ORIGINE DE LA GUERRE DE SEPT ANS
Avant de mourir, Ferdinand VII avait supprimé la loi salique; la jeune infante, Isabelle liorilait du sceptre sous la régence de la reine-mère, Christine, au détriment de son oncle, Don Carlos, Maria fsidoro de Bourbon. Les anciens constitutionnels de 1822-1823 a(*,coplcrontcesmodi(icalionset prctôientlour concours A la régente. Les absolutistes se firent les partisans de Tlnfant écarté de la succession royale. D'où les noms de Chris" tinos et de Carlistes que prirent les deux partis.
Ce Cul dans la vieille Castille que se formèrent les iiromicres bandes Carlistes. Elles ne purent tenir longtemps la campagne ; mais la Navarre, les provinces basques crurent que leurs Fucros (leurs privilèges) étaient mena-
lieutenants, le baron del Solar, ayant été battu à Guornica, Valdôs lo remplaça par Espartôro, qui s'ôtait distinguo dans lu cam pagne du Pérou.
Les Carlistes n'en avaient pas moins partout l'avantage, ici, sous les ordres de Simon Latorre, ancien officier de la garde royale, victorieux d'Èspartero à Bermiox; là, Zumalacarrégui, battant Quesada à Muro et à Alsasura, traversant TEbre, poussant jusqu'à (Jalahorra et Vittoria et se montrant devant Bilbao.
Marie Christine, placée entre les Carlistes victorieux, et les libéraux mécontents, sans argent dans ses caisses, sans soldats dans son armée, renouvela prés des puissances constitiilionnollos les demander do secours qu'elle leur avait adressées dés les premiers jours de sa régence orageuse, mais, cette fois, avec une insistance que justifiait la gravité de sa situation.
A la mort de Ferdinand VII, la France était administrée par le cabinet du 11 octobre 1832, présidé par le maréchal Soult, avec Guizot, Thiers et de Broglie. Prévenus dans
l'origine, en faveur de la loi salîque contrôla succession féminine par Louis- Philippe qui avail toujours atlachô une grande importance aux droits éventuels qu'en sa qualité de Bourbon il pourrait faire valoir à la couronne d'Espagne, ils accueillirent d'abord froidement la requête de la régente. Mais, peu à peu, croyant voir un danger pour la branche d'Orléans dans Talliancequi tendait & s'établir entre les légitimistes français et lesabsolutistes espagnols, ils s'étaient décidés à prendre parti pour Christine et Isabelle.
Ainsi, la France qui, en 1823, avait envoyé une armée au-delà des Pyrénées, pour défendre l'absolulismc contre le libéralisme, allait à dix ans d'intervalle, soutenir le libéralisme contre l'absolutisme. C'est ce qu'on appelle les jeux de la politique.
Le 10 octobre, notre ambassadeur à Madrid annonça officiellement à la régente et à Zéa- Bormudcz que la France reconnaissait la jeune reine et lui oiTrait son appui. L'Angloterrefilattendrepluslongtemps son adhésion; ce ne fut que le 4 novembre que son ambassadeur fit la reconnaissance officielle. Le
Portugal so joignit onsuilo à la Franco cl à r Angleterre; et, le 82 avril 1834, fut conclue la convention connue sous le nom de traite de la quadruple alliance. On facilita A la rôgcnte unemprunt; on lui livra (>.()()() fusils; on approvisionna de vivres St-Sébaslien, bloqué par les Carlistes.
Ce n'était pas assez : on voulait obtenir bien plus des puissances contractantes, Marie Christine réclamait leur intervention active sous la forme de corps do troupes fortement constitués^ sans rien leur donner on échange. On passa par tout ce qu'elle voulut. La France, qui déjà lui avait envoyé son bataillon espagnol, s'engagea à lui donner toute sa Légion étrangère. L'Angleterre envoya une division à St-Sôbastien et Vittoria, sous les ordres de Sir Lacy -Evans; et le Portugal un corps de G. 000 hommes, en tout 15. 000 soldats, sans compter une flotille anglaise devant agir dans le golfe Cantabrique. Si la guerre civile espagnole dura encore cinq ans, peut-on calculer ce qu'elle serait devenue si ces auxiliaires ne s'étaient pas mêlés à la lutte?
