient domicile dans les villes de leur choix, et y vivaient généralement de leurs ressources ou des positions qu'ils savaient s'y créer. Le i)opulairc, c'est-à-dire la masse, était reçu dans des dépôts, avec la liberté de chercher un gagne -pain quelconque, industrie, état ou métier, et recevait un secours journalier en argent, en atten-

— aidant qu'il pût so suffire à lui mômo. Le nombre de rôfugiôs étant très considérable, ces secours constituaient une charge sensible pour notre trésor public, et Ton no pouvait cependant pas laissorces malheureux mourir de faim, en attendant qu'il plut à leurs rois victorieux de leur accorder l'amnistie.

Le gouvernement eut alors la lumineuse idée d'utiliser les réfugiés, en les envoyant en Algérie renforcer la division d'occupation dont j'ai dit l'extrôme faiblesse. La proposition leur en fut faite, et tous l'acceptèrent: les uns pour échapper à l'oisiveté, les autres par amour des aventures;* ceux-ci par habitude du métier des armes, ceux-là dans l'espoir de se faire une position. Ces derniers étaient des officiers qui, n'ayant que la cape et l'épée, souffraient horriblement, moins encore de la misère que de leur promiscuité avec la masse des réfugiés. Plusieurs ont justifié celte élévation de sentiments par les brillants services qu'ils ont rendus à la France, leur naturalisation, qui on a été la conséquence, et les hauts grades auxquels ils sont parvenus.

On forma des détachements d'hommes de môme origine à la tète desquels hirent placés des ofdciers de leur nationalité, et ces groupes furent successivement embarqués pour Alger, où ils devaient recevoir une organisation définitive.

L'impression des nouveaux arrivants sur les troupes et la population civile d'Alger fut aussi mauvaise que celle produite quelques mois auparavant par le débarquement des fameux volontaires de la Charte^ avec lesquels mes lecteurs ont déjà fait connaissance. Mêmes loques^ même inconduite, nicmo ivrognerie. I^ seul avantage des premiers arrives sur les seconds, c'est qu'ils parlaient français, tandis que les étrangers s'exprimaient dans tous les idiomes du continent et n'étaient compris de presque personne. Tous les éléments y étaient confondus comme toutes les nationalités, mais a les mauvais y étaient en plus grand nombre », nous dit M. Camille Roussct dans ses cornmencemcnts d'une conquête; et, pour constater le fait, il cite le passage suivant du carnet d'un officier d' Etat-major, écrivant le

18 septembre 1831 : c< Nous avons un ba- « talllon d'Etrangers dignes de tenir compa- « gnie auG?*"'. Ils sont débarqués depuis huit « jours; le premier, il a manqué 35 hommes t A l'appel du soir; avant-hier, une compa- « gnie entière s'est enivrée et a battu ses « chefs; elle est toute au cachot ou à la salle « de police, sauf deux qui vont passer en conseil de guerre. »

Heureusement, ajoute M. Camille Rousset, que, sous la main ferme do chefs résolus, les mauvais sujets finissaient par s'assouplir et se ranger; s'ils ne s'élevaient point au niveau des bons, ils subissaient néanmoins peu à peu leur influence et, selon les occasions, ils étaient capables de bien servir.

C'est parfaitement vrai, non seulement pour la légion étrangère, mais encore pour tous les corps spéciaux de l'armée d'Afrique. Du reste, il y avait, indépendamment de la fermeté dans le commandement et la répression rigourcuso do tout acte d'insubordination, un moyen bien simple de les tenir dans la discipline, c'était de les éloigner des occasions de pécher, c'est-à-dire de boire,

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C^ait à la spolie i'xse ^x^ii'..-^::. db srx mois, faîte par ïe géaSniI Y:rF3/ • h^j^é d'int-

poser des amendes & des tribus coupables de certains méfaits, et d'en forcer d'autres à payer les impôts qu'ils rofusaiont obstinément. Ce fut trôs long, mais nous n'eûmes pas un coup de fusil à tirer, le général ayant une méthode de traiter les Arabes dont je ne rendrai pas compte, malgré son efficacité, de peur de blesser quelque àme sensible.