CONVENTION iniANCO-KSl»AGNOLK
Le traité de la quadruple alliance conclu et signé, il dut être établi une convention particulière entre TEspagne et les trois puissances collectivement engagées. Voici les clauses principales do celle qui intervint avec la France, le 28 juin 1835 :
La légion étrangère quitte le service de la France, et sa niajestô catliolique prend à sa solde les officiers, sous- officiers et soldats dont elle se C()ni[)ose. Ils conservent leurs armes et équipements dont la valeur sera fixée par une estimation contradictoire, et remboursée au gouvernement français par le gouvernement espagnol.
Ceux qui passent au service de TEspagne, fjiisîHit pîirti(î<loscadrcs de r;ii*Mié(5 rran(;uise, C'Uisorvent leur grade, leur ancienneté et les droits qui en dérivent.
ORGANISATION DE LA LftCION DIÎ SIXOUUS
Le V" iioûl, sitôt la couvoiition signùo et notifiée au gouverneur de l'Algérie, le colonel Bernelle se mit à l'organisation de sa légion, avec l'ardeur qu'il mettait toujours à Taccomplissement de ses devoirs. Les officiers étaient libres de partir ou de rester, et plusieurs refusèrent de passer au service do l'Espagne — petit contre-temps auquel le colonel eut bientôt paré — huit jours après, quatre bataillons, complètement organisés, se trouvaient à bord de Tescadre.
Ces quatre bataillons, formés des troupes d'Alger, Bône, Bougie, étaient forts de 4. 700 hommes, prosquo tous Allemands. Quant aux officiers, ils se composaient de trois chefs .de bataillon, MM. Magnien, Cros- Davenunl, Drouault — Un chef de bataillon restant à nommer — do 35 officiers français environ, sortant dos bataillons d'infanterie légère d'Afrique, des 13* et OS** de ligne, et de trente officiers étrangers. Les cadres
d'officiers n'avaient pas été mis en nombre réglementaire parce qu'on ne connaissait pas encore la dctcrmination prise |)ar les officiers , de la Légion qui se trouvaient en congé ou aux hôpitaux; on ne mit que deux ofliciers à chaque compagnie. Une grande promotion eut iièu parmi les officiers, hormis pour les capitaines. De coux-ci, un seul fut nommé chef de bataillon : c'était M. Drouault. Mais presque tous les lieutenants furent nommés capitaines; les sous-lieutenants lieutenants; les sous-lieutonances vacantes furent données au concours aux sous-officiers parmi lesquels un grand nombre sortaicntdos autres cor|)s de l'armée d'Afrique. Tous les soldats avaient consenti à partir, à l'exception de ceux qui devaient avoir prochainement leur congé.
Profitant d'une brise légère, l'escadre, composée des vaisseaux, La pille de Marseille, le Duquesne, le Nestor, et du brik
la Sylphide, mit A la voilo avec sos troupes ombarquôes; mais le vent ne s'ôtant pas soutenu, le commandant do Tescadre, M.
Gauthier, que, d'aill-eurs, venait do rallier le Triton arrivant d'Oran, se détermina à rentrer en rade, et aussitôt transborda sur le Triton 800 hommes des troupes embarquées sur les autres vaisseaux.
A peine cette division était-elle partie, qu'arrivaient à Alger sept compagnies du bataillon itiilion et doux du bataillon |)olonais sur les gabarres la Fortune, la Lamproie et la Durance. On s'occupa sans relâche de les organiser, mais il fallut attendre, pour les embarquer, l'arrivée de la corvette de charge V Agathe^ qui apportait d'Oran le restant des Polonais et des Italiens.
. La flotille qui portait les derniers bataillons delaLégion étrangère ne tarda pas néanmoins à partir. Comme la première division, elle se rendait à Palma, amenant les deux bataillons, italien et polonais, forts de 1500 hommes.
Comme dans les quatre premiers, deux olïiciers seulement avaient été nommés par compagnie, encore comptait-on neuf officiers
et quarante sous-officiers pris dans les autres régiments de Tarmée. Les commandants de CCS doux bataillons étaient MM. Boorio et Iloracci. Le capitaine de frégate Jonglas commandait la division navale composée des corvettes de charge VAgatlic^ La Duranco et La Provence et des gabarres Le Finistère et La Lamproie.
Partie de Palma le 14 août, la Légion étrangère arriva le 10 août au soir à Tarragone.
Dos le lendemain de grand matin, le débarquement commença et s'effectua dans le plus grand ordre. A midi, les troupes se mirent en marche, précédées do la musique qui faisait entendre riiynnie dcliiogo à laquelle les habitants répondaient par de nombreux vivats!