Le bataillon de Zouaves, faisant partie do la colonne Yusuf, passa par Alger pour rallier Blidah, aprèss'ôtrepourvu d'habillements nouveaux à ses magasins do lu Casbah. Nos habits étaient de véritables habits d'arlequin, rapiécés à l'aide de tout ce qu'on put trouver, rouge, noir, blanc ou bleu, dans les douars que nous visitions. Jamais spectacle plus grotesque n'avait été donné aux Algériens.

Mais si notre uniforme était en lambeaux, nos poches étaient bien garnies : deux mois de solde arriérée pour les officiers, cinq prêts dus aux soldats, une large part de prise, le tout touché à la Maison-Carrée, notre dernier bivouac avant Alger, constituaient pour chacun de nous, une véritable fortune, et nous nous demandions comment nous pourrions

la dépenser.. Nous en vînmes cependant à bout sans trop de difficulté.

Casernes pour huit jours à la Casbah; les jours et heures fixés à chaque compagnie pour toucher ses effets; pas de service, pas d'appel; je laisse à penser Irf vie désordonnée de gens embarrassés de leur argent. 11 y eut tant de gaitô bruyante, tant de folie tapageu* se dans la bonne ville d'Alger, que le commandant de place, colonel Marengo s'en fut prier le gouverneur général de faire partir au plus vite ce bataillon du diable ou de diables.

Quel type que ce colonel Marengo, la terreur des bourgeois aussi bien que des militaires! C'était ce que nous appelions, un

renlranl à la bouillotte, c'csi-à-dire un officier de l'ancienne armée rentré dans la nouvelle, à la révolution de 1830, brave comme son sabre de la vieille garde, et inexorable dans le service.

Il était d'origine italienne, et s'appelait, de son vrai nom, Capono. 11 reçut le nom do Marengo d'un parrain trop illustre et dans un baptême trop mémorable, pour qu'il n'en fut pas à bon droit très lier.

Tambour à 15 ans dans un rôginnient français^ il battait la charge à Marengo. Une balle le jeta par terre: Après un moment d'évanouissement, il se soulève et, ramassant sa caisse, il se remet à battre, tandis que son bataillon pousse en avant. Bonaparte passe près de lui, sa jeunesse, sa blessure^ et son intrépidité l'intéressent, et il lui jette ces mots en passant :

— Comment t'appelles-tu?

— Capono, mon général.

— Caponel... mauvais nom. Tu t'appelleras désormais Marengo. 11 fut fait comme l'avait décidé le futur César : le jeune tambour conquit tous ses grades sous le nom de Marengo, et il figurait sur l'anuuaire avec la désignation : Capone, dit Marengo.

Le commandant de place priait donc le gouverneur général défaire partir ces enragés pour lesquels il n'aurait pas assez de salles de police, de prisons ni de cachots, s'il lui était permis do sévir, ou, tout au moins, de les consigner à la Casbah.

— Je m'en garderai bien, lui répondait Bugeaud.

— Mais, mon général, ils mettent la ville en révolution.

— Jugez de ce que ce serait partout ailleurs. Le bruit qu'ils font ici se perd en se confondant avec le brouhaha naturel d'unv3 grande ville; Userait intolérable partout ailleurs, à Blidah, par exemple, où ils vont rentrer.

Laissez-les faire. Je leur ai donné huit jours de liberté pour qu'ils puissent dépenser leur argent; je ne crois pas qu'ils atteignent ce terme. Je les ferai partir à mon heure, et ils iront faire pénitence de leurs orgies, en se nourrissant pendant six nouveaux mois de biscuit, de riz et d'eau claire... s'ils en trouvent.

Le général avait raison : nous ne fîmes pas les huil jours; dès le sixième, nous dûmes quitter Alger, ce lieu de délices où nous avions semé nos trésors. La veille de notre départ, après leur dernier repas à l'hôtel de la régence, où nous avions pris pension, les officiers s'alignèrent sur le balcon, et ouvrant leurs porte-monnaie, retournant leurs poches, ils en firent tomber le résidu sur la foule des gamins juifs, maures.

espagnols^ maltais et français quigrouillaiont au-dessous d'eux.

Le lendemain, à Douera, Tofficier payeur dut régler notre écot.

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