Le soir, tous les militaires étaient casernes.
Leur séjour à Tarragone fut de très courte durée; eliesen repartirent peu de jours après sous les ordres de leur colonel, Bernelle nonnné maréchal do (*an)|), ol nous allons les suivre sur tous les champs de bataille où la guerre civile espagnole étala ses horreurs, des bords de la Méditerranée à ceux de rOcéan.
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L'ARRIVftB EN ESPAGNE.
L'arrivôo do la Légion ôtrangôro en Espagne devait ôtro différemment accueillie par les deux partis qui, depuis trois ans> luttaient avec un elïroyable acharnement. Nous avons ditTenthousiasme des Christinos à son débarquement à Tarragono; il est important A présont de fixiro connaître les sentiments des Carlistes à Tapparilion de la f^ôgion sur lo champ de bataille. J'en emprunterai l'expression à un livre intitulé : Campagnes etaoca^ tares d'un volontaire royaliste en Espagne^ par M. A. T. officidr supérieur.
« Ces troupes étaient la Légion étrangère.
Je no dirai pas française, mais do France, car on y trouvait des Allemands, des Italiens, des Hollandais, des Belges, des Polonais et jusqu'à dos Russes.. Les Français y figuraient aussi, mais ils n'étaient pas les plus nombreux. Nous appelions ce corps d'aventu" riers le régiment algérien.
« Braves, assurément, étaient ces soldats.
comme gens qui n'ont rien à perdre ; mais les plus indisciplinés routiers, les plus dangereux pillards i|u'on |iût rencontrer. A leur arrivée, roi (don Carlos) indigné de leurs excès, les excepta, par un décret, du bénélico du traité d'Eliot (1). Je vis une fois, à la suite d'un combat, fusiller cent cinquante d'entre eux que nous avions faits prisonniei*s; mais cette rigueur no dura pas. Du reste, ils ne furent pas longtemps en Espagne sans éprouver le besoin de changement naturel à des hommes de cette trempe. Il en vint tant à nos quartiers, qu'ils formèrent bientôt un bataillon ; on espérait même arriver au chiiïred'un régiment, mais le second ba aillon ne put pas être créé. « A leur arrivée, les Algériens étaient commandés par le colonel Bernelle, un des plus beaux sabreurs que j'aie rencontrés. Il chargeait au milieu des siens comme le premier troupier venu, et j'ai môme aperçu plus d'une fois sa jeune femme à cheval à son côté au milieu du feu.
(l)Lord Eliot était parvenu à faire conclure un traité d'humanité entre les belligérants. Ce traité ôlait plu^ souvent violé 'juc respecté.
a Nous avions là des ennemis, mais de vaillants ennemis; je ne crains pas de dire ce que je sais i\ leur gloire, car c'est la vôritô. J*ai vu do Jours encadrons do lanciers charger nos fantassins, jusque sur les rochers où les piétons avaient peine à se tenir; et quand les chevaux manquaient de pied, ils sautaient en bas de la selle, et combattaient ainsi, la lanco à la main, sans espoir de vaincre, mais jusqu'à la mort.
« Uno autre fois, un dos leurs se trouvait peu ôloignô do moi, résistant à trois do nos cavaliers, et ce ne fut pas sans la plus grande peine que nos hommes purent lui faire mordre la poussière. »
Parlant du combat do ITuosca, M. M. A. T ajoute :
a Los forces dos Christinos dépassaient les nôtres, surtout en cavalerie, ils avaient de plus, la Légion étrangère de France, commandée par le colonel Conrad. Conrad fut tué, et sa Légion si bien détruite, que nous ne l'avons jamais plus revue depuis lors. »
C'est là tout ce que le Volontaire royaliste nous dit de la Légion étrangère en Espagne
et du rôle important qu'elle y a joué dans la guerre do Sept ans. Heureusement pour nous (|uc les sources officielles auxquelles nous avons puisé, nous permettent d'être moins laconique que M. M. A. T. Je no veux retenir de lui que la naïveté avec laquelle il nous raconte que le Roi (Charles V) avait fait fusiller cent cinquante légionnaires faits prisonniers par les Carlistes. Je concède que ces légionnaires étaient des pillards, mais ce n'était pas une raison, ce me semble, pour que les Carlistes se fissent assassins; car de quel autre nom appeler des gen$ qui fusillent de sang froid leurs prisonniers?
Non : il ne faut pas donner des couleurs de justice ou de répression i\ des actes réprouvés par toutes les nations civilisées, et dont les causes étaient le mépris de la vie humaine chez les deux partis, et leur haine mutuelle qui allait jusqu'à la barbarie.
Oui, la guerre se faisait avec barbarie des doux côtés. Lesquels, des Carlistes ou des Christinos faut-il en accuser? Je n'hésite pas à répondre : les Christinos, de'l'aveu même des historiens les plus favorable à leur cause.
Dès Torigine, le {çouvernemont christîno s'était arrogé le droit de fusiller tous ceux qui étaient pris les armes à la main; et, ce droit, non sculomont il on avait usé avec les chefs, Gonzalùs, Sunlos-Ladron, le baron d'Uervôs etc. etc., mais encore avec leurs soldats. Ains} menacés, traqués dans leurs montagnes comme des bêles fauves, les Carlistes voulurent renvoyer à leurs ennemis la terreur qu'on cherchait t^ leur inspirer à eux-mêmes; ils promirent do ne faire aucun quartier, et ils tinrent parole.
L'î général christino, Quésada, ayant fait fusiller un alcade et deux volontaires, dont le seul crime était d'appartenir au parti Carliste, Zumalacarrégui ordonna l'exécution do 4 officiers et de 14 soldats, faits prisonniers à l'affaire d'Alesua. Quésada écrit à Zumalacarrégui en le traitant de chef de brigands et de bandits, et lui annonce officiellement qu'il a fait prendre comme otages quatre parents d'officiers Carlistes, parmi lesquels une femme, ci que ces otages seront immédiatement fusillés, si la vie de ses officiers n'est pas respectée. Bientôt nous verrons la mère de
Cabrera fusillée par les Christinos, et Cabrera faisant excculor, en représailles, des femmes (rofficicrs ennemis, tombées entre sas mains.
La nation espagnole, où Tamour de la famille est si profondément enracinée dans tous les cœurs, semblait prendre à tâche d'oublier les plus nobles sentiments, pour s'abandonner à la passion de la haine et de la vengeance.
Pour être juste, disons cependant qu'il y avait, parmi les Carlistes des hommes de cœur que toutes ces horreurs désespéraient.
Citons parmi eux Villaréal, un des meilleurs de ce parti, à qui Tordre est donné par Zumalacarrégui de faire fusiller d'un seul coup cent-vingt prisonniers. Il ne peut s y résoudre il court auprès de son chef, le conjure de revenir sur une décision aussi sanguinaire, le trouve inflexible; s'éloigne pour ne pas participer au meurtre de ces malheureux, et parvient à sauver la vie à deux d'entre eux.
Itien de semblable ne nous est offert par les généraux Christinos, qui semblent rivaliser de férocité. Si nous avions à désigner l'un d'entre eux, comme le type de la cruauté, nous
nommerions le vieil Espos-y-Mina, rancien guerrîllei'o dos guerres de l'indépendance, le dernier défenseur de la cause libérale de 1823. Appelé deux fois par Christine nu commandement do la Catalogne, il s'y conduisit on véritable bôle féroce. A sa seconde apparition sur le théâtre de la guerre, il fait fusiller les officiers prisonniers et provoque une recrudescence notable de pillages, de massacres et d'incendies [Kirloul où lu guerre civile étend ses ravages. La férocité de Mina eut une répercussion à Barcelone où la populace libérale massacra, le 4 janvier 1836, les prisonniers Carlistes malades dans les hôpitaux, et les bien portants dans les prisons- C'étaient ÎA des exploits renouvelés des guerres contre Napoléon.
Les Carlistes usèrent de représailles, et la guerre fut encore plus sanglante qu'elle ne l'avait été dans les provinces basques et en Navarre, au commencement des hostilités.
Nous n'en finirions pas avec co hideux tableau, si nous voulions le pousser î\ fondmais, comme nous en retrouverons malheureusement de nouveaux traits dans le cours
de notre récit, nous en abandonnerons momentanément la peinture, pour exposer briôvenient les faits les plus saillants de la guerre de Sept ans avant l'arrivée de la Légion en Espagne, pondant son séjour en ce pays et après qu'elle en eut disparu. Ce sera, ce me semble, la meilleure manière de faire connaître la grande part qu'elle prit à la consolidation du trône d'Isabelle.